Jusqu’ou ira Twitter.

Mercredi 4 juillet 2012 // La France

Drapeau de FranceCommunication : L’affaire Trierweiler apporte une nouvelle preuve de l’importance des réseaux sociaux chez les politiques. Il aura donc suffi d’un simple gazouillis pour faire voler en éclats la présidence " normale " de François Hollande. "Gazouillis" ? c’est la traduction de tweet, ce petit message de 140 signes maximum que les utilisateurs du réseau social Twitter distillent sur Internet à longueur de journée.

Celui que Valérie Trierweiler, elle-même adepte du site de "micro-blogging" et compagne de François Hollande, a posté le mardi 12 juin à 11h 56 n’en finit pas d’ébranler la Hollandie : « Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des Rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé. » Celui-ci fait 135 signes, mais il a suffi à émouvoir Ségolène Royal aux larmes. Elle se savait détestée par Trierweiler, mais l’annonce via Twitter jette cette rivalité sur la place publique. Avec l"effet papillon’ ; ce court message bouleverse tout ce que le candidat Hollande promettait sur la sobriété, l’absence de mélange des genres (critique en creux du sarkozysme) que serait sa présidence.

Tout s’emballe : les journaux font leur une sur l’affaire, la "twittosphère" s’enflamme, le rôle de la first girl friend, comme les Américains l’ont surnommée, est remis en question, l’entourage de Hollande parle de « très grosse erreur »... Un tweetsi « déprimant qu’il nous ramène à certains errements du sarkozysme », juge Libération, pour qui « le mélange des genres entre vie privée et vie publique revient par la fenêtre ».

Idem pour le Monde, qui consacre son éditorial à prodiguer ce conseil à Valérie Trierweiler : « Oubliez Twitter ! »La compagne du président est même rebaptisée : Valérie Twitterweiler est née ! Twitter devrait pourtant être craint comme la peste par les politiques, tant il est aux antipodes des codes de leur communication : là où un bon politique doit savoir tenir sa langue, voire la manier de bois, faire " fuiter " les informations aux bons interlocuteurs, les cacher à d’autres, Twitter n’offre aucune de ces possibilités.

Pire, il produit les effets inverses : on livre publiquement ses sentiments et impressions, et le sur moi est totalement occulté. Pourtant, les "twittos" (utilisateurs de Twitter) sont ultra majoritaires au gouvernement :29 ministres sur 34. L’un d’eux confie aimer « le lien direct avec les Français, en toute transparence, en toute instantanéité ». On peut twitter depuis son téléphone portable, partout, tout le temps.

Les politiques en font deux utilisations différentes. Il y a "les vieux de la vieille", membres du réseau mais peu actifs, ayant créé leur compte comme une obligation. Parmi ceux-ci : Vincent Peillon, Jean-Yves Le Drian (dont le compte a été bloqué), Laurent Fabius, qui s’en servent comme du moyen de faire les annonces de leurs passages dans les médias.

D’autres, à l’instar de Cécile Duflot, sont de vrais accros ! L’écologiste compte plus de 86 000 abonnés et a posté 4 000 messages sur le réseau social, comme ceux-ci : « Militant/es qui m’offrez un bouquet sur le quai alors que notre histoire dure depuis 10 ans : JE VOUS AIME ! » ; ou bien : « Je me demande quelle nouvelle polémique stupide l’UMP tendance lourdauds va tenter de créer pour la journée... »

Mais la nouvelle ministre du logement goûte aussi les joies du retour de bâton. Le sujet DUFLOL (acronyme de Duflot et LOL, initiales de laughing outloud, mort de rire en anglais) devient très prisé sur Twitter après ses déclarations sur le cannabis : « En même temps Duflo avait promis qu’elle se défoncerait pour la réussite de ce gouverment » ; « Quand on disait que Duflo était une fumiste »,peut-on lire sur le réseau. Un membre l’UMP, candidat malheureux législatives, confie : « J’ai jourd’hui plus de followers sur Twitter que d’électeurs ! », signe que la plus-value est contestables.

Les journalistes aussi sont adeptes du réseau, mais plus à leur avantage : quelques jours avant le second tour de la présidentielle, le journaliste Saïd Mahrane du Point publie sur son compte Twitter les photos de Manuel Valls et Dominique Strauss-Kahn à la soirée d’anniversaire de Julien Dray, rue Saint-Denis à Paris. Une affaire qui embarrasse le PS, une fois encore révélée sur Twitter...

À cela s’ajoute la fuite incontrôlable des résultats électoraux avant l’heure autorisée. Les journaux étrangers donnent les premiers chiffres, repris en masse par les "twittos" : Le 6 mai, l’annonce des journaux télévisés à 20 heures avait des allures de secret de Polichinelle... au point que, pour 2017, la loi devrait changer pour faire appliquer un horaire unique de fermeture des bureaux de vote. Encore une révolution Twitter.

GEOFFROY LEJEUNE
Valeurs actuelles 21 juin 2012

Répondre à cet article