Mediapart

L’Elysée dédramatise une réélection d’Angela Merkel.

Par Lénaïg Bredoux et Ludovic Lamant

Jeudi 3 octobre 2013 // La France

La probable réélection de la chancelière allemande confirme, après le scrutin italien de février, que François Hollande n’est pas parvenu à enclencher une dynamique pour « relancer » l’Europe à gauche. Mais l’Élysée relativise les conséquences de ce statu quo à Berlin.

Lors de son dernier meeting de campagne, samedi à Berlin, Angela Merkel s’est contentée de réciter ses classiques, lorsqu’elle a évoqué la crise de l’euro. « L’Allemagne n’ira bien que si l’Europe va bien », a-t-elle affirmé, avant d’expliquer que la solidarité envers des pays en crise de la zone euro ne peut se faire « sans conditions ».

Et d’ajouter, extrêmement prudente devant ce parterre de militants de la CDU : « Il n’y aura ni euro-obligations, ni émission de dette en commun », une piste régulièrement évoquée depuis 2010 pour en finir avec la crise des dettes souveraines, mais qui n’a jamais convaincu Berlin.

Les élections allemandes suscitent un intérêt majeur dans beaucoup de pays d’Europe, qui estiment que l’avenir de l’Union se joue ce dimanche à Berlin. Mais tout laisse penser, alors qu’Angela Merkel est la grande favorite à sa succession, que la politique menée par les Allemands à Bruxelles ne bougera pas – ou peu – à partir de lundi.

À l’Élysée, où l’on a évidemment suivi de près la campagne allemande, on se prépare à une nouvelle victoire de la chancelière. François Hollande s’est peu à peu résolu à l’idée d’un statu quo avec Berlin. Cela fait déjà plusieurs mois que l’exécutif français, le nez dans les sondages, s’est convaincu de la défaite, au moins partielle, du SPD. « On a une vision différente de celle d’Angela Merkel. Mais elle a toutes les chances d’être la future chancelière », nous disait début juillet le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Alors qu’Angela Merkel avait soutenu publiquement Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012, François Hollande a gardé ses distances avec la campagne des sociaux-démocrates allemands. Tout au plus a-t-il reçu à l’Élysée, en avril dernier, Peer Steinbrück, le rival SPD d’Angela Merkel, pour un entretien d’une heure. Et début juillet, il s’est rendu à Berlin pour un sommet sur l’emploi en Europe, organisé, non sans arrière-pensée électorale, par la chancelière conservatrice.

Angela Merkel et François Hollande avec, au centre, le Belge Elio Di Rupo, le 15 mars 2013 à Bruxelles. ©CE.
Angela Merkel et François Hollande avec, au centre, le Belge Elio Di Rupo, le 15 mars 2013 à Bruxelles. ©CE.

Les proches de François Hollande jurent aussi que le président français a appris à travailler avec Merkel et que, si le rapport de force est indéniablement en faveur de l’Allemagne, le statu quo ne serait pas une catastrophe. « Ils ont des intérêts différents, ils ont des sensibilités différentes mais à chaque fois, ça marche et c’est efficace. Sinon il n’y aurait jamais eu le pacte de croissance, le maintien de la Grèce dans la zone euro ou l’union bancaire. La relation est plus discrète, plus efficace (que sous Sarkozy - ndlret donne le sentiment qu’il ne se passe pas grand-chose. Mais la relation de travail est permanente », expliquait un conseiller diplomatique de François Hollande à l’occasion de la dernière visite de Merkel à Paris fin mai.

Selon un autre proche du président français, ce dernier a même plusieurs fois « protégé » la chancelière allemande au cours de ses entretiens bilatéraux avec d’autres dirigeants européens. Plusieurs ministres attestent de relations régulières, nettement plus apaisées que le laisseraient penser les divergences politiques entre la CDU et le PS. Le ministre du travail, Michel Sapin, témoigne par exemple de ses échanges « excellents » avec son homologue allemande, Ursula von der Leyen, une proche de Merkel.

Les socialistes français sont aussi convaincus que Merkel a « mis de l’eau dans son vin depuis un an », selon l’expression du député Philip Cordery. « En tant que socialiste, on préfère le SPD. Leur programme est plus clair sur la croissance et la lutte contre les distorsions sociales. Mais on a vu une inflexion de l’Allemagne depuis un an et peut-être une prise de conscience chez Mme Merkel qu’il faut une adhésion des peuples », explique-t-il.

D’autres jurent aussi qu’en cas de réélection, la chancelière sera plus souple pour son troisième mandat et ne voudra pas quitter la scène politique avec l’image d’une dirigeante qui aura suscité un rejet de son pays dans le reste de l’Europe. « Elle ne veut être ni isolée, ni mal-aimée. Dans sa campagne, elle s’est d’ailleurs rapprochée de nos thèses, notamment sur la relance intérieure », estime un proche de François Hollande.

Les deux dirigeants se retrouvent aussi sur une vision a minima de l’Europe. Le président français a en effet revu à la baisse ses ambitions européennes. Lui qui passait pour un Européen convaincu, dans la lignée de son mentor politique Jacques Delors, semble nettement moins convaincu depuis qu’il a découvert la lourdeur des rouages institutionnels à Bruxelles, et surtout compris l’impopularité croissante de l’UE dans l’opinion. « Sa pensée a évolué sur l’Europe », explique un de ses proches.

Dans son dernier entretien au Monde, François Hollande exclut de « modifier les traités » avant de rejeter tout projet fédéraliste : « Je ne vois pas encore suffisamment de volonté de participer à un idéal commun. Je ne crois pas aux États-Unis d’Europe. Commençons à faire en sorte que les États soient unis pour l’Europe. »

Angela Merkel, de son côté, avait plaidé avec vigueur l’an dernier pour une « union politique », et la réécriture des traités européens, pour tirer les leçons de la crise. Mais elle a depuis, elle aussi, révisé ses ambitions institutionnelles, à l’approche des élections européennes. Elle semble aujourd’hui plus sceptique sur le scénario d’une union politique qui devrait conduire, tôt ou tard, à donner davantage de pouvoir à la Commission européenne à Bruxelles. L’intention du parti anti-euro Alternative pour l’Allemagne (AfD) de présenter une liste aux européennes de 2014 devrait inciter la chancelière à davantage de prudence encore sur les questions européennes.

Répondre à cet article