Juan Carlos sans masque.

Mardi 19 mars 2013 // L’Histoire


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Au début du 20° siècles, les principales Nations du monde avaient à leur tête un Roi ou une Reine, des Monarchies parlementaires, des Royaumes où les Souverains, incarnaient tout autant la culture, les coutumes et les traditions du Pays. Les Monarchies Européennes sont des institutions qui protègent et mettent en exergue les valeurs républicaines.

Si, suite à une dictature de 40 ans,l’Espagne était devenue une république, il n’y a aucun doute que nous aurions assisté à un retour du fascisme. De par son indépendance vis-à-vis des partis politiques, et des différents groupes de pression (en Espagne l’armée était restée Franquiste) ;c’est grâce à la Monarchie et à la gouvernance du roi que la démocratie a pu s’installer définitivement en Espagne.

Peuple Espagnol souvient toi ! Tu as vécu plus de 40 ans sous une Dictature sanglante ; Ton Roi, t’a rendu la liberté, il a voyagé à travers la penninsule sans se soucier des agitations sociopolitiques et peu encline à la ferveur monarchique. Ton roi s’est rendu en Catalogne, au milieu de son discourt, retransmis en direct à la télévision, il se met à parler en catalan ; La surprise fut totale, ce roi est un pacificateur ; La Catalogne symbole de la résistance au franquisme et au centralisme, interdit depuis la fin de la guerre civile. Un tour de force, mais aussi un moment de grande émotion. La population enthousiaste lui réserve alors un accueil plus que chaleureux.

Sa Majesté a tendu la main aux communistes, à tous les partis officiellement reconnus grâce à la volonté du roi à faire de l’Espagne une des meilleure démocratie d’Europe. Le Roi rend visite aux Basques, à tous les peuples vivant dans le Royaume. À lui seul, il parvient à empêcher un Coup d’État de l’armée en 1981, scellant définitivement l’unité retrouvée de la Nation.

OPÉRATION SÉDUCTION EN CATALOGNE

« L’attitude réactionnaire du gouvernement finit par déteindre sur juan Carlos qui doit se défaire de son image terne et soumise de successeur de Franco, au risque de voir se détériorer la réputation de la monarchie, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Son flair et sa capacité d’initiative rapide et efficace le décident à entrer en contact direct avec le pays. Le 16 février 1976, il effectue sa première visite officielle en tant que souverain en Catalogne, région en proie aux agitations sociopolitiques et peu encline à la ferveur monarchique. Au milieu de son discours, retransmis en direct à la télévision, il se met à parler en catalan. A la surprise générale, le roi s’exprime dans une langue, symbole de la résistence au franquisme et au centralisme, interdite depuis la fin de la guerre civile. Un tour de force mais aussi un moment de grande émotion. La population enthousiaste lui réserve alors un accueil chaleureux.

Venu en quête de légitimité populaire, le roi repart rassuré. Il enchaîne rapidement avec un second voyage officiel en Andalousie, région agricole très peuplée du sud du pays. Les souverains ne respectent plus les barrières de sécurité, au point de se perdre dans une foule en liesse qui dépose eneux tous leurs espoirs inassouvis. »

LA MAIN TENDUE AUX COMMUNISTES

« Le roi offre en septembre 1977 une réception réunissant tous les membres du gouvernement et les députés fraîchement élus. Le leader communiste Santiago Carrillo, en tant que représentant d’un groupe parlementaire, figure parmi les invités venus au palais royal à cette occasion. Lorsque juan Carlos fait son entrée, il dit d’une voix assez forte, pour que tout le monde l’entende : « Comment allez-vous, Don Santiago ? » C’était la première fois que le leader communiste rencontrait le souverain. « Les paroles de Juan Carias sonnèrent comme une levée d’interdiction. Aussitôt après, beaucoup de gens que je ne connaissais pas, et parmi eux des marquis et des duchesses, m’ont salué », raconte Carrillo, amusé, qui remarque que le roi a pris soin de ne pas le tutoyer. Quelques mois auparavant il avait prévenu Suârrez (président du gouvernement, ndlr) : « .Je savais que les Bourbons avaient l’habitude de tutoyer tout le monde, et cela me semblait une réminiscence d’une époque où il n’ÿ avaitpas de citoyens mais des vassaux ; j’ai dit à Suârez que je ne voulais pas être traité ainsi. J’étais disposé à donner à Sa Majesté le traitement qui correspondait à sa charge mais en retour je ne voulais pas q’il me tutoie. Je ne pouvais pas concevoir le tutoiement entre deux personnes, quelles que soient leurs fonctions, s’il n’étaitpas mutuel. » Le message dut arriver aux ... ... oreilles de juan Carlos car Carrillo sera une des rares personnes qu’il vouvoiera, une mince faveur après l’immense service que le leader communiste vient de rendre à l’Espagne et à son roi.

