Jérusalem : Une capitale cartes sur table.

Géopolitique : Israël reconstruit Jérusalem depuis près de cinquante ans. Voici son schéma directeur.

Lundi 28 janvier 2013 // La Religion


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Benyamin Nétanyahou complétera-t-il la "couronne de Jérusalem" ?

Le 30 novembre, le premier ministre israélien a annoncé que 3 000 nouvelles unités d’habitation seraient construites dans la zone Est, à proximité de la cité satellite de Maale Adumim. C’est-à-dire à Jérusalem-Est : l’ancien secteur arabe de la Ville sainte, administré par la Jordanie entre 1948 et 1967.

Il y a, dans cette décision, une part de politique à court ou à moyen terme : Benyamin Nétanyahou voulait rappeler au lendemain de l’admission de la Palestine à l’ Onu en tant qu’État observateur non membre le 29 novembre qu’Israël n’accepterait m’ aucun "diktat" international. Ni sur Jérusalem ni sur aucune autre question. Mais il y a aussi une part de politique à long terme : de géopolitique. « Nous construisons et continuerons à construire en fonction de nos intérêts vitaux », a précisé le premier ministre israélien. Notamment à Jérusalem.

Voilà près de cinquante ans qu’Israël a rebâtit la Ville sainte. Pendant dix-neuf ans, de 1948 à 1967, celle-ci avait été partagée en deux : l’Est jordanien, l’Ouest israélien. Ou même en trois, si l’on tient compte des nombreux no man’s land qui séparaient les
deux secteurs. Mais la guerre des Six-Jours, en juin 1967, a soudain placé l’ensemble de l’agglomération sous contrôle israélien. Un nouveau partage était "inconcevable". Le plus sûr était cependant de le rendre matériellement impossible. De grands chantiers ont été lancés. Les gouvernements successifs, de gauche ou de droite, les ont poursuivis sans relâche. Aujourd’hui, il ne reste plus que quelques maillons à consolider.

Pourquoi cette passion ? Tout d’abord, bien entendu, Jérusalem est la ville sainte du judaïsme. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la Bible : non seulement les livres historiques ou rituels, mais aussi les prophéties. Ou de se familiariser avec la tradition rabbinique. Les juifs se tournent vers Jérusalem pour prier. Ils mentionnent Jérusalem dans chacune de leurs prières. L’ère messianique, selon eux, commence à Jérusalem. C’est par Jérusalem seulement que le destin juif, souvent tragique, trouve un sens.
Ensuite, fait méconnu mais essentiel, Jérusalem est redevenue une ville à confession majoritaire juive voilà près de deux cents ans. Majorité relative en 1845 : 45% de juifs contre 30% de musulmans et 25 % de chrétiens ; Majorité absolue en 1868 : 55 %de juifs,23% de chrétiens, 22 % de musulmans. Majorité des deux tiers, enfin, à partir de 1912 les musulmans supplantant peu à peu les chrétiens, toi au long du XX’ siècle, au sein du troisième tiers.

Le caractère juif de la Jérusalem moderne avait conduit paradoxalement, dans le cadre de la partition de la Palestine préconisée par l’Onu en 1947, au projet d’un corpus separatum englobant la Ville sainte et sa périphérie. Officiellement, cette entité sous contrôle international devait assurer pendant dix ans au moins la protection des lieux saints de toutes les religions. Mais le motif réel des experts de l’Onu était d’empêcher le rattachement de Jérusalem à l’État juif, centré sur Tel-Aviv. L’invasion arabe de 1948 a frappé le plan de partage de nullité, et le corpus avec lui. Même si l’idée d’une "internationalisation de Jérusalem" continue à circuler dans certaines chancelleries.

