Je tends la main électeurs Sarkozystes.

Pour les Elections législatives.

Vendredi 18 mai 2012 // La France

Drapeau de FranceMarine Le Pen La présidente du FN veut prendre la tête d’un grand rassemblement des patriotes, et se dit prête à des ententes au cas par cas avec des élus UMP aux législatives. Entretien fait par VALEURS ACTUELLES

Comment expliquez-vous la défaite de Sarkozy, alors que nombre de ses idées étaient majoritairement soutenues par les Français ?

Il y a eu une rupture de confiance entre Nicolas Sarkozy et le peuple. Il est le seul responsable de sa défaite. Son électoralisme forcené des dernières semaines n’a fait que rappeler ses promesses non tenues de 2007. Nicolas Sarkozy a ainsi fait de son opposition au droit de vote pour les immigrés aux élections locales son thème dominant, mais en dix ans— son passage au ministère de l’Intérieur inclus — il aura fait naturaliser un million d’étrangers qui, en obtenant la nationalité française, ne votent pas seulement aux élections locales, mais aussi aux législatives et à la présidentielle...

Vous ne croyez donc absolument pas en la sincérité de Sarkozy ?

Si c’était François Bayrou qui avait atteint près de 20 % des voix, il aurait immédiatement adopté une posture centriste. Comme au début de son mandat, où il se vantait d’avoir « tué » le Front national...

Pensez-vous néanmoins, comme certains proches de Sarkozy, que si celui-ci n’avait pas mené campagne sur des thèmes "nationaux", il aurait risqué d’arriver derrière vous au premier tour ?

Je le crois. Aujourd’hui, une large majorité de Français réclame protection aux frontières et inversion des flux migratoires. La campagne de Nicolas Sarkozy a été habile mais malhonnête. Et cela s’est vu : contrairement à 2007, il n’a pas été jugé que sur ses mots, mais aussi sur ses actes. Si les Français n’ont pas souhaité le reconduire, ce n’est pas pour ce qu’il a dit, mais pour ce qu’il n’a pas fait.

Existait-il un moyen, pour Sarkozy, de convaincre vos électeurs du premier tour ?

Je pense que s’il avait déclaré qu’entre un candidat PS et un candidat FN aux législatives, il aurait voté en faveur du candidat FN, il aurait été réélu.

Nathalie Kosciusko-Morizet a mis en cause votre responsabilité dans la défaite de Sarkozy...

J’engage vos lecteurs à lire des extraits de son livre le Front antinational (Éditions du Moment, NDLR), où elle jugeait notamment le FN « antirépublicain ». Et elle voudrait, ensuite, que nos électeurs se reportent sur son candidat ? Le choix de cette "bobo’ ; ouvertement de gauche sur la plupart des sujets, comme porte-parole unique j’insiste là-dessus de la campagne de Nicolas Sarkozy a été un très mauvais signal adressé à nos électeurs. De même lorsque MM. Fillon, Guéant ou Copé ont, comme elle, affirmé qu’en cas de duel PS-FN aux législatives, ils voteraient pour le candidat PS.

À l’inverse, Gérard Longuet a déclaré que vous pourriez devenir un interlocuteur..

Le même s’est ensuite platement "excusé", le lendemain, sous la pression de ses propres "amis"...La vérité, c’est que cette opération sauve-qui-peut, montée de toutes pièces par l’Elysée, démontre jusqu’à l’absurde la réalité de ce qu’est l’UMP : un conglomérat de personnalités disparates uniquement liées par des intérêts électoraux. C’est une auberge espagnole sans ligne politique, divisée entre partisans et adversaires de l’Europe fédérale, proches des idées du PS et proches des idées du FN, etc. Avec la défaite de Nicolas Sarkozy et la guerre des chefs qui a déjà commencé, l’UMP est condamnée à exploser.

Vous dites que le clivage droite-gauche est dépassé. N’y a-t-il donc pour vous, aucune différence entre les deux ?

Je ne confonds pas l’idée que je me fais de la droite et de ce qu’elle incarne, ou plutôt incarnait, avec ce qu’elle est devenue. Pour moi, la droite, ça veut dire la droiture, le patriotisme. Je me reconnais dans ces valeurs. Mais en quoi l’UMP, qui se revendique de droite défend-elle ces valeurs ?. Croyez-vous que le général de Gaulle ou même Georges Pompidou auraient imposé, sans les consulter, le traité de Lisbonne aux Français, nommé DSK à la tête du FMI, ou Bernard Kouchner, Fadela Amara et Martin Hirsch au gouvernement ?