Lors de cette réception, le dirigeant du PC Espagnol et sa femme, peu à leur aise, restent en retrait des convives. Juan Carlos les prend par le bras pour les emmener auprès de trois généraux qui se mettent immédiatement augarde-à-vous à son approche. « Connaissez-vous Santiago Carrillo etsa femme ? », demande-t-il avec un brin d’ironie aux militaires. Il s’empresse de faire les présentations et les généraux se retrouvent à devoir serrer la main de leur pire ennemi. »

L’HOMME DE LA RÉCONCILIATION NATIONALE

« Giscard est le premier chef d’Etat européen à se rendre officiellement en Espagne. Entre le 28 juin et 1er juillet 1978, il est logé avec son épouse au palais d’Aranjuez, construit par Philippe II à une cinquantaine de kilomètres de Madrid. Célèbre pour ses jardins et ses fontaines, c’est dans cette majestueuse demeure royale que les souverains offrent un dîner en l’honneur de la France « dont le résultat laissa beaucoup à désirer » : la soupe et le poisson qui devaient être chauds étaient froids. L’intendance de la Maison du roi ne se révèle pas à la hauteur de la tâche. Juan Carlos reconnaît humblement : « Ce dîner fut catastropbique. » A la fin de son séjour, Giscard y offre à son tour une réception somptueuse et raffinée où « tout était absolument délicieux ». Le couple royal se sent humilié, au point que le leader communiste Santiago Carrillo interpelle le chef de la Maison du roi : « C’est une honte, marquis [de Mondéjar]. On dîne mieux avec les Français qu’avec le roi d’Espagne. Il ne faut pas que ça se répète. Les dîners officiels offerts parLeurs Majestés doivent être à la hauteur, ou même mieux, que les dinets des hôtes étrangers. Le prestige de notre monarchie est enjeu.

Trois ans auparavant, il aurait été impensable d’imaginer un communiste prendre ainsi la défense de l’éclat de la monarchie espagnole ! Giscard dépeint la scène : « Des invitations avaient été adressées à tout l’éventail politique et social de Madrid. Après le dîner, nous avonsfaitle tour des salons poursaluer les invités, etc estainsi que f ai pu retrouver, s’entretenant dans la même pièce, le roi d’Espagne et ses sœurs, le vieux leader communiste Santiago Carrillo, rentré de son long exil en Union soviétique, la veuve du général Franco, le premier ministre Adolfo Suârez, et le tout jeune secrétaire général du Parti socialiste Felipe Gonzalez avec son épouse. Qui pourrait imaginer en France une semblable réunion ? » Avant de conclure : « Les Espagnols m’ont donné une leçon de décrispation. » Une décrispation, rendue possible après une guerre civile et une dictature, parfaitement orchestrée par un roi qui adopte une attitude souvent informelle, parfois désinvolte, et toujours conciliatrice. »

VOYAGE EN TERRE BASQUE HOSTILE

« Cinq jours après la démission de Suârez, Juan Carlos et Sofia entament un voyage délicat au Pays basque. ll n’y a plus de président de gouvernement. Afin d’établir un dialogue direct entre la Couronne et les institutions basques, le couple royal se rend avec courage, du 3 au 5 février 1981, dans la région la plus instable du pays, dont les habitants considèrent vivre en territoire occupé. « Avant ce voyage, on avait l’impression qu’il y avait un morceau d’Espagne où les rois n’avaient pas le droit d’aller. Il fallait rompre cette barrière », commente Sofia Ç’est le premier voyage d’un roi d’Espagne au Pays basque depuis 1929. Sans surprise, Juan Carlos fait face à des manifestations anti-espagnoles dont l’apogée a lieu au Parlement de Guernica. Alors que le roi entame son discours, les députés d’Henri Batasuna, le poing levé, commencent à chanter haut et fort l’hymne national basque. En réaction à cet acte ostensiblement offensif contre la Couronne, d’autres députés applaudissent Juan Carlos et lancent des « vive le roi ! » assez fort pour couvrir le chant des protestataires. Juan Carlos reste debout, digne et silencieux. Assise à ses côtés, immobile et souriante, Sofia fait preuve d’une grande maîtrise d’elle-même et ne laisse pas l’inquiétude effleurer son visage.

A cet instant, tout peut basculer. La situation pourrait tourner au drame : « Un aide de camp du roi désarçonné partant de tension, met la main à sa ceinture et ouvre l’étui de cuir dans lequel est placée son arme. Au moment où il sort son pistolet, un civil à côté de lui arrête son bras et l’immobilise », explique la reine, qui renchérit : « L’enceinte était petite, très fermée et remplie de monde. Si quelque chose se produisait tout le monde allait le payer : il y aurait un massacre, une tragédie horrible. Et il était facile que la violence s’enflamme car la tension était très forte. » Alors qu’on frôle le pire, Juan Carlos trouve le moyen de faire preuve d’humour. Il met la main derrière son oreille comme pour mieux entendre et dit aux contestataires : « Allez chantez plus fort, avec tous ces applaudissements, on ne vous entend pas ! » Il fallait déjà de l’aplomb et du courage pour ne pas déserter l’hémicycle en proie au chaos ; il faut presque de l’inconscience pour tourner la scène en dérision. Le lehendakari (président du gouvernement basque), Carlos Garaikoetxea, ordonne finalement aux services de sécurité d’expulser les frondeurs : la police de la Communauté autonome basque, tout juste créée, parvient à rétablir l’ordre au bout de dix minutes qui sembletit à tous bien longues. Heureusement, ni l’armée ni la police nationale ne se sont mêlées de l’évacuation des nationaliste basques. »

