Moyen-Orient

L’État de Palestine

Vendredi 28 décembre 2012 // Le Monde

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En renforçant son statut à l’ONU, l’Autorité palestinienne privilégie la symbolique. La France est dans sa grande tradition en soutenant cette démarche.

Il paraît que le président Hollande a hésité avant de voter à l’Assemblée Générale de New York, le 29 novembre, en faveur de la demande palestinienne de voir son statut rehaussé d’observateur à État non-membre. La même demande l’an dernier avait reçu l’appui formel du président Sarkozy. Pourquoi des hésitations ? L’Élysée aurait espéré que les Etats-Unis, après la réélection d’Obama, fassent un geste. Or le calendrier était trop serré. Cela veut-il dire que si la diplomatie américaine avait donné des signes positifs, la France se serait abstenue au cas où les Palestiniens auraient envers et contre tout maintenu leur demande ?

La position américaine est connue : la priorité doit aller à des négociations directes. Washington considère tout détour par New York comme une diversion, une perte de temps, pire une illusion. Pour la diplomatie américaine, l’avenir de la Palestine sera déterminé par la nouvelle configuration du Moyen-Orient entre Égypte, Syrie et Israël, pas par Ramallah.

Pour Paris, c’est rigoureusement l’inverse. C’est toujours la question palestinienne qui est au coeur de l’évolution du Moyen-Orient vers la paix ou vers la guerre. Que l’on trouve une solution et les tensions diminueront. La solution est connue, c’est celle des deux États. On ne peut pas demander à un mouvement de libération de renoncer à sa cause. L’OLP devait se convertir en autorité responsable : ce fut le chemin poursuivi depuis la déclaration unilatérale d’indépendance de 1988 puis les accords d’Oslo de 1993. Mais revenue en Cisjordanie et à Gaza, l’OLP n’a pas su faire oublier les habits de la guérilla. La mort d’Arafat en 2004 aurait pu déboucher sur la reconnaissance d’un gouvernement sur la base d’élections libres, sauf que celles-ci en 2006 ont vu la victoire du Hamas.

Il est en effet incompréhensible qu’à l’ONU en 2012, la seule représentation palestinienne soit encore celle de l’OLP en tant que mouvement observateur ! La reconnaissance demandée par l’Autorité palestinienne en tant qu’État non-membre est d’ores et déjà en retard sur les événements. Mais elle aura au moins comme conséquence de transformer les ambassadeurs de l’OLP en ambassadeurs d’un gouvernement reconnu.

La dynamique voudrait que l’on enclenche dès à présent la demande de reconnaissance comme État membre à part entière, ce qui suppose l’accord du Conseil de Sécurité, et donc la levée du veto américain. Washington n’acceptera qu’après des négociations sur les divers éléments du statut final, notamment les frontières, la démilitarisation. Mais la négociation entre un État de plein exercice comme Israël et une Autorité est biaisée dès le départ. Elle est asymétrique. À l’inverse une négociation entre deux États reposant sur la même légitimité, en l’occurrence celle du plan de partage du 29 novembre 1947 symbolique de la date, serait infiniment plus productive.

L’Autorité palestinienne, même avec tous les attributs d’un gouvernement, ne peut faire de concessions sans être débordée, battue aux élections, disqualifiée par son propre peuple. En revanche un Etat internationalement reconnu peut céder beaucoup, à condition qu’il lui reste une frange de territoire et de population, sans rien perdre de sa légitimité. Les négociations ne sauraient aboutir que d’État à État.

Faute d’État palestinien, Israël devra négocier par procuration avec l’État égyptien ou le royaume jordanien, demain la Syrie, voire un jour l’Iran. C’est quelque part toujours son espoir secret, estimant que ce sont les voisins qui comptent pour la survie de l’État juif. C’est sans doute une erreur. Israël a été bien content de voir l’Égypte s’impliquer tant dans la trêve signée avec le Hamas. Mais c’est un jeu dangereux. Car il n’est pas bon pour l’Égypte ni la Jordanie d’être érigés en responsables pour le compte des Palestiniens. La monarchie jordanienne y a plusieurs fois risqué sa vie. Quant à l’Égypte elle a besoin de stabilité. Loin que ce soient ces pays qui influent sur l’attitude des Palestiniens, ce sont ceux-ci qui risquent de les déséquilibrer.

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