Jacques Toubon en Défenseur des droits : une nomination que rien ne peut justifier.

Par Michel Deléan.

Mardi 24 juin 2014 // La France

François Hollande veut nommer l’ex-ministre RPR Jacques Toubon Défenseur des droits pour remplacer Dominique Baudis. Ce que rien dans le parcours de ce chiraquien de la première heure ne peut justifier. L’homme n’a jamais porté un combat pour les droits et les libertés. Pire, lors de son passage au ministère de la justice, l’essentiel de son activisme fut consacré à entraver les enquêtes.

On est injuste avec François Hollande. Le chef de l’État a au moins une qualité que nul jusqu’ici n’a voulu lui reconnaître : il peut redonner vie à des concepts que l’on croyait morts. En ce mois de juin 2014, notre président social-libéral en mal de résultats – mais toujours enclin à désespérer ses électeurs en courtisant en vain ses adversaires –, vient ainsi de ressusciter le chiraquisme, rien de moins.

Un communiqué de l’Élysée diffusé mercredi soir nous apprend en effet ceci :

Le grognard chiraquien Jacques Toubon, qui fêtera ses 73 ans le 29 juin, a donc de grandes chances de s’éviter les affres d’une retraite désœuvrée grâce à François Hollande, qui se propose de lui offrir le poste de Défenseur des droits, poste qu’occupait Dominique Baudis depuis 2011 jusqu’à son décès le 10 avril dernier, à 66 ans.

Jacques Toubon, Défenseur des droits ? Est-il le mieux placé pour lutter contre les discriminations, et veiller à la déontologie de la sécurité (deux des missions du Défenseur des droits, avec la défense des enfants et celle des usagers des services publics, depuis l’absorption du Défenseur des enfants et de la Halde en 2008) ? L’idée fera sourire les plus indulgents, quand d’autres s’indignent déjà et le voient plutôt en « défenseur des droites ».

Avant de devenir ce vieux sage consensuel et pétri de valeurs humanistes que veut nommer Hollande, Jacques Toubon a été un des chevau-légers de la droite dure parlementaire contre François Mitterrand, lors de son premier septennat.

Premier accroc de taille, dans son parcours : lors de ses débuts comme parlementaire, en 1981, Jacques Toubon a fini par voter contre la loi de Robert Badinter abolissant la peine de mort, même s’il avait auparavant voté pour le principe de l’abolition (l’article 1), avec 15 autres députés RPR. Jacques Toubon s’était alors déclaré opposé à la peine de mort à titre personnel, mais hostile à une loi qui ne garantissait, selon lui, pas d’alternative (on peut lire ici son intervention dans l’hémicycle le 18 septembre 1981). Il réclamait alors, en contrepartie, « des modalités d’exécution nouvelles des peines de réclusion criminelles les plus graves », voulant aussi « réviser l’échelle des peines à travers une réforme du Code pénal ».

Cette même année 1981, Jacques Toubon s’illustre encore malheureusement en votant, comme de nombreux députés RPR, contre la loi de Gisèle Halimi dépénalisant l’homosexualité (on peut lire le compte-rendu des débats du 20 décembre 1981 ici).

Pourfendeur du socialisme, spécialiste de l’obstruction parlementaire, des interruptions et du brouhaha en séance, Jacques Toubon s’était notamment illustré en jouant les grognards de Chirac lors des débats sur la loi Savary, en 1984.

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