L’art de l’esquive.

Samedi 1er décembre 2012 // La France

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Comment ne rien décider sur l’essentiel tout en faisant mine d’agir avec célérité ? Avec la complicité des grands médias, les oligarques de gauche excellent dans l’art de l’esquive.

La zone euro est à l’agonie, le peuple grec est sacrifié sous nos yeux, les Espagnols et les Portugais sont à bout, la France est au bord de la récession mais le président de la République et le gouvernement vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. Pourtant, François Hollande est régulièrement informé de la catastrophe en cours et semble certains jours conscient de la gravité de la situation !

Nous savons pourquoi les dirigeants socialistes ne font rien : peur de l’action unilatérale, peur de la réaction de la chancelière allemande, peur de déplaire au Monde et à Libération, peur de fâcher le patronat... Mais comment arrivent-t-ils à ne rien faire, par quels moyens le chef de l’Etat et les principaux ministres se débrouillent-ils pour ne prendre aucune décision salvatrice malgré les avertissements qu’ils reçoivent : montée du chômage, sondages déplorables, stagnation économique ? Sans prétendre dresser la liste complète des esquives possibles, je voudrais signaler quelques procédés utilisés par les oligarques et leurs conseillers en communication.

Soigner ses éléments de langage, c’est-à-dire la propagande officielle. Face à la demande de référendum, on affirme que les Français n’ont pas donné mandat au président de la République puisqu’il avait dit dans sa campagne qu’il ne consulterait pas les Français. Le procédé avait été utilisé par Nicolas Sarkozy lors de la ratification parlementaire du traité de Lisbonne. Bien sûr, Nicolas Sarkozy et François Hollande semblent ignorer que le mandat impératif est proscrit. Le premier a oublié qu’il n’avait pas annoncé dans sa campagne la réintégration dans l’Otan ; le second avait promis de renégocier le pacte budgétaire. Les deux se sont moqués des électeurs.

Annoncer qu’on va faire des choses formidables pour mieux cacher son inertie. Nicolas Sarkozy qui avait claironné son opposition au capitalisme financier s’est ingénié à protéger les banques ; François Hollande fait savoir que l’Europe est en train de prendre un tournant historique alors que le nouveau traité traduit une fois de plus l’obsession de l’équilibre budgétaire qui règne à Berlin et à Bruxelles.

Faire un pas en avant et deux en arrière est une technique éprouvée, qui sera utilisée tout au long de la discussion budgétaire : le gouvernement reculera devant les groupes de pression les mieux organisés. Par exemple les Pigeons, ces entrepreneurs sur la Toile qui ont fait plier Bercy en moins de deux.

S’entourer de conseillers qui représentent ou respectent les intérêts dominants et suivre leurs avis surtout quand ils disent qu’il ne faut rien changer aux habitudes. Bien sûr, il faut aussi recevoir quelques personnages déviants, afin de les charger d’un rapport. On peut aussi les nommer dans un comité d’experts ou ils seront étouffés par le conformisme ou encore leur donner une mission. Il n’est pas utile de lire le rapport - on demande une note sur le rapport à un conseiller - et on peut prendre la décision de ne rien faire avant que la mission n’ait déposé ses conclusions.

Pratiquer chaque jour la religion du consensus : consensus des économistes (comme s’il n’y avait pas parmi eux des orthodoxes et des hétérodoxes). consensus des dirigeants de la zone euro, consensus des gens qui disent qu’il est prudent d’attendre. La religion du consensus est riche en miracles : la confiance qui revient dans un climat hyperdépressif ; la croissance qui redémarre alors qu’on est sur le chemin d’une récession majeure ; l’embellie dans les sondages à la suite d’une prestation de Jean-Marc Ayrault à la télévision...

Les médias marchent à tous les coups : la paire de taloches à Saint-Rémy-sur-Deule, la confession de Valérie Trierweiler et le dernier appel à la croisade occidentale de Saint Bernard-Henri Lévy permettent de satisfaire les gens, fantasmés en beaufs, sans jamais déplaire aux annonceurs, en attendant le suspense fou du congrès socialiste et la nouvelle provocation de Jean-François Copé.

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