Enfin, Jérusalem est la clé stratégique du pays. Elle se situe à l’intersection de l’axe est-ouest, Méditerranée-Jourdain, et de l’axe nord-sud Galilée-mer Rouge. Entre les mains d’Israël, elle garantit la sécurité de la plaine côtière et de Tel-Aviv, la "capitale" économique, mais aussi celle de la Galilée et du Néguev. Entre Ies mains d’une puissance arabe hostile, ce serait l’inverse. Mais pour jouer efficacement son rôle stratégique, une Jérusalem israélienne doit contrôler ses alentours : alors qu’un retour à la ligne de cessez-le-feu de 1949-1967 la "ligne verte" équivaudrait à un encerclement sur trois côtés, au nord, à l’est et au sud.

Le plan directeur de Jérusalem, adopté par les Israéliens en 1967, prévoyait dans un premier temps de réunifier la ville, c’est-à-dire d’abattre toutes les barrières fortifications, fils barbelés qui séparaient les secteurs définis en 1949 sort de l’Orient et de l’Occident. Parce que Jérusalem est le creuset fondateur des trois religions du monde, mais aussi parce qu’elle est fille d’Israël et d’Ismaël, les frères ennemis, le second revendiquant la terre du premier.

Cette terre d’Israël ne couvre que l’équivalent de trois ou quatre départements français (21000 kilomètres carrés), ce qui, là encore, est minuscule à l’échelle des continents. Mais depuis que l’État hébreu y a proclamé sa souveraineté en 1948, il a dû affronter onze guerres avec l’un ou l’autre de ses voisins si ce n’est tous en même temps. N’est-ce que la suite des épisodes de la Genèse, doit-il en être ainsi jusqu’à la fin des temps ? Les pages qui suivent, enrichies grâce au trésor des archives de notre revue le Spectacle du monde, montrent que rien n’est écrit d’avance, mais que tout a déjà été décrit.

Ainsi Israël n’a pas de pire ennemi aujourd’hui que l’Iran des intégristes chiites. C’est-à-dire les lointains héritier dévoyés de ces Perses dont le premier empereur, le fondateur de l’empire, était Cyrus le Grand. Lequel, tout au contraire des actuels "fous d’Allah" qui veulent rayer Israël de la carte, fut le libérateur des Juifs exilés à Babylone, celui qui leur permit de reprendre la route de Jérusalem afin d’y rebâtir leur Temple. La menace iranienne a eu pour conséquence de stimuler la recherche des ingénieurs israéliens ; c’est ainsi qu’ils ont mis au point un système d’armes destiné à abattre en vol des roquettes venues de près ou des missiles venus de loin, un système qu’ils ont baptisé Dôme de fer, par référence au Dôme de leur capitale. La liberté vint un jour de Perse ; les feux de la servitude ne franchiront pas le barrage que les Israéliens ont tracé dans le ciel.

L’Égypte fut le premier refuge de Jacob, de ses fils, de ses tribus ; ils en firent la prospérité. « Les Israélites furent féconds et se multiplièrent, ils devinrent de plus en plus nombreux et puissants, au point que le pays en fut rempli... » Les Égyptiens les chassèrent ; ils traversèrent le Sinaï vers la Terre promise où ils demeurèrent. Lorsqu’Israël hissa pour la première fois ses couleurs nationales, les Égyptiens et les autres Arabes les attaquèrent. Ils se firent trois fois la guerre en vingt-neuf ans. Entre eux, l’état de guerre était permanent. Un jour de novembre 1977, le président égyptien, Anouar el-Sadate, décida qu’il fallait y mettre fin. Le premier ministre israélien, Menahem Begin, déclara que cela avait été « un conflit tragique et inutile ». Le 19 novembre, Sadate se posa à Tel-Aviv.

On tira 21 coups de canon. Begin cita en signe de bien venue la cinquième sourate du Coran, dans laquelle il est dit : « Souvenez-vous de ce que Moïse a dit à son peuple : entrez dans la Terre sainte qu’Allah vous a accordée. » Le lendemain, Sadate parla devant la Knesset, à Jérusalem ; il se rendit au monument érigé à la mémoire des victimes de l’Holocauste et écrivit sur son livre d’or : « Que Dieu guide nos pays vers la paix. Mettons fin aux souffrances des nations. » De quelles nations parlait-il ? De la nation iraélienne, de la nation arabe ou des nations du monde entier comme si la paix entre les nations dépendait de ce qui se passait entre Israéliens et Égyptiens...

