MARCHÉS FINANCIERS

L’UE avance à petits pas.

Mardi 22 janvier 2013 // L’Europe

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Tandis que les taux d’intérêt de la dette publique reculent en Europe, l’Union européenne tente de supplanter le réussi FESF par un fonds fédéral. Mais, en coulisses, Berlin freine les velléités de Bruxelles et Paris.

Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) n’est pas encore arrivé à son terme que l’Union européenne lance déjà le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le FESF a pourtant bien joué son rôle. Jusqu’ici, ce fonds commun garanti par les principaux gouvernements de la zone euro a réussi à lever près de 200 milliards d’obligations à court et moyen terme (soit moins de la moitié de la limite autorisée) à un taux global très faible de 0,53%. L’argent a été prêté avec intérêt à la Grèce, à l’Espagne ou à l’Irlande. Mais il devrait être remplacé par le MES, en cours d’abondement. Ce fonds est une entité juridique distincte qui, une fois capitalisée, ne pèsera plus sur les budgets des États-membres. Sa direction plus autonome bénéficiera d’un pouvoir de décision accrue sur l’allocation de l’argent levé.

Son lancement officiel n’aura lieu qu’au moment où un gouvernement demandera une aide financière au MES. En contrepartie, le pays en question serait presque mis sous tutelle budgétaire par l’Union européenne. On comprend mieux pourquoi l’Espagne, dont les banques sont en situation très précaire, refuse de demander l’aide du MES.

L’ALLEMAGNE GAGNE DU TEMPS

La situation, néanmoins, s’est largement améliorée sur le front obligataire. Le taux d’intérêt des obligations italiennes à dix ans est redescendu sous 5% contre 6,5% il y a quatre mois, les espagnoles coûtent moins de 6%. De fait, les États de la zone euro sont assurés de trouver des financements à court terme depuis que la Banque centrale européenne a annoncé un programme d’achat potentiellement illimité de bons du Trésor. Si l’idée initiale était de fédéraliser les différentes dettes nationales (en effet, seule l’interdépendance des dettes justifierait des transferts budgétaires entre États et une gestion centralisée de leurs deniers), elle a surtout ravivé l’appétit des banques commerciales. C’est que ces dernières sont gorgées de liquidités après les escomptes massifs opérés par la BCE, et elles sont désormais assurées d’avoir un acquéreur en dernier ressort pour leurs bons du Trésor. Leurs gérants n’ont donc plus de raison de vendre leurs titres, et ils ont même tout intérêt à en acheter. La BCE reste néanmoins maîtresse du jeu.

Son président, ancien haut responsable de Goldman Sachs, a d’ores et déjà annoncé qu’il ne renouvellerait pas les financements massifs à trois ans déclenchés en début d’année. Les banques devraient ainsi rembourser progressivement leurs emprunts auprès de la BCE et vendre leurs titres d’État, étranglant ces derniers et les obligeant à demander l’aide du MES... Dans un tel contexte, l’Allemagne sent que la construction européenne lui échappe. Fort esseulée depuis l’arrivée au pouvoir de deux chefs d’État ultra-fédéralistes en Italie et en France, ayant perdu la main sur la Banque centrale européenne (fait souligné par les démissions successives des deux économistes en chef allemands et du président de la Bundesbank), elle cherche à gagner du temps. Ainsi, l’adoption du MES a été assortie de conditions par sa Cour constitutionnelle, et la Banque centrale allemande préparerait un dossier pour attaquer le programme d’achat de la BCE en justice. Enfin, l’Allemagne tente de rapatrier son or conservé aux États-Unis, au cas où... Tiraillée entre une expression populaire de plus en plus hostile à Bruxelles et une crise de l’euro aux effets potentiellement redoutables, Angela Merkel laisse toutes les portes ouvertes : L’évolution des marchés financiers dépendront des choix qui seront faits souligné par les démissions successives des deux économistes en chef allemands et du président de la Bundesbank, elle cherche à gagner du temps.

Ainsi, l’adoption du MES a été assortie de conditions par la Cour constitutionnelle, et la Banque centrale allemande préparerait un dossier pour attaquer le programme d’achat de la BCE en justice. Enfin, l’Allemagne tente de rapatrier son or conservé aux États-Unis, au cas où... Tiraillée entre une expression populaire de plus en plus hostile à Bruxelles et une crise de l’euro aux effets potentiellement redoutables, Angela Merkel laisse toutes les portes ouvertes. L’évolution des marchés financiers dépendront des choix qui seront faits.

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