La Mauritanie.

L’Union Africaine face à l’indiscipline de Kadhafi.

Par Paul Tedga

Dimanche 30 juin 2013 // L’Afrique

Dans la précédente livraison de votre bimensuel, je m’étais demandé dans éditorial si Afrique et la communauté internationale allaient accepter la candidature du général félon lors de l’élection présidentielle du 6 juin 2009 ou après ? Si la position de l’Union Africaine, de l’Union européenne et des grands pays partenaires du continent comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, est suffisamment claire pour condamner le putsch du général Mohamed Ould Abdel Aziz et l’encourager à retourner aussi vite que possible dans sa caserne militaire, en laissant le pouvoir à un Mauritanien démocratiquement élu par ses concitoyens, il se compte quelques chefs d’Etat africains dont le nombre n’excède pas les doigts d’une main, à soutenir, parfois à mots couverts, l’arrivée aux affaires par les armes des militaires en Mauritanie.

Parmi ces chefs d’État qui ne disent pas leur nom, on peut sans risque de se tromper y mettre le président sénégalais, Maître Abdoulaye Wade. Le chef d’État sénégalais supporte ouvertement les putschs en Afrique ; Il l’a fait en Mauritanie en prenant acte de l’éviction du pouvoir de Sidi Ould Chelkh Abdallahi. Il a aussi pris fait et cause pour le capitaine Moussa Dadis Camara chef de la junte guinéenne, au pouvoir, à Conakry. Wade n’en est pas à son coup d’essai. Qu’on se souvienne qu’il avait soutenu le « coup d’État » de Marc Ravalomanana contre l’amiral Didier Ratsiraka, en 2002, irritant plusieurs chefs d’État. À l’époque, il ne totalisait qu’une durée de vie de deux ans au pouvoir. Aujourd’hui, il se comporte en doyen de la déstabilisation des régimes fragiles de sa sous-région. Qui l’eût cru quand, dans l’opposition, il faisait le tour de l’Afrique, mettant parfois quatre mois à Libreville, pour se plaindre auprès des pairs d’Abdou Diouf d’être sérieusement malmené par son régime.

Depuis ce mois de mars 2009, il faudra ajouter à cette liste de chefs d’État pitoyables car réellement putschistes dans le sang, le nom du bouillant et insaisissable colonel libyen Mu’Ammar al Kadhafi. Cela dit, ce qui est embarrassant est moins la position à titre personnel de ce dirigeant africain que le fait qu’il soit, pour un an, le président en exercice de l’union Africaine. Son opinion personnelle se confond avec la position officielle de l’union Africaine dont il est censé être le porte-parole devant toutes les instances.

Je rappelle que l’organisation continentale a toujours condamné le coup de force du général Aziz et œuvré en faveur d’un retour à la légalité constitutionnelle sans ce général félon à la tête du pays. Objectif éviter de transformer la Mauritanie en une deuxième République centrafricaine en cautionnant une mascarade d’élection qui donnerait un coup de vernis démocratique à Mohamed Ould Abdel-Aziz comme le général François Bozizé a fait dans son pays, l’entraînant au passage dans une très longue période d’instabilité tant qu’il sera à sa tête. Voilà l’enjeu en Mauritanie que refusent de voir certains dirigeants à la myopie avancée comme le Libyen Mu’ammar al Kadhafi et le Sénégalais Abdoulaye Wade.

En maintenant la position jusqu’ici défendue, avec succès, par l’union Africaine et toute la communauté internationale, « le frère guide » défend les intérêts qui ne sont pas ceux de l’Union Africaine qu’il est censé représenter. Le trouble qu’il sème en déclarant « clos » le dossier des sanctions et en invitant à regarder devant vers la Mauritanie nouvelle qui naîtra après le 6 juin car ce qui est fini est fini, est une stratégie savamment pensée au seul profit des putschistes au pouvoir. Si la popularité de Kadhafi s’est construite dans l’art de prendre ses pairs à contre-pied, il aura une fois de plus réussi à semer le désordre dans un dossier qui n’en demandait pas tant. Faut-il en rire. ?

« Nous ne pourrons jamais prendre part à une médiation sous l’autorité de la Libye tant que les Libyens n’auront pas changé d’attitude et cessé de chercher à nous faire accepter le fait accompli putschiste », a déclaré dans la foulée, lors d’une conférence de presse tenue à Nouakchott pour manifester sa colère à l’endroit de Kadhafi, le porte-parole du FNDD « Front national pour la défense de la démocratie », Mohamed Ould Moloud. Opposé au putsch, comme du reste, toute l’Afrique et la communauté internationale, le FNDD soutient Sidi Ould Cheikh Abdallahi comme seul président légitime. Dans un autre communiqué, le FNDD va encore plus loin en indiquant que « les déclarations du président Kadhafi prenant fait et cause pour la junte militaire putschiste sont une atteinte fondamentale à son rôle de médiateur et une violation des directives de la communauté internationale. »

Il faudra que le président de la Commission de l’union Africaine, Jean Ping, reprenne vite en main, ce dossier pour recoller les morceaux. Vivement que la parenthèse Kadhafi se referme vite, car avec de tels dirigeants, l’Afrique ne peut que décrocher du reste du monde même si les richesses de son sous-sol sont immenses. Car avancer dans des conditions pareilles est tout simplement impossible.

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