L’Europe en pleine dérive.

Lundi 21 septembre 2015 // L’Europe

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Le plus grave dans l’affaire grecque, ce ne sont pas les revirements de Tsipras, mais les médiocrités de Bruxelles et la volonté de Hollande de jouer le jeu de la démagogie.

Il était temps que prenne fin le spectacle pitoyable auquel se sont livrés, depuis un mois, les principaux dirigeants européens de manière à permettre à la Grèce de rester dans la zone euro, malgré son défaut de paiement envers le Fonds monétaire international, malgré son refus d’obtempérer aux injonctions des prêteurs en dernier ressort et malgré la morgue de son nouveau premier ministre à propos de l’Europe telle qu’elle est organisée.

Faut-il que tous ceux qui font tourner la machine européenne au quotidien, mais aussi ces commissaires et ces chefs d’État qui prétendent la gérer aient totalement perdu la vision de ce qu’elle doit être pour s’être conduits comme ils l’ont fait au cours des tout derniers jours. Faut-il qu’ils aient totalement renoncé à cette Europe des peuples et des nations que le général de Gaulle et Konrad Adenauer avaient souhaité bâtir. Faut-il qu’ils aient oublié ce principe simple du fondateur de la V° République : « Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons. »

Ce salmigondis, cette indigeste salade grecque, c’est pourtant ce qu’une grande majorité d’eurocrates ont cherché à faire à tout prix ces derniers jours en s’estimant à la fois supérieurs aux faits et aux peuples. Puisqu’ils ont réussi à imposer aux Grecs des réformes contre lesquelles ceux-ci ont très largement voté non. Et puisqu’ils ont voulu coûte que coûte maintenir la Grèce dans la zone euro. Alors que celle-ci s’en est déjà exclue, de fait, par son défaut de paiement, par son incapacité à assurer la liquidité de son économie et par la mise en hibernation de son système bancaire. Certains politiques à courte vue comme Matteo Renzi, François Hollande ou Jean-Claude Juncker ont affirmé d’emblée que la sortie de la Grèce de l’euro serait vécue comme un échec par l’Europe. Faut-il qu’ils n’aient aucun sens de l’histoire et qu’ils aient été contaminés par la démagogie d’Alexis Tsipras pour avoir pensé ainsi.

La bonne nouvelle aurait été au contraire que l’Europe ne cède plus aux demandes incongrues de la Grèce et lui indique où se trouve la porte de la zone euro. Seul Wolfgang Schàuble, le ministre allemand des Finances, a eu le courage d’évoquer une telle solution, se faisant le porte-parole non seulement d’une Allemagne qui en a assez de payer, mais aussi des États baltes ou de la Finlande, qui, eux, ont fait les réformes nécessaires - fussent-elles difficiles pour rejoindre la plus grande union monétaire au monde. Le plus grave n’est pas tant que le dossier grec a trouvé une solution de compromis, mais que l’Europe n’a jamais été autant déchirée depuis des années. Entre, d’un côté, les tenants de la facilité, des arrangements médiocres et de la démagogie, qui ont bien sûr trouvé en François Hollande leur héraut. Et, de l’autre côté, les tenants de l’orthodoxie, du respect de la démocratie et de l’équité entre les nations, incarnés par l’Allemagne. Au cours des deux précédentes crises grecques, si des solutions, même douloureuses, ont pu être mises en oeuvre, c’est parce qu’il existait un leadership européen incarné par le tandem Angela Merkel-Nicolas Sarkozy.

Le fait que le couple franco-allemand se soit fracassé sur ce dossier grec restera comme l’une des principales taches du quinquennat de François Hollande. Et en agissant comme il l’a fait délibérément contre les positions allemandes, le chef de l’État n’a pas seulement endossé la responsabilité de garder dans la zone euro un pays qui s’est mis hors la loi commune, il a aussi ridiculisé notre pays et fait perdre à l’Europe le peu de leadership qui existait à travers le dialogue entre Paris et Berlin.

Maintenant, il va falloir se conduire avec la Grèce comme un gendarme, surveiller toutes ses décisions, refuser toute facilité financière supplémentaire et toute compromission de dernière minute. De manière à montrer que 500 millions d’Européens ne peuvent pas être pris en otage par un démagogue marxiste qui joue au héros romantique. De manière aussi à éviter que d’autres Tsipras voient le jour en Europe, à commencer par l’Espagne, où le mouvement Podemos attend de pied ferme les élections législatives.

Mais le plus important, c’est de reconstruire cette Europe dont le sens initial a été détourné par des eurocrates qui gèrent leurs affaires en petits boutiquiers.

Le plus important, c’est de recréer une vision européenne comme il n’y en a plus eu depuis de Gaulle, Giscard ou Delors. Une vision respectueuse des nations, des peuples, des frontières et des cultures. Le plus important, enfin, c’est de recréer un leadership à la tête de la zone euro, qui sache résister à l’oligarchie financière, aux calculs égoïstes et aux forces centrifuges. Pour cela, encore faut-il que l’Allemagne et la France puissent parler le même langage. Désormais, on en est très loin.

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