Valeurs actuelles

L’Intifada a commencé.

Notre Opinion par François d’Orcival, de l’Institut.

Lundi 25 août 2014 // La France

Qui veut l’Intifada sur le territoire français ? « Le conflit israélo-palestinien ne peut pas s’importer en France », disait le président de la République, le 14juillet. C’est déjà fait. Et de minière spectaculaire. Des défilés propalestiniens d’une ampleur jamais vue se sont répétés à Paris, Nice, Lille et ailleurs - avec drapeaux noir blanc vert rouge et roquettes factices. Visés : Israël - mais aussi, fait nouveau, la communauté juive et ses synagogues. « Des manifestations violemment antisémites », dit le consistoire central de la communauté.

« Où vit-on quand on est obligé de maintenir 200 personnes dans une synagogue par crainte de les voir pourchassées si on les laissait sortir ? », se demande Joël Mergui, président du consistoire central. C’est bien cela qui aurait pu se produire si la foule qui grondait à la Bastille avait pu s’approcher de la synagogue de la rue de la Roquette. « Nous avons franchi un nouveau cap avec ces violences », dit-il.

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, l’a reçu Place Beauvau, aussitôt après les cérémonies de la fête nationale. Se trouvaient avec lui le nouveau grand rabbin de France, Haïm Korsia, et le président du Crif (le Conseil représentatif des institutions juives de France), Roger Cukierman. Le dialogue qui s’est instauré est très symbolique des limites que s’impose l’État devant cette flambée de violence venue d’Orient. Les représentants des Juifs français estiment qu’il ne s’agit plus d’un phénomène exceptionnel qui s’inscrirait dans la suite des manifestations anti-israéliennes, mais d’une « rupture » où l’islamisme radical et les appels au « califat » s’en prennent désormais directement « aux Juifs ». Les plus violents des manifestants, qui sont aussi les plus jeunes, n’hésitent pas à se faire provocants : « On fait la guerre. »

Dimanche soir, lors des violences de la rue de la Roquette, deux membres de la communauté juive ont été blessés, ainsi que six policiers. Combien d’interpellations ? Neuf, dont deux mineurs.

La police pratique la retenue. À Lille, plusieurs milliers de manifestants propalestiniens défilent le dimanche 13, ils veulent recommencer le lundi 14. Le préfet l’interdit. Les manifestants changent de parcours - et le défilé a lieu. Devant Bernard Cazeneuve, les présidents des organes de la communauté juive demandent une mesure simple : l’interdiction générale des défilés en relation avec ce qui se passe au Proche-Orient. À une « violence de rupture » devrait répliquer une même attitude de rupture de l’État, pour impressionner et dissuader les extrémistes. Mais non, le ministre de l’Intérieur ne prendra pas cet arrêté. Il agira au cas par cas. Toujours la crainte d’être tenu pour responsable de la propagation de la violence. La retenue, hélas, passe pour un signe de faiblesse, et elle n’a jamais empêché la multiplication d’actes de plus en plus brutaux. Toute occasion est saisie : il y a trois semaines, c’étaient les victoires ou les défaites des footballeurs algériens, aujourd’hui, ce sont les échanges de tirs à Gaza.

Ce n’est pas que l’État et ses services ne soient pas vigilants (même s’ils peuvent être surpris), que les ministres ne soient pas conscients de la menace, mais le coup par coup ne fait pas une politique. Les synagogues sont protégées ; quelques policiers assuraient la garde devant celle de la rue de la Roquette. Que peuvent cinq policiers (avant l’arrivée des CRS) devant 500 ou 5000 manifestants ? Le réalisateur israélien Yuval Adler a résumé en une scène terrible de son film Bethléem (sorti en février) le dilemme des soldats en armes qui doivent défendre l’un des leurs en face d’émeutiers qui leur jettent des pierres. Ou bien les soldats se replient, ou bien ils font un carnage. C’est cela, l’Intifada les manifestants propalestiniens de Paris, Nice, Lille et ailleurs constituent le vivier dans lequel se recrutent les djihadistes, et la plupart d’entre eux sont français de naissance. Mais ils revendiquent d’autres racines, une autre identité, font même allégeance à un autre pays que celui qui les a vus grandir, les a soignés, accueillis à l’école. C’est le problème, l’immense problème, que nous avons devant nous. Que leur avons- nous appris ? Que leur avons-nous laissé faire ? Quel exemple leur donne Mme Taubira avec sa folle réforme du code pénal ? Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, s’étonnait, mardi, au micro de jean- Pierre Elkabbach, de voir ces questions d’identité surgir partout. Sans comprendre que la proposition de son parti, encore répétée, le 14 juillet, par son patron François Hollande, d’offrir le droit de vote aux étrangers (c’est-à-dire aux ressortissants d’Afrique et du Maghreb), était une cause de plus de la revendication identitaire. Nous allons vivre au rythme des fatwas du "calife" d’Irak et des tirs du Hamas.

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