BOKO HARAM

L’Afrique Centrale signe la mort de la secte.

Par Aristide Koné

Lundi 16 mars 2015 // L’Afrique

Le Tchad et le Cameroun sont sur le pied de guerre. L’Union africaine aussi. A Addis Abeba, le principe du financement d’une force multinationale de 8.700 soldats nigérians, tchadiens, camerounais, nigériens et béninois, contre Boko Haram, devra être approuvé, au plus tard, début mars 2015, au Conseil de sécurité. Mais en attendant le soutien de la communauté internationale, l’Afrique centrale a décidé d’octroyer 50 milliards de F CFA, au Cameroun et au Tchad, pour participer à leur effort de guerre contre la secte. Après la tournée de Laurent Fabius, samedi 21 et dimanche 22 février, respectivement, à N’Djamena, à Yaoundé et à Niamey, la France va appuyer le processus.

Sur invitation du président du Tchad, ldriss Déby ltno, président en exercice de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) et président en exercice de la COPAX (Conférence des chefs d’Etat du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale), il s’est tenu, à Yaoundé, lundi, 16 février, une session extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat du COPAX, à l’effet d’adopter une stratégie sous-régionale de lutte contre le groupe terroriste, Boko Haram.

Cette session extraordinaire a fait suite à la concertation des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC, qui s’est tenue, à Addis Abeba, le 31 janvier 2015, en marge de la 24e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine. Y ont pris part, en dehors du président tchadien et de l’hôte du Sommet, le président du Cameroun, Paul Biya, les présidents de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, du Congo, Denis Sassou Nguesso, du Gabon, Ail Bongo Ondimba, du Centrafrique, Catherine Samba-Panza, le premier ministre de Sao Tomé et Principe, Patrice Emery Trovoada, les chefs de la diplomatie de la République démocratique du Congo, Raymond Tshibanda N’Tungamuiongo, du Burundi, Laurent Kavakure, le secrétaire d’Etat aux Relations extérieures d’Angola, Manuel Domingos Augusto, ainsi que, Ahmad Aliam-Mi, secrétaire général de la CEEAC, Abdouiaye Bathily, représentant spécial et chef du Bureau régional des Nations-Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), et le général, Jean-Marie Michel Mokoko, représentant spécial et chef de la Mission de l’Union africaine en RCA et en Afrique centrale (MISAC).

Après l’hymne du Cameroun, les différents orateurs, à savoir, Gilbert Tsimi Evouna, le délégué du gouvernement auprès de la Commune urbaine de Yaoundé, Ahmad Aliam-Mi, Jean-Marie Michel Mokoko, Abdouiaye Bathily, Paul Biya et ldriss Déby itno, ont, à l’unanimité, relevé la gravité de la menace que constitue le groupe terroriste, Boko Haram, sur la stabilité du Cameroun et du Tchad, ainsi que, sur celle de l’ensemble de la sous-région d’Afrique centrale, et, se sont réjouis de la tenue de cette session extraordinaire de la Conférence des chefs d’Etat du COPAX. Ils ont, fermement, condamné les attaques répétées et injustifiables du groupe terroriste, Boko Haram, contre le Cameroun et le Tchad, ainsi que, les exactions perpétrées contre les populations civiles. Ils ont déploré les nombreuses pertes en vies humaines, les pillages en bande, les destructions des biens, ainsi que, la dégradation de la situation humanitaire.

Pendant le huis clos, Paul Biya et Idriss Déby Itno, ont insisté sur la gravité de la situation, le groupe terroriste, Boko Haram, ayant pris une sérieuse envergure, tant au niveau de la quantité des troupes qu’au niveau de la qualité des équipements militaires. Ils ont souligné les graves conséquences socio-culturelIes, économiques et humanitaires de l’agression du groupe terroriste, Boko Haram.

Les deux chefs d’Etat ont déclaré que leurs Etats sont en guerre et mobilisent plus de 6.000 hommes, chacun, pour lutter contre le groupe terroriste, Boko Haram. Ils ont conclu leur propos en demandant, à leurs pairs, de se mobiliser pour les aider à éradiquer le groupe terroriste, Boko Haram, qui, s’il n’est pas neutralisé, pourrait déstabiliser toute la sous-région.

