L’UMP en transes.

Jeudi 10 octobre 2013 // La France


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De 8 au 13 septembre, les dirigeants de l’UMP ont connu une phase d’agitation frénétique, provoquée par les déclarations de François Fillon sur le Front national, Pourquoi tant d’émois ? Tout est communication.

De gauche à droite, tous les dirigeants politiques sont les enfants de la fin du siècle dernier : ils croient dur comme fer à la « société de communication » et se croient parfaitement modernes parce qu’ils sont passés du tract colorié au compte Twitter. Or l’outillage technique n’est rien : qu’ils soient à la télévision ou sur le clavier de leur
téléphone, les gens très importants ont pour seule conviction qu’il ne faut point en avoir. La vérité est dans l’instant de la petite phrase, dans la durée circonscrite d’un positionnement qui va faire évoluer les sondages, gêner un rival, drainer une fraction de l’électorat.

Dès lors, inutile de s’énerver. Nous entrons dans une période électorale de neuf mois, au cours de laquelle tous les coups seront tactiques. La guerre civile en Syrie, la crise économique, le Front national, ils s’en fichent comme de leur première partie de billard électoral. Ces gens très importants ne sont pas des calculateurs froids : l’ambition, à ces hauteurs là, pousse à la haine. François Fillon a gardé sa bonne tête de bourgeois correct mais il est entré dans cette partie infernale. On se souvient de ses propos emberlificotés sur les candidats du Parti socialiste qui seraient, dans certains cas, plus sectaires que les candidats frontistes aux municipales. En mai dernier, il affirmait encore que le Front national « est en dehors des limites du pacte républicain ».

En septembre, le front républicain est à jeter aux poubelles de l’histoire...

Les chefs socialistes ont fait part de leur indignation, Jean-Pierre Raffarin a communiqué son affliction, Alain Juppé a pointé son nez de candidat mine-de-rien à la présidentielle, Henri Guaino a fulminé, Jean-François Copé, toujours franc comme l’or, a joué les gardiens du temple ni socialistes ni frontistes pour embêter Fillon et pour se repositionner au centre de l’UMP après avoir fait une campagne interne de droite. Je n’ai pas eu le courage d’écouter les débats entre politologues mais j’en ai tout de même entendu un qui annonçait que peut-être un jour Jean-Pierre Raffarin pourrait quitter l’UMP pour rejoindre Jean-Louis Borloo : ce serait, assurément, un tel tremblement de terre que le paysage politique en serait bouleversé pour trois décennies.

Toute cette agitation n’est pas provoquée par la progression du Front national et ce n’est pas une question de principes qui taraude les chefs de l’UMP mais la peur panique d’un retour de Nicolas Sarkozy qui, bien entendu, rebattrait toutes les cartes. C’est contre le président battu que François Fillon se pose en artisan de l’unité de la droite, en homme qui veut « aller chercher tous les gens qui veulent redresser le pays » et « parler à tous les Français, dont les électeurs du Front national, qui sont précisément des patriotes qui veulent que leur pays se redresse, mais se tournent vers les mauvaises solutions ».

Ah ! Le brave homme... Quelle sollicitude ! Et cet intérêt passionné pour les patriotes ! Il a oublié de nous faire le coup du gaullisme social lui qui a défendu toutes les réformes antisociales - mais cela viendra. Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy voudra lui disputer l’héritage du Général mais un point est d’ores et déjà acquis. L’attention portée aux patriotes du Front national et d’autres lieux n’incitera pas les chefs de l’UMP à envisager la sortie de l’euro et de réelles mesures de protection de l’économie nationale. Tous puiseront à tour de bras dans le stock d’éléments de langage qui sont d’usage facile. Pour le moment, ils laissent les policiers et les magistrats se débrouiller avec les clandestins, les salafistes, les voyous.., et les économies budgétaires qu’ils subissaient bien avant 2012. Mais dès janvier, ou avant s’il y a un fait divers bien saignant, on ressortira l’islam, l’immigration et l’insécurité pour retenir les électeurs dans les filets de l’oligarchie.

Inutile d’expliquer aux chefs de l’UMP que l’électorat frontiste n’est pas majoritairement composé de beaufs racistes et que les Français, en général, ne sont pas des imbéciles : pour ces messieurs et ces quelques dames, c’est du domaine de l’invraisemblable.

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