Il est vrai que la paix conclue entre Sadate et Begin fut considérée comme une capitulation égyptienne à Moscou et comme une trahison par les Palestiniens. Pourtant cette paix fut instaurée et rien ne l’a défaite, pas même l’arrivée des Frères musulmans au Caire. Mais Sadate l’a payée de sa vie ; il fut assassiné le 6 octobre 1981 au cours d’un défilé militaire. Cela n’a pas empêché le roi Hussein de Jordanie de signer à son tour, en 1994, un traité de paix avec Israël, toujours en vigueur. Et les Palestiniens, et les Syriens, et tant d’autres ?

Tout est possible à Jérusalem. C’est même le mystère de la ville sainte, le sens caché de son existence, toujours menacée, toujours rayonnante et plus vivante que jamais. Sans doute parce que les hommes y ont dressé la tente du Rendez-vous dont parle la Bible.

FRANÇOIS D’ORCIVAL
Ce dossier â été réalisé avec la collaboration de Michel Gurfinkiel ; la cartographie est de Florence Binoche.

Trois mille ans d’histoire

Jérusalem Dans ces lieux triplement sanctifiés par la tradition juive, l’Évangile et le Coran, vingt-cinq siècles de rivalités, de conflits et de renaissances. Jusqu’à ce que l’Etat hébreu en assure depuis 1967 la protection.

Que ma droite se dessèche, que ma langue s’attache à mon palais, si jamais je t’oublie, Jérusalem. Emmenés en captivité à Babylone après la prise de Jérusalem et la destruction du Temple, en 587 avant l’ère chrétienne, les juifs affirmaient ainsi l’indéfectibilité de leur attachement à la cité sainte. Six siècles plus tard, dans le Temple reconstruit, Jésus avait prêché. Selon l’Évangile, il avait été supplicié à Jérusalem ; il y était ressuscité. Pour les chrétiens, les lieux qu’il avait parcourus portaient le témoignage de sa mission salvatrice. Puis en 622, selon la tradition islamique, Mahomet fut transporté à Jérusalem au cours d’un voyage miraculeux : les croyants montrent encore l’empreinte qu’il laissa dans le rocher d’où il s’éleva pour gagner les cieux.

Sur ces lieux triplement sanctifiés, les trois confessions monothéistes n’ont cessé de faire valoir leurs droits respectifs. Dans cette rivalité, les juifs peuvent arguer de l’antériorité chronologique et de la parole de Dieu lui-même qui, non seulement promet à son peuple Jérusalem et la terre de Canaan, mais fait serment de l’y ramener quand il sera exilé en expiation de ses fautes : c’est là un thème essentiel de la Bible, mais le Coran le mentionne également. Dieu révèle à David, le grand roi qui, vers l’an mille avant J.-C., a rassemblé les douze tribus d’Israël en un seul État, l’emplacement de son temple, où est déposée l’arche d’alliance, choisi de toute éternité : le mont Moriah. Mais il interdit d ce guerrier, qui a versé trop de sang, de le bâtir. La mission est confiée à son fils, le pacifique Salomon, qui s’en acquitte avec l’aide d’architectes phéniciens.

Détruit par les Babyloniens (en punition, dit la Bible, de rites idolâtres qui ont été parfois "associés" au culte monothéiste), le Temple est reconstruit et achevé soixante-dix ans après, sur l’ordre de Cyrus le Grand, le fondateur de l’Empire perse. Le récit biblique a été confirmé, sur ce point, par l’archéologie : la restauration des sanctuaires locaux et le retour dans leur ancien foyer des populations jadis déportées par les Assyriens et les Babyloniens étaient une politique systématique des Perses, qui ne faisaient pas de différence, à cet égard, entre les cultes païens et la religion israélite.

