L’Afrique Sahélienne en danger.

Mercredi 14 mars 2012 // L’Afrique

Drapeau de FranceLe 25 février à Tripoli, Gérard Longuet, le ministre de la Défense, a annoncé vouloir aider la Libye à sécuriser ses frontières terrestres longues d’environ 4.000 kilomètres de telle manière que le pays ne devienne pas une « tête de pont pour le trafic des armes et de la drogue ». Le lendemain, c’est Alain Juppé qui, lors d’une visite de quelques heures à Bamako, a affirmé que la France était attachée à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali tout appelant au dialogue avec les rebelles touareg et en précisant qu’il proposait ses services pour une médiation avec la rébellion, avec implication de l’Algérie, du Burkina Faso, de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

Cela s’inscrit dans le cadre du délitement consécutif à la chute du régime de Mouammar Kadhafi et dans celui, plus particulier, de l’action menée par le Mouvement national pour la libération de l’Azawad où il n’y a pas que des Touaregs qui a amené des dizaines de milliers de personnes à s’enfuir dans des campements de déplacés au Mali et dans les pays voisins comme le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso et l’Algérie. Il y a là tous les ingrédients sinon d’une conflagration générale tout au moins de troubles sporadiques accroissant l’insécurité au Sahel.

Certes, on pourrait dire que cela se passe loin, dans un désert où n’existent ni route, ni véritable ville. Vivent en effet là-bas des gens qui n’ont ni nom, ni identité précise. Les tribus et les clans auxquels ils appartiennent se déplacent en fonction de leurs habitudes ancestrales, mais aussi selon les conflits et les guerres qu’ils ne perçoivent pas du tout comme les responsables politiques et militaires occidentaux. Mais la multiplication, depuis quelques mois, des armes, des munitions, des véhicules tous terrains, des téléphones satellitaires et de l’argent a changé la donne : ces groupes sont utilisés par d’autres pour mener des raids, prendre des otages et publier des communiqués qui affolent les chancelleries et les organisations humanitaires. Si on veut avoir une idée de la situation, il suffit de lire un des derniers SAS de Gérard de Villiers, Bienvenue à Nouakchott (n° 187), où il montre, par exemple, que « les Maliens sont morts de peur, leur armée est incapable de combattre et ils n’en ont aucune envie ».

Si existent des revendications à caractère national comme celles des Touaregs, ce sont les milices qui font la loi tandis que tentent de s’interposer des chefs de tribus, des sages, des notables, des imams et des commerçants. Certes, on retrouve les habituels conflits entre le Nord arabe, nomade et musulman et le Sud africain, sédentaire et chrétien. Mais ce qui alimente les conflits aujourd’hui, c’est le fait que, selon les propres termes du président du Mali, Amadou Toumani Touré, la Libye est « devenue un magasin d’armes à ciel ouvert ».

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