L’UMP au bord de l’implosion.

Vendredi 16 mai 2014 // La France

Avis de tempête sur l’UMP. Miné par les affaires qui touchent ses têtes d’affiches, le parti chiraco-sarkozyste est en quête de stabilité, de programme, de chef, de perspectives et aussi de victoires. Malgré son statut de premier parti d’opposition, même les dernières échéances électorales qui lui sont favorables en raison des circonstances, ne suffisent pas à le reconstituer.

Il n’y a pas pire aveu d’échec. Malgré ses victoires aux élections municipales, l’UMP ne parvient pas à surfer sur la vague anti-Hollande qui déferle depuis quelques mois. C’est comme si la défaite de son poulain à l’élection présidentielle de 2012 avait tétanisé le parti. Certes, l’opposition au « mariage pour tous », les mouvements de contestation fiscale (Bonnets rouges, Pigeons, Poussins...) et quelques autres sujets (comme l’affaire Gayet) ont remis le parti de Jean-François Copé sur le devant de la scène. Mais ce feu de paille ne fait qu’illusion.

Car les zones de turbulences se sont accumulées dans le ciel de l’UMP où aucune figure ne paraît jouir du charisme suffisant pour dominer les événements. Même Nicolas Sarkozy. L’ancien chef de l’État est ainsi impliqué dans pas moins de dix affaires plus ou moins liées entre elles financement de son élection en 2007 et de sa campagne en 2012, sondages de l’Élysée, arbitrage Tapie, enregistrements de son conseiller Patrick Buisson, écoutes de ses conversations avec son avocat Maître Herzog... Même s’il apparaît qu’il s’agit d’un véritable acharnement judiciaire dont sa « tribune » au Figaro a justement dénoncé les procédés inqualifiables, il n’en reste pas moins que ses intentions de retour s’en trouvent compromises. De toutes façons, il n’est plus le maître de l’UMP.

MANIPULATION ?

Le patron en titre de l’UMP, Jean-François Copé, se retrouve lui aussi empêtré dans des affaires opaques. Après son élection contestée à la tête du parti, le voilà éclaboussé par une affaire de favoritisme. Il aurait sur- facturé à la société Bygmalion, plus précisément sa filiale Events&Cie dirigée par deux de ses proches (Bastien Millot et Guy Alves), les meetings de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. Montant des factures : huit millions d’euros.

Nombre de têtes d’affiche de l’UMP ont été ou sont inquiétées par la Justice. Ainsi de Serge Dassault, en cause ses supposés achats de votes pour conquérir la mairie de Corbeil-Essonnes, ou de Patrick Balkany, soupçonné de blanchiment de fraude fiscale et qui a récemment agressé un caméraman de BFM TV...

Ces soupçons de fraude écornent toujours plus l’image du parti chiraco-sarkozyste déjà bien abimée par son incapacité aux yeux des Français d’incarner une vraie ligne nationale. Qu’a-t-il fait au pouvoir et du pouvoir ? L’UMPS est un écriteau qui lui reste attaché. Un climat délétère en son sein entretient des rivalités permanentes qui annihilent ses ambitions après les échéances électorales, municipales et européennes. Même si les sympathisants UMP restent peu réceptifs à toutes ces affaires, certains, à droite, commencent à demander des comptes à Jean-François Copé qui voit des ennemis partout (lire encadré). À cet égard, l’avertissement lancé par François Fillon dans les colonnes du Parisien, le 9 mars dernier, est clair : « Je pense que nous allons gagner ces élections (municipales). Cela ne devra pas nous dispenser de nous interroger et pour certains de s’expliquer sur la situation de notre parti »...

L’UMP SE DÉLITE

En fait, l’UMP est en train de se déliter. Créée à l’origine pour rassembler toute la droite, des radicaux valoisiens à la droite plus musclée, l’Union en mouvement, devenue l’Union pour la majorité présidentielle, puis l’Union pour un Mouvement Populaire en 2002, a, pendant quelques années, gagné son pari. Tout s’est gâté après les élections de 2012, chaque composante reprenant sa liberté. La Gauche Moderne, Le Nouveau Centre, le Parti Radical (pour ne citer qu’eux) quittèrent alors l’UMP pour fonder l’Union des démocrates et indépendants (UDI), aujourd’hui dirigée par Jean- Louis Borloo. Ce dernier est même parvenu à faire revenir dans son giron une partie du MoDem de François Bayrou qui pourrait cependant se relancer pour l’élection de 2017 après avoir gagner la mairie de Pau.

Côté adhérents, c’est également un sentiment de désertion en rase campagne qui prime. En effet, seulement un tiers des adhérents de l’UMP de 2012 auraient renouvelé leur cotisation en 2013, soit 84 000 adhérents sur les 280 000 enregistrés en 2012. Rien qu’à Paris, 80 % des adhérents ont rendu leurs cartes ! En dépit de NKM ! Et ce n’est pas le dernier sondage Opinionway pour Metronews qui rassurera les caciques du mouvement. Selon cette étude, 76 % des Français estiment que l’UMP remplit mal son rôle d’opposant au gouvernement et 73% sont mécontents de l’action de Jean-François Copé. Ce dernier voit même sa cote de satisfaction décliner de trois points, avec seulement 23 % de jugements positifs, soit 23 points derrière Marine Le Pen.

LE BON CHEVAL ?

Selon des sources proches de Nicolas Sarkozy, ce dernier attendrait que l’UMP implose pour créer un nouveau parti qui le propulserait pour la présidentielle de 2017. Ce parti qui s’appuierait sur des « marqueurs forts » (nation, responsabilité, libéralisme rationalisé...) s’inspirerait d’idées néo-gaullistes et tenterait de grignoter sur sa droite tout en se recentrant. S’il sait pouvoir s’appuyer sur quelques « indéfectibles » (Christian Estrosi, Brice Hortefeux, Nadine Morano ... ), l’ancien chef de l’État sait aussi qu’il ne faudra pas être trop « clivant » pour être en mesure de rassembler pour gagner. Refaire le RPR d’antan hypothéquerait ses chances. Il restera à convaincre ses anciens alliés du centre et du centre-droit de venir le rejoindre. Il faudra surtout mettre fin aux querelles de chapelles qui tiraillent aujourd’hui l’UMP : tenants de la droite sociale, proches de la droite libérale, irréductibles de la droite souverainiste... La synthèse n’est pas aisée et les clivages peuvent se renforcer. En effet, qui pense aujourd’hui que Sarkozy est à même de réaliser une éventuelle synthèse ? Conclusion : l’électoralisme perd la France et perd même les partis. L’UMP comme le PS en sont les victimes. Volontaires et consentantes.

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