L’argent sale qui inquiète le PS.

Lu dans : « Valeurs actuelles. »

Mardi 20 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceL’ex-maire d’Hénin-Beaumont dénonce le financement occulte des socialistes du Pas de-Calais. Avec des exemples accablants. La justice, déjà saisie, en aura-t-elle confirmation ?

Dans les années cinquante, on parlait souvent, lors des congrès de la SFIO, de la fédération des Bouches-du-Nord, par référence à l’importance, déjà décisive, de celle des Bouches-du-Rhône. Une façon de montrer le poids de ces entités militantes qui représentaient à elles deux la majorité des adhérents socialistes du pays.

Si l’on en reparle, cinquante ans après, c’est pour des raisons moins glorieuses. Au sud, le PS est secoué par l’affaire Guérini (lire page 15), tandis qu’au nord, il est ébranlé par des soupçons de financement occulte de la fédération du Pas-de-Calais. À l’origine de ces révélations, l’ancien maire PS d’Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, qui, dans un brûlot, Rose Mafia, décrit parle menu toutes les combines (appels d’offres truqués, blanchiment d’argent, favoritisme, etc.) qui auraient permis au Parti socialiste du Pas-de-Calais de trouver des subsides. Et à ses caciques de se servir, au passage, à des fins personnelles.

Chef d’orchestre de l’opération, selon Dalongeville : le député et maire de Liévin depuis 1981, Jean-Pierre Kcheida, connu sous les trois initiales JPK. Les allégations de l’ex-édile d’Hénin-Beaumont, quelles soient vraies ou artificiellement gonflées, provoquent une très forte inquiétude au sein du PS, tant local que national. Même si la sénatrice Catherine Génisson, patronne de la fédération du Pas-de-Calais, affiche une « sérénité à toute épreuve ». Même si Martine Aubry voit dans ce livre un tissu de mensonges. Quant à Jean-Pierre Kucheida, son commentaire au sujet de la prose de Dalongeville est sans appel : « Je n’achèterai pas ce torchon. » Il n’empêche. Comme hier le PS marseillais avec l’affaire Guérini, le PS du Pas-de-Calais traverse une phase
délicate. Témoin, l’enquête préliminaire dont il fait l’objet de la part de la PJ lilloise.

Témoin encore, la désignation par Paris d’une mission du Parti, dirigée par l’ex-ministre de la Défense Alain Richard, pour y voir un peu plus clair dans les finances du PS du Pas-de-Calais. Ce même Alain Richard, qui était descendu à Marseille pour scruter la gestion du PS et avait in fine rédigé un rapport peu sévère. Au grand dam d’Arnaud Montebourg, seul responsable de la Rue de Solferino à dénoncer, non sans courage, le clientélisme régnant dans la cité phocéenne. Le premier aussi à avoir révélé qu’un système de corruption gangrenait le Pas-de-Calais.

Gérard Dalongeville revient donc à l’attaque. Essentiellement contre le "roi de Liévin" et les deux ou trois copains qui règnent depuis des années dans le département. C’est ainsi que Kucheida, selon Dalongeville, embauche des camarades à la Soginorpa, l’organisme qui gère les 65 000 logements des Houillères du Nord - Pas-de-Calais. A droit à des travaux gratis dans sa maison de Liévin Utilise sa carte bleue professionnelles à des fins strictement personnelles. Ne se gêne pas pour avantager quelques PME qui en retour apportent leur écot au PS. Quant au prédécesseur socialiste de Dalongeville, il se serait fait construire sa maison par des entreprises amies qui auraient aussi aménagé son appartement de la Côte d’Azur ! Et bien d’autres choses encore. Sur ses propres dérapages qui lui valent d’être mis en examen pour détournement de fonds publics, l’ex-maire d’Hénin-Beaumont reste peu disert. Tout au plus évoque-t-il le fameux coffre-fort de son bureau dans lequel 13 000 euros seront découverts. Un magot provenant d’entreprises proches du PS. Dalongeville connaissait son existence, mais il a laissé faire.

Comme il a connu d’autres dessous guère plus brillants du PS local. Il n’a pourtant jamais rien dit. C’eût été suicidaire, se défend-il, bien décidé aujourd’hui à entraîner dans sa chute les Jacques Mellick, Daniel Percheron, le président du conseil régional du Nord- Pas-de-Calais et autres Kucheida...

En restant si longtemps silencieux sur les pratiques d’un parti qu’il a tant aimé, Dalongeville affirme donc avoir voulu le protéger. Et se plaint désormais de payer pour les autres... La justice accordera-t-elle du crédit à ses affirmations ? Pour l’heure, Kucheida, seul, se trouve dans le collimateur de celle-ci. Et encore par le biais d’une simple enquête préliminaire.

La démarche de Dalongeville fait penser à celle d’un autre élu PS qui chercha à éluder en 1995 sa responsabilité dans une affaire de financement du PS. Il s’appelait Jean-Pierre Destrade. Comme Gérard Dalongeville, le député des Pyrénées-Atlantiques d’alors avait écrit à un juge d’instruction pour dénoncer l’existence d’un réseau de financement du Parti mis en place, via les grandes surfaces, sous l’impulsion d’Henri Emmanuelli, trésorier du PS à l’époque. Aucune preuve ne sera apportée et Destrade sera condamné en 2005 à un an de prison ferme.

Après l’affaire Guérini, l’ouvrage de l’ex-maire d’Hénin-Beaumont tombe particulièrement mal pour le PS, à moins de soixante jours de l’élection présidentielle. D’autant qu’à l’est cette fois, une information judiciaire qui pourrait viser le maire socialiste de Strasbourg, Roland Ries, a été ouverte, au cours de l’été 2011, pour favoritisme, au tribunal de grande instance de Nancy. L’équipe de l’édile aurait pu avantager trois sociétés chargées d’une étude sur la faisabilité d’un tramway à Bamako...

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