L’Afrique, c’est aussi un continent qui avance.

Mardi 29 janvier 2013 // L’Afrique

Présentée voici encore quelques années comme un continent à la dérive, l’Afrique connaît aujourd’hui un retournement de situation totalement inattendu : en ces temps de crise, l’avenir semble appartenir aux pays situés au sud du Sahara. Le Burkina Faso en apporte une brillante illustration, avec une croissance de 4,2 % l’année dernière et plus de 7 % attendus en 2012, selon le Comité interministériel de Suivi de la Conjoncture. Cette dynamique ouvre de nouvelles opportunités aux investisseurs : voilà le Bonne got message qu’a transmis aux autorités françaises le chef de l’Etat burkinabé Blaise Compaoré, en visite officielle à Paris du 17 au 20 septembre. Il s’est notamment entretenu avec François Hollande et Vincent Bolloré, patron du groupe du même nom très présent en Afrique. Sur le plan diplomatique, Blaise Compaoré est devenu un acteur incontournable de la scène ouest-africaine grâce à son rôle de médiateur dans les crises ivoirienne et malienne. Le Burkina Faso met en oeuvre un plan de développement intégré. Il s’est doté en mai 2011 d’une Stratégie de croissance accélérée et de Développement durable ou SCADD.

« Ce programme fait du renforcement des infrastructures institutionnelles et physiques une priorité et met l’accent sur la recherche de l’équité sociale. Sur les 30 mesures retenues pour la période 2011-2013,21 ont une pleine réalisation », se réjouit le Premier ministre Luc Adolphe Tiaa. Des résultat§ d’autant plus appréciables que la mauvaise campagne agricole et la hausse du cours du pétrole ont entravé l’action du gouvernement. « Nous visons une croissance forte, soutenue et de qualité, génératrice d’effets multiplicateurs au niveau des revenus et de la qualité de vie de la population. Pour accompagner son action, l’Etat dispose aujourd’hui d’importantes ressources financières : 1047,3 milliards de francs CFA mobilisés fin 2011, contre 880,3 milliards un an plus tôt, soit une progression de 19 % », signale Luc Adolphe Tiao.

Aux financements publics nationaux s’ajoutent les apports des investisseurs internationaux et partenaires du développement. « Plusieurs centaines d’entreprises et d’institutions ont assisté à la conférence que nous avons organisée l’hiver dernier à Paris. Les engagements pris indiquent que la SCADD est d’ores et déjà financée à hauteur de 95 %. Les projets présentés, tel que le pôle de croissance agro industriel de Bagré, ont convaincu, affirme le Professeur Joseph Paré, ambassadeur du Burkina Faso à Paris. La France, avec laquelle les liens demeurent étroits, a tout intérêt à impliquer ses entreprises dans la SCADD. « Notre vision commune des questions politiques, économiques et sociales crée un environnement propice aux investissements français. Les mines, l’hôtellerie, ou bien encore l’agriculture sont des secteurs demandeurs de capitaux et de savoir-faire qui offrent de nombreuses opportunités », reprend le Professeur Joseph Paré.

Le Burkina Faso a aujourd’hui surmonté l’obstacle que représentait son enclavement, responsable du retard dans l’inventaire et rexploitation de ses richesses. « Nous avons l’avantage d’offrir aux multinationales un terrain pratiquement vierge. La marge de progression est donc importante. L’investissement total constitue maintenant 17 % de notre PIB et nous entendons dans un premier temps porter sa part à 25 %, grâce notamment à un accroissement des investissements étrangers directs. Nous sommes en train de poser les bases de notre décollage économique », assure Djibrina Barry, secrétaire permanent du Conseil présidentiel pour l’Investissement (CPI), une structure chargée de définir le positionnement stratégique du Burkina Faso sur le marché mondial. Elle fait appel à d’éminentes personnalités du monde des affaires burkinabè et international pour alimenter la réflexion.

Parmi les nombreux pour atouts du Burkin Faso, mentionnons la stabilité institutionnelle, les garanties juridiques, la sécurité, la paix sociale et une batterie de réformes pour libéraliser l’économie et les énergies individuelles. Une loi devrait prochainement remplacer l’autorisation préalable des autorités par un système déclaratif qui libérera les entrepreneurs des délais que leur impose parfois l’administration », assure Djibrina Barry.

