Journaliste : une profession complexe et exposée.

Par FRANÇOIS D’ORCIVAL

Dimanche 22 juillet 2012 // Divers

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Drapeau de FranceQuelques chiffres pour fixer les idées : on compte un peu moins de 37000 journalistes en France, chiffre qui a doublé en trente ans et s’érode depuis quatre ans. Le nombre d’hommes est légèrement supérieur à celui des femmes. Sur 1800 nouveaux journalistes l’an dernier, seuls 258 sortaient des écoles spécialisées. Les deux tiers d’entre eux travaillent dans la presse écrite, 14 % à la télévision, 10 % à la radio.

Cette profession est à la fois complexe et exposée. Complexe, elle l’est par la variété des métiers de journaliste et parce que celui-ci est un salarié, donc dépendant d’une hiérarchie, qui revendique en même temps son indépendance : Exposée, elle l’est parce que le journaliste, soumis au public, est aussi coresponsable du contenu de ses articles avec le directeur de sa publication devant les tribunaux.

Son statut a été fixé par une loi de 1935, remaniée maintes fois depuis ; il octroie au journaliste des protections : le bénéfice de la"clause de conscience" s’il peut démontrer qu’il y a changement de la ligne éditoriale du titre dont il est le salarié ; celui de la"clause de cession’ en cas de changement de propriétaire. Ces clauses valent indemnités de rupture. Mais pour en limiter les abus, la clause de cession a été plafonnée. Enfin, troisième protection, celle du "secret des sources" permet au journaliste de ne pas dévoiler son ou ses informateurs aux enquêteurs (sauf cas précis intéressant la défense nationale).

C’est une profession où les salaires sont modestes par rapport à d’autres.

Certes, ils varient selon les entreprises de presse, écrites ou audiovisuelles, parisiennes ou régionales. Le traitement de début de carrière se situe autour de 1700 euros. L’écart de 1 à 20 qui stimule les polémiques à gauche est ici plus que rare. Le plus fréquent est un écart maximal de 1 à 5 entre la rémunération d’un rédacteur et celui d’un rédacteur en chef. Cette modestie trouve sa source dans l’histoire de la presse : un même journaliste était souvent employé dans plusieurs rédactions ; il bénéficiait d’avantages matériels qui ont disparu ; il travaillait à la "pige" (selon la longueur de l’article), c’est-à-dire à la pièce. Le plein-temps et la pige sont aujourd’hui traités en salaires, avec les mêmes charges. Mais en raison de la faiblesse de ces salaires, les journalistes ont obtenu (sans charger les entreprises) un abattement forfaitaire sur leurs revenus pour "frais d’emploi’ : Autrefois, celui-ci s’élevait jusqu’à 30 % des revenus. Il a été plafonné il y a trente-cinq ans. Il s’élève maintenant à 7 650 euros. Contrairement aux légendes colportées sur Internet, ce forfait, qui n’a été ni supprimé par la droite ni rétabli par la gauche ou inversement, est reconduit sans changement depuis quinze ans.

Chaque année, notre confrère la Croix publie un baromètre TNS Sofres sur la confiance du public dans ses médias. La radio arrive en tête avec 61 % de confiance, suivie par la presse écrite à 55 % et la télévision à 48 %. Les journalistes jouissent d’un faible crédit. Deux Français sur trois les voient soumis aux pressions des partis politiques et 60 % à l’influence de l’argent. Certains réclament donc la constitution d’un "ordre des journalistes », voire d’un conseil de presse : Deux suggestions aussi vaines qu’illusoires. Le journaliste n’est ni un avocat ni un médecin, mais un salarié ; d’autre part, il ne peut pas être soumis au jugement de ses pairs dès lors qu’il exprime librement une opinion. Il y aurait soupçon tantôt de corporatisme, tantôt d’hostilité partisane. Seule la loi s’impose au journaliste. Cela n’interdit pas, au contraire, les "chartes déontologiques" auxquelles adhèrent librement les rédactions.

Mais cela n’épuise pas le sujet. À côté des syndicats de journalistes, et émanant parfois des mêmes, se sont constituées des sociétés de rédacteurs au sein des rédactions. Celles-ci n’ont aucun statut légal. A gauche pourtant, certains voudraient les légaliser. Cela aurait pour effet d’instaurer une hiérarchie parallèle néfaste pour le fonctionnement des rédactions : qui serait responsable devant les tribunaux, le directeur de la publication, le propriétaire, ce que prévoit la loi sur la presse, ou bien le délégué de la société de rédacteurs ?

Le public prétend qu’il y a "trop de journaux" et qu’ils disent "tous la même chose" Mais les médias n’existent que par leur public. Et le même lecteur qui se dit méfiant envers "la presse" en général fera tout à fait confiance à"son" journal. C’est donc qu’il sait très bien faire la différence. 

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