Comment expliquez-vous cette "soumission idéologique" à la gauche ?
Par un mélange de conformisme, de lâcheté et, pour certains, de véritable connivence. J’ajoute que, dans le même temps, la gauche a abandonné le peuple. Droite et gauche se sont soumises aux mêmes puissances financières et à la mondialisation. Oubliant, l’une et l’autre, leurs missions premières : la défense de la patrie pour la première, celle des plus humbles pour la seconde. Voilà pourquoi je considère que ce clivage est aujourd’hui dépassé. La vraie fracture se situe désormais entre ceux qui croient en la France et ceux qui n’y croient plus.

Que répondez-vous à ceux qui, parmi les électeurs de droite, considèrent le FN comme un parti "dangereux" malgré des convictions communes.

Je leur dis qu’ils n’ont rien a craindre ! Ils ont des années de recul pour nous juger sur nos actes et non sur ce que répètent nos adversaires. Seuls contre tous, et avec des moyens dérisoires, nous n’avons cessé d’alerter sur les maux qui accablent la France et les solutions pour en sortir. Nous n’avons jamais trempé dans des affaires de corruption. Nous avons toujours respecté les principes républicains et la liberté d’expression. Le FN est un parti légaliste et démocratique tourné vers un seul idéal : l’amour de la France et des Français, quelle que soit leur origine. Ce n’est pas le FN qui surfe sur la peur c’est le système qui surfe sur la peur du FN.

Le FN est donc, selon vous, un parti comme les autres ?

Si l’on entend par là que notre motivation première, c’est de nous répartir postes et prébendes, quitte à renier nos convictions, surtout pas ! La raison pour laquelle nous sommes combattus, ce n’est pas parce que nous serions antirépublicains même nos adversaires savent bien, en réalité, qu’il n’en est rien, mais parce que notre arrivée au pouvoir, même local, signifierait l’abolition des privilèges pour les élites et le pouvoir rendu au peuple et à son bon sens. Je veux mettre fin à l’actuel système généralisé des compromissions qui voit pactiser contre nous le Medef et la CGT, Christian Estrosi et Jean-Luc Mélenchon, Claude Guéant et lePS...

Pensez-vous obtenir des députés aux législatives ?

Notre objectif est d’atteindre la barre des 15, qui nous permettrait d’avoir un groupe à l’Assemblée. Mais ce sera très difficile. Si, depuis vingt-cinq ans, nous avons été privés de représentation parlementaire, c’est que les partis du système le savent : nous ferons, à l’Assemblée, ce que nous avons fait dans toutes les instances où nous avons été élus : la chasse aux compromissions et aux privilèges. Sans l’obstination des élus FN, jamais la justice n’aurait poursuivi et condamné l’ancien maire PS d’Hénin-Beaumont en faveur duquel l’UMP avait appelé à voter contre moi.

Dans le cas où un candidat UMP opposé à un candidat PS au second tour des législatives appellerait à voter pour les candidats FN en lice contre la gauche, pourriez-vous, vous aussi, appeler à voter pour lui ?

Je pense, d’abord, que tout élu UMP qui appellerait à voter pour nous serait immédiatement exclu. J’estime impossible, ensuite, tout accord entre partis : pour M. Copé mieux vaut un député communiste qu’un député FN ! Idem pour la Droite populaire, qui a été créée, de son propre aveu,pour être une « digue » contre le FN et non un « pont » en sa direction. Si discussions il doit y avoir, c’est à la base. Nous regarderons au cas par cas, notamment la sincérité du candidat UMP qui nous proposerait une telle "entente". Je ne suis pas fermée, a priori, à ce type de discussions. Nous sommes prêts à accueillir et à encourager toutes les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent. J’en appelle aux élus et électeurs de droite sincères, qui ont voté Nicolas Sarkozy tout en se reconnaissant dans nos idées et qui en ont assez de la machine à perdre qu’est devenue l’UMP : c’est le moment de construire, ensemble, le grand rassemblement que mérite la seule cause qui nous anime : l’amour de la France. Cette main tendue vaut aussi, évidemment, pour les patriotes de gauche.

Nicolas Dupont-Aignan a-t-il vocation à vous rejoindre ?

Il se situe sur la même rive que nous : durant toute sa campagne, il a tenu exactement le même discours que nous et nombre de ses amis nous ont déjà ralliés ; je l’appelle donc, lui aussi,à nous rejoindre,pour ces législatives, au sein du Rassemblement bleu marine, où il aura toute sa place.

Pensez-vous, un jour, changer le nom du Front national ?

Changer le nom du FN pour le plaisir de changer de nom n’a aucun intérêt. En revanche, si nous parvenons concrètement, après les législatives, à bâtir sur la durée un véritable rassemblement qui aille au-delà du Front national, pourquoi pas ? La question mérite d’être débattue au sein du mouvement. Je n’y suis, pour ma part, pas défavorable. Mais cela, je le répète, ne pourra s’envisager que si ce futur rassemblement dépasse réellement les frontières du FN.

Propos recueillis par ARNAUD FOLCH
Valeurs actuelles.

Répondre à cet article