Le succès du modèle burkinabé de développement s’explique aussi par l’implication de la population dans les grands projets gouvernementaux. Une politique de communication efficace a été mise en place. « Nous nous efforçons d’être le plus proche possible des citoyens afin d’expliquer l’action de l’Etat et aussi de trouver les meilleures solutions aux problèmes qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne. Ce souci de proximité nous pousse à décentraliser la télévision avec l’ouverture de chaînes locales dans les différentes régions », conclut Alain Edouard Traoré, ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, pour qui le développement passe aussi par la communication, capable de faire évoluer les mentalités, et pas seulement par la modernisation des infrastructures.

L’augmentation de la production d’électricité figure parmi les priorités du gouvernement, tant pour approvisionner les mines que pour améliorer la vie quotidienne des citoyens.

Depuis l’an 2000, le taux de couverture a progressé de 12 % à 40 % de la population et 140 localités sont maintenant raccordées au réseau », précise Salif Lamoussa ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie. En milieu rural, la production et distribution de courant incombe au Fonds de Développement de l’Electrification (FDE), une structure essentiellement financée par une subvention annuelle de l’Etat, une taxe sur le chiffre d’affaires de la Sonabel et les apports de la coopération internationale. « Nous agissons de plusieurs façons : en raccordant au réseau électrique national les communes rurales en équipant en groupes électrogènes les communes les plus isolées et enfin, en construisant des centrales hybrides qui font appel à l’énergie solaire », déclare Marie Blanche Bado, directrice générale du FDE, qui signale que des dizaines de communes voient arriver la fée électricité chaque année.

Un seul chiffre suffit à illustrer l’évolution récente du secteur minier au Burkina Faso : la production d’or est passée de 5,4 tonnes en 2008 à 32,6 tonnes l’année dernière. « Grâce à un financement de la Banque mondiale, nous sommes en train de dresser un inventaire de nos ressources.

Manganèse et zinc présentent un excellent potentiel, tout comme le cuivre et le fer, même si pour le moment l’or occupe le devant de la scène. La première mine a démarré son activité en 2007 et nous en comptons aujourd’hui 7 », reprend le ministre Salif Lamoussa Kaboré, qui souligne que les exploitations minières représentent désormais ,12,7 % du PIB national et ont rapporté à l’Etat plus de 127 milliards de Francs CFA en impôts divers en 2011. « La valeur des exportations dépasse les 700 milliards. Ces excellents résulats sont le fruit du code minier de 2003, qui a séduit les investisseurs étrangers », conclut Salif Lamoussa Kaboré.

ESSAKANE : UN NOUVEAU SOUFFLE POUR LE NORD

Depuis la découverte d’importants gisements miniers aux fortes retombées économiques et sociales, l’avenir s’annonce sous de meilleurs auspices pour la région Nord du Burkina Faso, soumise à un climat aride. « Tout le Sahel vit désormais au rythme de notre mine d’or. Nous employons 2000 personnes. L’année dernière, nous avons versé près de 100 millions de dollars à l’Etat », explique Tidiane Barry, directeur des Affaires corporatives d’Essakane, filiale burkinabé du groupe canadien lamgold. Il rappelle que cette exploitation représente le plus gros investissement privé jamais réalisé dais le pays - plus de 430 millions de dollars. « L’adoption d’un nouveau code mimer en 2003 a attiré les grandes compagnies minières. La législation nous donne la visibilité nécessaire. Nous avons racheté la concession en 2008 et commencé à produire en 2010 avec du personnel formé par nos soins en partenariat avec le gouvernement. Nous estimons les réserves à 120 tonnes d’or », poursuit Tidiane Barry, « Des investissements de l’ordre de 600 millions de dollars sont à prévoir pour mettre en valeur toute la zone. Cette montée en puissance se traduira à terme par des recettes supplémentaires pour 1’Etat.

Le potentiel minier du Burkina Faso n’est pas encore bien connu, mais semble très prometteur . », déclare Benjamin Little, vice-président de Lamgold, qui possède des mines au Mali, au Suriname, au Québec et en Ontario. Essakane constitue le deuxième plus important pôle de production du groupe, derrière le Suriname. « Les autorités ont su créer un environnement porteur et sont à l’écoute des entreprises. Le président de la République a récemment consacré deux journées entières à recevoir les investisseurs. Le code minier se trouve en phase de révision, pour mieux encadrer un secteur qui s’est développé de façon rapide au cours de la dernière décennie, et les compagnies disposent de différents canaux pour émettre des suggestions », se réjouit Benjamin Little, qui plaide notamment pour l’instauration d’une fiscalité simplifiée et la clarification de certains articles sujets à différentes interprétations, notamment en ce qui concerne l’extension des exploitations existantes. « Le Burkina Faso peut devenir un pays minier de premier plan, mais il se trouve en compétition avec le Canada l’Afrique du Sud ou bien encore l’Australie pour capter les investissements.

