L’Afrique vue du Brésil.

Jeudi 18 juin 2015 // Le Monde

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Sous l’impulsion du président Lula Da Silva (2003-2011), le Brésil s’est imposé sur le continent africain comme un partenaire économique et politique incontournable.

Le Brésil et l’Afrique ont partagé un destin commun pendant de nombreux siècles. Depuis le commerce triangulaire au XVI° siècle, les liens entre le Brésil et l’Afrique, incluant les flux de marchandises et d’hommes ainsi que les interactions sociales, et les échanges d’idées et de compétences ont augmenté jusqu’au XIX° siècle. Puis, avec l’indépendance du Brésil en 1822, les relations se sont distendues. Ce dernier privilégiait les échanges avec l’Amérique latine et l’Occident alors que l’Afrique pliait sous les assauts européens. A partir de 1950, avec la décolonisation et la mondialisation des échanges, le Brésil a opéré un rapprochement que l’on doit nuancer parce qu’il était resté très proche du Portugal et qu’il ne voulait pas risquer de lui déplaire en sapant son influence sur les nouveaux États. La présidence de Lula marque le début d’une nouvelle ère de coopération Sud-Sud.

Celle-ci s’organise autour de trois pôles : l’exploitation commerciale, l’aide au développement et le rapprochement culturel.

Si le Brésil est parti en Afrique, au premier abord, c’est qu’il avait un intérêt majeur le pétrole. Rapidement, l’entreprise pétrolière Petrobras a acquis des champs pétrolifères on puis offshore. Multipliant ses interventions, Petrobras s’est ensuite lancé dans l’exploitation du gaz africain. Suivant ce modèle de réussite, Vale, une grande entreprise minière, a commencé à investir en Afrique. Le Brésil voit loin. En effet, non content d’exploiter les ressources du continent, ils essaient de l’intégrer à ses stratégies commerciales et politiques. C’est ainsi que Petrobras a acheté de nombreuses terres agricoles afin de développer la fabrication d’éthanol, faisant passer le Brésil au rang de deuxième plus grand producteur mondial d’éthanol. En soutenant le biocarburant et les véhicules associés, le Brésil s’assure des débouchés. Un Africain sur trois appartient à la classe moyenne. Voilà qui risque de constituer un réservoir de consommateurs intéressant à l’avenir.

En ce sens ne peut-on pas voir des similitudes entre l’action brésilienne d’aujourd’hui et le plan Marshall ? En permettant à l’Afrique de se développer, le Brésil s’assure un partenaire financier et politique majeur qui a un poids véritable déjà de par sa démographie et ses ressources naturelles. La « diplomatie de la générosité » que revendique le Brésil, n’est pas sans rappeler celle des Etats-Unis au sortir de la guerre. Alors que les seconds encourageaient la reconstruction, les premiers par l’intermédiaire de l’EMBRAPA (Entreprise Brésilienne de Recherche Agricole), soutient des initiatives de transferts de compétences. Des associations favorisent également les politiques d’accès au soin et le développement de l’électricité dans les zones reculées.

Comme le Brésil a été, et continue d’être, un bénéficiaire de l’aide au développement, depuis des décennies, il se présente comme un partenaire familiarisé avec les problèmes de développement.

D’ailleurs, les similitudes sont grandes entre les deux territoires, c’est ce qui a permis à des entreprises comme Petrobras d’exploiter des gisements dont l’accès pouvait sembler problématique. Comme tout pays en développement, on retrouve les problématiques de la réduction de la pauvreté, la santé et la sécurité énergétique. Dans ces domaines, il faut noter que le Brésil a particulièrement bien réussi. Il a ainsi mis en place le plus grand programme de transfert d’argent du monde, la Boisa Familia qui a extrait 50 millions de personnes de la pauvreté, et le plus grand programme d’électrification rurale dans le monde, Luz para Todos, qui a apporté l’accès à l’électricité à trois millions de familles dans les zones reculées. Enfin, dans le domaine de la santé, le Brésil a été salué pour le succès de son programme qui n permis de réduire significativement la mortalité et la morbidité au Brésil. Tout cela fait du Brésil une référence en matière de développement.

Pour essayer de gagner plus de poids vis à vis des pouvoirs en place en matière internationale, la Brésil a commencé par former des coalitions avec des pays en développement, au sein des organisations internationales. En tant que continent abritant 54 pays en voie de développement et donc un nombre identique de voix dans les organisations internationales, l’Afrique est au coeur de la coalition Sud-Sud depuis Lula. Le succès du Brésil est loin de rassembler toute l’Amérique du Sud derrière sa bannière.

Le rapprochement avec l’Afrique pourrait lui permettre d’obtenir le soutien nécessaire à ses ambitions afin d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Le Brésil n’a plus vraiment besoin des ressources pétrolières de l’Afrique, pourtant on voit bien qu’il a tout intérêt à rester bon ami avec ses camarades outre-Atlantique. C’est pourquoi, il a procédé, il y a quelques mois à l’annulation de 900 millions de dollars de dettes au profit de huit pays africains, principaux partenaires commerciaux. Le nouveau défi consiste à rééquilibrer la balance commerciale afin que les exportations brésiliennes vers l’Afrique rattrapent les importations. Cela semble tout à fait faisable si on en croit l’Apex, l’agence de promotion de l’exportation du Brésil, puisqu’il est possible d’accroître l’exportation des denrées alimentaires. Cela pourrait permettre à l’Afrique de nourrir sa population grandissante, régulièrement atteinte par la malnutrition.

Cette diplomatie Sud-Sud est remarquable mais elle reste toutefois à nuancer. En effet, la Chine se maintient comme partenaire privilégié des États africains, de même que les anciens pays colonisateurs. Les difficultés financières de l’Afrique limitent son développement de telle manière que toute la bonne volonté brésilienne ne saurait la sortir de l’embarras dans l’immédiat.

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