Au IV siècle avant notre ère, Alexandre de Macédoine, qui n’hésite pas à détruire de fond en comble les villes qui lui résistent, comme Tyr en Phénicie, manifeste en revanche le plus grand respect envers Jérusalem et son Temple. Ce ne sera pas le cas de la dynastie qui règne après lui, les Séleucides : deux siècles plus tard, Antiochos IV Épiphane, qui veut unifier ses États en imposant partout la civilisation hellénistique, pille le second Temple et le transforme en sanctuaire païen. Il provoque une révolte juive, conduite par une famille sacerdotale, les Maccabées. En 165 ; Puis, dans un second temps, de créer une couronne de nouveaux quartiers juifs, en prolongement des quartiers existants : Ramot, Ramat-Eshkol et Neve-Yaakov au nord,Armon Hanatzivà l’est, Gilo au sud.

L’opération a été menée à son terme en moins de dix ans. En règle générale, ces nouvelles zones urbaines ont été bâties sur les anciens no man’s land ou dans des secteurs déserts, qui étaient la propriété de l’État. Afin de donner une assise juridique à ces changements, les Israéliens ont créé une municipalité unique, qui englobe l’ancienne municipalité d’avant 1948 et quelques villages avoisinants. Un corridor, vers le nord, remonte jusqu’à Atarot, près de Ramallah, où un aéroport a été construit.

Mais à partir de 1977, Israël entreprend de bâtir une seconde couronne de nouveaux quartier juifs, en prolongement des quartiers existants :Ramot, ramat-Eshkol et Neve-Yaako au nord ,Armon Hanatziv à l’est, Gilo au sud. Des villes satellites, en dehors de la municipalité de Jérusalem. Cette fois, l’objectif est de contourner des localités arabes et de relier le Grand Jérusalem aux routes et avant-postes neutralisant ; sur le plan sécuritaire, la Cisjordanie. Pisgat Zeev, créé en 1982, renforce l’emprise israélienne sur la banlieue nord. Maale Adumim, à 7 kilomètres à l’est de Jérusalem, contrôle depuis 1991 la route de Jéricho et de la mer Morte. Har Homa, au sud-est, créé en 1997, surveille à la fois Bethléem et la route d’Hébron. Quant à la zone El, où Benyamin Nétanyahou vient d’annoncer les premières constructions, elle doit assurer la jonction entre Maale Adumim et Neve-Yaakov.

Et Dieu naquit à Bethléem...

Exégèse De Nazareth a Bethléem, en passant par l’Égypte et Jérusalem, le livre de Benoît XVI sur l’enfance de Jésus nous rappelle que l’histoire du Salut universel s’est incarnée aussi dans une terre.

Dans toutes les églises du monde, depuis quelques semaines, le même spectacle se décline, variant seulement légèrement dans ses formes en fonction des latitudes et des coutumes locales : mais au Viêtnam comme au Burkina Faso, de Riga à Santiago du Chili, avec plus ou moins de faste, de détails et d’imagination, il y a toujours une étoile au-dessus d’une crèche, un âne, un boeuf, et saint Joseph et la Vierge Marie réunis autour d’une mangeoire de paille encore vide qui, le soir de Noël, recueillera l’Enfant Jésus. On y conduit, à la fin de la messe, les enfants à qui ce merveilleux naïf parle naturellement. Est-ce à dire que les récits de la naissance et de l’enfance de Jésus n’ont d’autre utilité que d’émouvoir les coeurs simples, d’introduire un pieu de sentimentalité dans un univers théologique parfois bien aride ?

Pour se convaincre du contraire, il suffit de lire le petit livre que le pape, moins pour clore sa biographie de Jésus qui comporte déjà deux volumes que pour lui servir, dit-i1, de porte d’entrée ; vient de consacrer à l’enfance de Jésus. Avec son habituelle limpidité (limpidité qui exige tout de même du lecteur un peu de concentration, car elle vise à l’entraîner à des sommets théologiques élevés), Benoît XVI y procède à une exégèse détaillée du texte évangélique.