Son code minier doit rester attractif pour que les compagnies y développent leurs activités. En tant qu’investisseur, j’avoue que je me sens aujourd’hui plutôt rassuré à ce sujet », conclut Benjamin Little.

Un trésor nommé confiance

Le Burkina Faso s’enorgueillit à juste raison des principes de bonne gouvernance de ses administrations publiques, qui se combinent à la gestion prudente des établissements financiers privés pour valoir au pays la confiance des bailleurs de fonds. « La Banque mondiale nous a accordé en juillet dernier un premier financement d’appui à la Stratégie de Croissance accélérée et de Développement durable ou SCADD. D’un montant d’environ 45 milliards de francs CFA, cet apport nous permettra de maintenir l’élan des réformes », ce réjouit Lucien Marie Noël Bembamba, ministre de l’Economie et des Finances. Le gouvernement a reçu une autre marque d’appui à Paris en février dernier dans le cadre d’une conférence internationale organisée pour inciter la communauté internationale et les investisseurs privés à financer son programme de croissance. « A l’unanimité, les nombreux partenaires, aussi bien du secteur public que du privé et venus d’horizons divers, ont salué la justesse de l’initiative et ont apporté leur soutien à ce nouveau référentiel de développement dont notre pays s’est doté », souligne Lucien Marie Noël Bembamba.

« Il existe un optimisme des opérateurs économiques au sujet de l’économie burkinabé », assure Alexis Lourgo, directeur général de la Société burkinabè d’Intermédiation financière, qui développe aujourd’hui des produits financiers adaptés visant à drainer l’épargne des classes moyennes vers le marché financier et boursier régional. En tête des réformes lancées par le ministre de l’Economie et des Financés figure la modernisation de la Direction générale des Impôts. « Pour donner au gouvernement les moyens de mettre en oeuvre la SCADD, nous visons une augmentation de 15 % par an des recettes. Cela passe par une forte mobilisation de nos agents, l’informatisation de nos services et la sensibilisation de la population. Il nous faut améliorer les recouvrements et rationaliser la politique fiscale », déclare Filiga Michel Sawadogo, directeur général sortant des Impôts. Parmi les mesures en cours d’adoption se trouve l’optimisation des recettes de l’Etat grâce aux réformes des aménagements fiscaux consentis aux investisseurs, qui concerneront désormais surtout les investissements productifs. « Nous revoyons aussi le système d’imposition des entreprises, avec une baisse des impôts catégoriels en faveur d’un impôt sur les bénéfices.

Troisièmement, nous réajustons les impôts indirects, avec un nouveau mécanisme de remboursement de crédit la TVA, une nouveauté très appréciée des opérateurs économiques », reprend Filiga Michel Sawadogo, qui signale par ailleurs les efforts de fiscalisation du secteur informel.

La modernisation des douanes constitue un deuxième enjeu majeur pour les autorités. Cette administration fournit à l’Etat 40 % de ses recettes, soit 313 milliards de francs CFA en 2011. « Nous pourrions atteindre les 400 milliards en 2012, ce qui signifie que l’économie se porte bien. Pour poursuivre dans cette direction, nous mettons en place un système juste et transparent afin que les entreprises prospèrent et que les échanges internationaux continuent à progresser. Au-delà de la lutte contre la fraude, nous sommes appelés à appliquer toutes les exonérations et abattements que le gouvernement accorde aux investisseurs dans le cadre de sa politique de développement », explique Jean Sylvestre Sam, directeur général des Douanes. Ses services intègrent dans leur fonctionnement quotidien les nouvelles technologies. « Nous interconnectons progressivement les systèmes informatiques des différentes administrations afin d’échanger des informations en temps réels. La mise en route du Système de liaison virtuelle pour l’importation et l’exportation va nous permettre de faire un grand pas en avant, de réduire les délais et d’instaurer un guichet unique.

Tout le monde y gagnera », précise Jean Sylvestre Sam. Le même souci de transparence et d’efficacité se retrouve à la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS). Un Plan stratégique décennal qui couvre la période 2010-2020 vise le renforcement de ses ressources humaines ainsi que la satisfaction des partenaires. « Parallèlement, nous avons entamé pour 2012, l’élaboration d’un nouveau schéma directeur informatique, dans la perspective d’une véritable intégration du système d’information de l’institution. Nous entendons aussi orienter davantage le site web actuel de la CNSS vers le client et nous doter d’un système d’archivage électronique.

L’Afrique est un continent qui avance à son rythme.

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