L’appel de Tillinac, le cri du coeur.

Samedi 5 septembre 2015 // La France

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Un puissant mouvement, un élan formidable. Et le recteur de la grande mosquée de Paris nous dit : « J’aurais pu le signer deux mains. »

Une flamme ! Au moment où ce numéro allait être imprimé, on se dirigeait vers les soixante mille signatures au bas de l’appel lancé, ici même, la semaine dernière par Denis Tillinac, « Touche pas mon église ! » Dès les premières heures de la mise en ligne de l’appel (sur le site Internet Valeursactuelles.com), un formidable embouteillage montrait l’ampleur du courant d’opinion que cet appel révélait. Il mettait au jour un réflexe venu de loin, et sans doute du plus profond de l’intimité de chacun, de notre « paysage intérieur », pour reprendre le mot de Tillinac. Un mouvement si puissant qu’il a allumé une sorte d’incendie qui a couru pendant plusieurs jours dans la plaine médiatique et politique.

Un mouvement aussi qui a conduit Dalil Boubakeur, le recteur de la grande mosquée de Paris, dont les déclarations (le 15 juin sur Europe !) avaient suscité ces réactions, à vouloir s’expliquer lui-même dans ce numéro de Valeurs actuelles et de manière spectaculaire : « Non, dit-il, [je ne suis pas en désaccord avec l’appel de Denis Tillinac , j’aurais pu le signer des deux mains. Je sais ce que la France doit à l’Église, j’en connais la richesse. [ ... ] l’amour du prochain suppose un profond respect des traditions et de la foi de chacun. »

Quel camouflet pour les éditorialistes qui vouaient aux gémonies Valeurs actuelles et Tillinac, tels Laurent Joffrin, de Libération, qui prêchait la haine à l’égard de notre journal, Jean-Pierre Denis, de la Vie, qui fut mieux inspiré, dénonçant une prétendue « guerre de tous contre tous », et pour toutes les voix qui voulaient y voir de l’islamophobie, et notamment la Conférence des évêques de France, à travers Mgr Ribadeau-Dumas, qui a appelé les catholiques à se "désolidariser de cet appel".

Au contraire, l’appel de Denis Tillinac est d’abord un cri du coeur, et s’il a été à ce point repris et suivi, c’est qu’il est venu marquer les limites de l’insupportable. Pour une société qui vacille et cherche ses repères, même si elle ne croit à rien, sous le fallacieux prétexte d’une laïcité mal comprise (qui n’est pas le règne des sans-Dieu mais la reconnaissance et le respect de la foi de l’autre), toute racine qui nous relie à l’arbre de la communauté nationale et que l’on voudrait arracher est une blessure de trop.

Et cette idée, même émise sous la forme d’une hypothèse, de voir des églises vides transformées en mosquées est apparue comme un scandale, un pas de plus dans l’irréparable. Comme si l’on allait toucher, non pas seulement au patrimoine, au paysage, à la culture de la France, mais à sa personnalité. C’est cela que disent les signataires, c’est aussi ce qu’a fort bien compris le recteur Dalil Boubakeur quand il affirme, tout en se souvenant qu’il fut l’élève de l’école des soeurs à Alger : « Je ne veux rien changer à la France, je veux la rendre telle qu’elle est : talis qualis ! »

Rien n’est plus sain que le mouvement qu’a déclenché cet appel. D’abord parce que rien dans le texte de Denis Tillinac ne pouvait renvoyer à je ne sais quelle intolérance, rien, « je ne suis pas doué pour la haine », a-t-il écrit maintes fois, lui l’auteur du Dictionnaire amoureux du catholicisme dans lequel il confie : « Confesser sans fausse pudeur mon enracinement dans le catholicisme ne me conduit pas à dédaigner le judaïsme, l’islam, les christianismes séparés de l’Église, les sagesses issues de l’hindouisme ou du bouddhisme. Dieu le Père ne fait pas d’exclusive. J’ai du respect pour toute piété, pourvu qu’elle soit sincère et qu’elle ne jette pas d’anathème. »

Santé de ce mouvement ensuite, parce qu’il n’est pas seulement un élan du coeur, une réaction, mais qu’il appelle une réponse. « Tout commence en mystique, affirmait Péguy si justement, et finit en politique. » À la ferveur et au nombre de ceux qui s’expriment autour de ce simple « Touche pas à mon église ! », on saisit mieux l’enjeu qui va dominer le débat capital des deux années à venir : ce sujet, ce sera la carte d’identité de la France. L’idée que l’on se fait de la France. Pas de manière abstraite, pas dans les mots, mais dans la chair et dans la pierre, dans l’héritage de son histoire que l’on porte en soi, dans la famille qui l’entretient ou pas, dans l’école qui le transmet ou non, l’armée qui le défend, les aventures industrielles qui cherchent à le prolonger. « Tout cela est inséparable d’une réforme intellectuelle et morale », dit Jean-Pierre Chevènement, reprenant le titre de Renan. Quel chantier que cette réforme-là ! Quel projet aussi. Commençons par préserver ce lien unique qui relie la famille, la maison, et le clocher de l’église même s’il est lointain, ce ne serait déjà pas si mal... Il n’y a que la haine de soi qui conduise à la haine des autres.

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