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L’argent syrien d’un proche de Marine Le Pen.

Front national : les réseaux obscurs de Marine Le Pen.

Dimanche 15 juillet 2012 // Le Monde

09 juillet 2012 | Par Karl Laske et Marine Turchi

Front national : les réseaux obscurs de Marine Le Pen

Pour Marine Le Pen, c’est le vieil ami embarrassant. Frédéric Chatillon, 44 ans, l’ancien chef du Groupe union défense (GUD) et l’un des prestataires de sa campagne présidentielle 2012, a été visé durant plus d’un an par des investigations de la brigade financière pour ses affaires avec la Syrie. L’enquête a été close en avril, sans provoquer de poursuites judiciaires. Mais elle a révélé le versement, par le régime syrien, de fonds à la société de Chatillon destinés à gérer sa communication. Ces investigations ont été gardées secrètes par le parquet et les principaux intéressés. La présidente du FN n’a rien laissé filtrer de cet épisode embarrassant. Elle aurait pourtant été prévenue dès juillet 2011 par Frédéric Chatillon lui-même.

F. Chatillon dans le documentaire 'La face cachée du nouveau Front' (Canal Plus)
F. Chatillon dans le documentaire "La face cachée du nouveau Front" (Canal Plus)

Partie d’un signalement Tracfin, service anti-blanchiment de Bercy, l’enquête a concerné une galaxie de sociétés de communication et de sécurité, autour de Riwal – présidée par Frédéric Chatillon – et de Vendôme Sécurité – dirigée par Axel Lousteau, également prestataire du FN.

Les flux financiers provenant du compte Crédit lyonnais de l’ambassade de Syrie, à Paris, auraient été à l’origine de l’investigation. Ces dernières années, Riwal a perçu entre 100 000 et 150 000 euros par an de la représentation syrienne.

Officiellement, des opérations de communication et de marketing concernaient le ministère syrien du tourisme et la promotion du pays. Frédéric Chatillon a notamment organisé la visite du ministre du tourisme, Saadallah Agha al-Qalaa, à Paris, en 2008. Mais Riwal a aussi ouvert un bureau à Damas pour démarcher les sociétés et les institutions syriennes cherchant à s’implanter en France.

« Nationaliste révolutionnaire », depuis longtemps proche des Syriens du parti Baas, ancien directeur de la librairie révisionniste Ogmios, Frédéric Chatillon a connu Marine Le Pen à l’université. Resté très proche de la mouvance néo-fasciste européenne, il s’est propulsé parmi ses conseillers officieux, et on a pu l’apercevoir lors de meetings et déplacements de la candidate. Il est par ailleurs marié avec Marie d’Herbais, amie d’enfance de Marine Le Pen qui travaille au service communication du FN et fut candidate aux dernières législatives.

Sa femme Marie d'Herbais présente le 'Journal de bord' vidéo de Jean-Marie Le Pen.
Sa femme Marie d’Herbais présente le "Journal de bord" vidéo de Jean-Marie Le Pen.

« Les policiers m’ont dit “c’est Tracfin”, explique Frédéric Chatillon à Mediapart. Mais en général, ce sont les banques qui préviennent Tracfin, or ma banque m’a certifié que ce n’était pas eux. Tracfin, c’est le fourre-tout du système. Je ne sais pas si c’est Sarkozy ou l’Etat français, mais en tout cas, c’est politique. Quand Marine prend le Front, pendant six mois ils enquêtent, ils collectent tout sur moi. Une fois qu’ils ont tout, ils me convoquent. A cause du bruit autour de la campagne de Marine, ils ont cherché des trucs. Eux-mêmes ne savaient pas ce qu’ils cherchaient. »

Frédéric Chatillon affirme avoir prévenu Marine Le Pen du début et de la fin des investigations parce que « c’était sensible ». « Elle m’a demandé de quoi il s’agissait, si j’étais clair, si j’avais quelque chose à me reprocher. J’ai dit non, je n’ai pas de patrimoine, je n’ai rien. Ils ont tout vérifié, ils m’ont posé des questions sur mes factures, les gros chèques reçus. Je n’ai aucune transaction illicite. »

Les investigations sur les affaires de Chatillon ont démarré en décembre 2010, à la suite d’une plainte. Une deuxième enquête a été ouverte après les signalements Tracfin parvenus au parquet en juillet 2011. Au cœur des soupçons, les affaires syriennes. « La Syrie, c’est un client, assure Chatillon. Ce que j’ai eu du ministère du tourisme n’a jamais été un cadeau du régime. C’est des relations publiques. J’ai des vidéos pour toutes les opérations marketing et communication que j’ai faites pour prouver, et des bons de commande, des factures pour tout ce que j’ai fait. Mes prestations ont été payées par virement par l’ambassade de Syrie en France, et via une banque française. Ce n’est pas de l’argent qui arrive de la Syrie ou du Liban en France. »

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