C’est paradoxalement sous l’égide d’une parole tirée de la passion que le pape place son étude, une question posée par Pilate à Jésus : « D’où es-tu ? »Question qui appelle une réponse double, et pourtant unique : car Jésus est à la fois ce fils de charpentier venu de Nazareth, et en même temps ce Fils en lequel le Créateur du monde « a mis sa complaisance » ; et les deux origines ne se contredisent pas, elles se complètent car, Benoît XVI nous le montre, chacun des détails de la filiation terrestre du Christ peut être interprété aussi comme un signe de son origine divine, de ce qu’il est bien le Messie venu accomplir les Écritures, ce Sauveur du monde dont tout l’Ancien Testament n’est au fond qu’une longue attente.

Cette question, "d’où vient-il ?", elle s’est posée avec une même acuité à tous les contemporains de Jésus, au cours des trois ans de sa vie publique, eux qui pourtant connaissaient son origine : mais justement, comment cet homme du peuple peut-il parler avec une telle autorité, comme s’il avait avec ce Dieu qu’il appelle « Son Père » une familiarité à nulle autre pareille ? Qu’ils s’en scandalisent, comme ses concitoyens de Nazareth en l’entendant prêcher à la synagogue et leur expliquer que l’Écriture s’accomplit avec lui, ou qu’ils s’en émerveillent comme les docteurs de Jérusalem stupéfaits devant la science d’un enfant de 12 ans, qu’ils s’en choquent ou qu’ils s’en enthousiasment, tous ceux qui ont croisé la route de Jésus ont ressenti la puissance de ce mystère.

Cette question, « d’où vient-il ? » ; est si cruciale que deux des quatre évangélistes, Matthieu et Luc, ont dressé dans le détail la généalogie de Jésus (trois, même, si l’on considère le magnifique prologue de Jean comme une forme de généalogie poétique : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. [...] ») Matthieu fait remonter Jésus à David et à Abraham, par Joseph : mais après avoir ainsi inscrit Jésus dans la lignée de la promesse et de la royauté, l’évangéliste complète cette généalogie juridique, puisque Joseph est légalement le père de Jésus, par une autre : engendré par l’Esprit saint, Jésus a Dieu pour Père. La généalogie de Luc, elle, fait descendre Jésus d’Adam : nouvel Adam, Jésus est venu créer l’humanité à nouveau, la tourner « vers une nouvelle façon d’être une personne humaine », dit Benoît XVI. En ce sens, il confère à ceux qui le suivent une origine nouvelle : « Notre vraie "généalogie" est la foi en Jésus, qui nous donne une nouvelle origine, "nous fait naître de Dieu’ : »

Jésus, on le sait, agrandi à Nazareth, une ville qui n’est mentionnée par aucune prophétie messianique : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? », se récrie d’abord Nathanaël quand on lui propose de devenir disciple de Jésus. Mais il est né à Bethléem, la ville de David, accomplissement des prophéties de Michée et de Samuel annonçant que le Pasteur d’Israël viendrait de cette ville ; et l’accomplissement de cette prophétie, on le doit paradoxalement à une cause profane : un édit de l’empereur Auguste ordonnant un recensement général, qui eut lieu en Judée vers l’an-6, soit la date à laquelle les historiens s’accordent désormais à faire naître Jésus : issu de la lignée de David, Joseph possédait sans doute une propriété dans la ville natale de celui-ci, ce qui explique qu’il s’y soit fait recenser. Ainsi, constamment, dans l’histoire de Jésus, le divin emprunte-t-il les voies de l’humain, l’extraordinaire de l’ordinaire, l’infini du fini, comme pour mieux célébrer les noces de Dieu et de l’humanité que Jésus est venu incarner. « Jésus n’est pas né ni apparu en public dans l’imprécis "jadis" du mythe. Il appartient à une époque exactement datable et à un milieu géographique.

Paix armée au Saint-Sépulcre

Golgotha Le site de la crucifixion de Jésus suscite beaucoup de convoitises. La cohabitation entre les Eglises en présence est réglée dans les moindres détails. Mais elle a toujours été conflictuelle. L’affaire remonte à novembre. Pour sanctionner une facture non réglée, la compagnie israélienne d’eau Hagihon a fait bloquer le compte en banque de l’église du Saint-Sépulcre. L’impayé accumulé au cours des quinze dernières années atteindrait 1,8 million d’euros. Ce litige concerne le Patriarcat orthodoxe de Jérusalem, en charge d’une partie du Saint-Sépulcre. La municipalité lui a transféré la gestion du réseau d’eau mais cette autorité religieuse se montre incapable d’honorer ses dettes.