Après les interventions des deux chefs d’Etat, le président du Conseil des ministres du COPAX, le ministre des Affaires étrangères du Tchad, Moussa Faki Mahamat, a présenté le rapport de la session extraordinaire du Conseil tenue, le 14 février. Il en ressort que le groupe terroriste, Boko Haram, n’est pas, seulement, une menace pour le Cameroun et le Tchad, mais aussi, pour l’ensemble de la sous-région d’Afrique centrale. Pour combattre le groupe terroriste, Boko Haram, les chefs d’Etat du COPAX ont convenu de la nécessité de conjuguer leurs efforts pour apporter une réponse commune et coordonnée. Les chefs d’Etat ont réaffirmé leur ferme volonté de soutenir le Cameroun et le Tchad, dans le cadre des mécanismes prévus, par le Protocole relatif au COPAX et le Pacte d’assistance mutuelle entre les Etats membres de la CEEAC, par une aide d’urgence en ressources financières d’un montant de 50 milliards de F CFA, en troupes, en soutien de l’homme, en soutien génie, en soutien santé, en équipements militaires divers, et, en appui aérien.

Les chefs d’Etat et de gouvernement ont, également, décidé de créer un Fonds de soutien multidimensionnel, dans les domaines de la logistique, de l’assistance humanitaire, de la communication et des actions politico-diplomatiques. Ils ont instruit le secrétaire général de la CEEAC d’élaborer, dans les meilleurs délais, un plan d’actions, dans ces différents domaines, à soumettre aux instances du COPAX pour son adoption et sa mise en oeuvre. Les chefs d’Etat ont, par ailleurs, décidé de renforcer la surveillance de leurs territoires respectifs, et de mener des actions de sensibilisation et de communication, au profit de leurs populations, pour réduire les risques d’infiltration des membres de Boko Haram, à l’intérieur des frontières de leur sous- région, et, couper leurs réseaux de ravitaillement.

A l’image de la stratégie inter-régionale de lutte contre la piraterie maritime, dans le Golfe de Guinée, les chefs d’Etat et de gouvernement, ont manifesté leur volonté de développer une coopération active avec la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), afin d’éliminer le groupe terroriste, Boko Haram. A cet effet, les chefs d’Etat ont donné mandat aux chefs d’Etat de la République de la Guinée équatoriale et de la République du Congo, de se rapprocher du président en exercice de la CEDEAO, en vue d’explorer les possibilités de la tenue d’un Sommet bipartite entre la CEEAC et la CEDEAO, pour adopter une stratégie commune de lutte contre Boko Haram. Les 23 et 24 février, les deux chargés de mission, se sont rendus, au Ghana et au Nigeria, à cet effet.

Convaincus du rôle crucial que devrait jouer le Nigeria, dans la lutte contre Boko Haram, les chefs d’Etat ont décidé de mener des actions politico-diplomatiques en sa direction en vue d’accroître la coopération entre ce pays et les deux Etats membres de la CEEAC avec lesquels, il partage des frontières, à savoir, le Cameroun et le Tchad. Ils ont chargé les chefs d’Etat de Guinée équatoriale et du Congo, de se rapprocher du président de la République fédérale du Nigeria, à cet effet.

Les chefs d’Etat ont, en outre, adopté la Déclaration de Yaoundé, du 16 février 2015, sur la lutte contre le groupe terroriste, Boko Haram. Cette déclaration consacre, sans équivoque, leurs engagements, en matière de lutte contre le groupe terroriste, Boko Haram. Les chefs d’Etat ont remercié l’Union africaine pour l’autorisation du déploiement de la Force multinationale mixte (FMM), et, lui ont demandé d’accélérer le processus de son autorisation par le Conseil de sécurité des Nations-Unies. En tournée, les 21 et 23 février, à N’Djamena, à Yaoundé et à Niamey, Laurent Fabius a confirmé que la France allait agir, au niveau du Conseil de sécurité, à cet effet.

Il n’y a plus de temps à perdre. Car Boko Haram, lui, n’attend pas.

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