HUMOUR ET HUMILITE

« Le roi reviendra régulièrement en visite d’État en France, notamment le 7 octobre 1993, où, à l’initiative de Philippe Séguin, il devient l’un des rares chefs d’État étrangers, avec le président américain Wilson en 1919, à s’adresser à l’Assemblée nationale. Juan Carlos est pour l’occasion reçu à l’hôtel de Lassay, résidence officielle du président de l’Assemblée, qui l’accompagne ensuite au Palais-Bourbon où Juan Carlos doit prononcer son discours. Philippe Séguin le fait passer par le couloir qui, dit-on, a été construit par le marquis de Lassay pour pouvoir rejoindre discrètement le palais de sa maîtresse, la duchesse de Bourbon. Le roi, faussement outré, lance à son hôte : « Mais vous habitez une garçonnière ! » Son humour, qui prouve toute sa décontraction et sa spontanéité, ne l’abandonne jamais. Alors qu’il s’apprête à entrer dans l’hémicycle et qu’un roulement de tambours annonce son arrivée, il demande : « Qu’est-ce qui m’attend maintenant ?La guillotine ? » Dans un français parfait, Juan Carlos s’adresse à un hémicycle un peu moins vide que d’habitude. Les députés ont exceptionnellement fait acte de présence pour entendre le héros de la démocratie espagnole. Jorge Semprun raconte : « Il m’a demandé de rédiger le discours qu’il devait prononcer en français à l’Assemblée nationale. Il n’avait dit à personne qu’il m’avait confié cette mission. Mais lors de la réception qui suivit à l’hôtel de Lassay, ils s’est approché de moi et a lancé devant des invités médusés (tout le monde louait ce magnifique discours du roi !) : `Alors Ministre, je n’ai pas trop abîmé ton texte ? » Une boutade qui révèle un joli geste de reconnaissance et une véritable humilité. »

LA LEÇON À CHÂVEZ

« Lors du sommet ibéro-américain qui s’est tenu en 2007 à Santiago du Chili, Juan Carlos fait preuve de charisme et d’autorité face au président populiste vénézuélien Hugo Châvez. Son geste entrera dans l’Histoire. Le président du gouvernement espagnol José Luis Zapatero tente de prendre la défense de son prédécesseur, José Maria Aznar, traité de « fasciste » par le chef d’Etat vénézuélien, parti comme à son habitude dans une diatribe injurieuse. Zapatero invoque le respect démocratique, en vain. Châvez l’interrompt et continue inlassablement son flot de propos provocateurs. Ayant largement dépassé son temps de parole, et face à la passivité complaisante de l’amphitryon, la présidente chilienne Michelle Bachelet, Juan Carlos, excédé, demande au Vénézuélien le silence. Le monarque sort de sa réserve royale et prononce la fameuse phrase qui restera dans les annales : « Porque no te callas ? » (pourquoi ne te tais-tu pas ?), puis abandonne la session plénière. Châvez a réussi à venir à bout des nerfs de ce vétéran, pourtant habitué au folklore politique latino-américain, mais qui n’est pas disposé à cautionner n’importe quel comportement. Juan Carlos reçoit alors des milliers de courriers et d’emails le remerciant de son intervention. Partout en Amérique latine, des tee-shirts sont diffusés, des sonneries de téléphone portable vendues, des sites web créés, la vidéo sur Youtube bat des records de diffusion. « Porque no te callas ? » s’impose comme le slogan de l’année. Malgré lui, Juan Carlos devient le chantre de l’opposition au chef d’Etat démagogique du Venezuela.

A la suite de cet incident diplomatique et afin de normaliser les relations hispano-vénézuéliennes, Châvez est enfin reçu par le roi en juillet 2008, au palais estival de Marivent, à Palma de Majorque, mais sans tapis rouge ni repas de gala. Juste un moment de vacances dédié à une rencontre rapide, dite « amicale », sans même une invitation sur le yacht Fortuna, mais qui permet de sceller un accord important pour le pays. A l’issue de cette réunion, Châvez déclare en effet que le pétrole vénézuélien sera vendu à un prix d’ami à l’Espagne. Le roi ravale alors son mépris pour le bien de la patrie, les intérêts de l’Etat passant avant les fâcheries personnelles. Il offrira tout de même à son invité un tee-shirt «  Porque note caltas ? » en souvenir de sa visite... »

PS : Il faut savoir que le coût de la Monarchie constitutionnelle en Espagne, coûte 40% de moins que les frais dépensés par le palais de l’Elysée en France.

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