Furieux, plutôt de mauvaise foi, le patriarche orthodoxe de Jérusalem, Théophilos III, a menacé de fermer le lieu saint, vénéré chaque année par des millions de touristes chrétiens. Constatant l’absence de solidarité des autres Églises, il vient aussi d’adresser une lettre à plusieurs chefs d’État étrangers pour solliciter leur aide.

Cette histoire illustre les difficultés de la gestion et de la cohabitation entre les principales branches du christianisme sur ce lieu le plus sacré de la chrétienté, l’ancien Golgotha des juifs le "mont Chauve", où le Christ fut supplicié sur la croix puis inhumé un peu plus loin dans une grotte. Trois Eglises y résident : les Grecs orthodoxes, qui occupent la plus grande partie de l’édifice ; les Latins, représentés par les Franciscains ; les Arméniens apostoliques. Selon des règles établies de longue date, les Grecs assurent l’entretien du tombeau et les Franciscains gardent dans leur monastère l’épée de Godefroi de Bouillon.

D’autres Églises y ont des droits et même, dans certains cas, la possibilité d’utiliser des chapelles pour le culte : les coptes, les syriaques, les Éthiopiens orthodoxes, dont le monastère Deir al-Sultan est installé sur le toit du Saint-Sépulcre. Ce voisinage est particulièrement complexe à gérer au jour le jour, comme le prouvent toute une série d’incidents.

Un accord datant de 1752 organise, le statu quo : Confirmé en 1852 et 1853 par un firman acte juridique de l’Empire ottoman, ce décret de trois pages s’est enrichi d’une jurisprudence orale forgée à travers les conflits successifs entre les communautés. Tout est réglé dans les moindres détails de la vie quotidienne : la répartition de l’espace, les horaires des cérémonies, l’emplacement exact des chandeliers, la responsabilité du nettoyage de l’édifice. En 1901, le Saint-Sépulcre fut agité par une féroce "guerre des balais"...

Depuis le règne de Saladin, les clés du Saint-Sépulcre ont été confiées à deux familles musulmanes de Jérusalem, sans que cela n’empêche les incidents. Au cours des fêtes de Pâques de 1970, les moines éthiopiens jouèrent un mauvais tour aux moines coptes partis prier en masse dans l’église du Saint-Sépulcre. Ils en profitèrent pour changer les serrures des portes donnant accès aux terrasses du monastère, afin d’empêcher les coptes d’y pénétrer.

Loin de s’apaiser lors des fêtes religieuses chrétiennes, comme on pourrait l’espérer, ces rivalités redoublent d’intensité à ce moment-là. La cérémonie du feu sacré’ : qui marque les derniers épisodes de la passion du Christ, sa crucifixion, sa mise au tombeau puis sa résurrection, est régulièrement gâchée par des bagarres entre les fidèles des différentes communautés, à l’intérieur même de la basilique.

Ces frictions ralentissent la restauration nécessaire du site, qu Israël a suggéré à maintes reprises de financer dans son intégralité. Dans cet édifice complexe, dont les parties les plus anciennes ont mille ans, la moindre réfection est scrutée par toutes les Églises en présence, le moindre coup de pioche est surveillé, tant les sous-sols recèlent de richesses archéologiques prouvées ou supposées. La restauration du dôme a ainsi duré plus de trente ans, donnant lieu à d’interminables négociations qu’on pourrait qualifier de byzantines : Les autorités israéliennes ont prévenu les différentes Églises : si des travaux en profondeur ne sont pas rapidement engagés, le monastère risque de s’effondrer d’un jour à l’autre, menaçant de détruire l’un des symboles les plus importants de la chrétienté.

De jérusalem, MAXIME PEREZ.

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