Politique Magazine

JMJ 2013 - L’église à contre-courant.

Par Laurent TOUCHAGUES

Jeudi 31 octobre 2013 // La Religion

Aux Journées mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro (23-28 juillet), le pape François a réaffirmé le message qui est le sien comme successeur de Pierre : l’Église demande la liberté d’annoncer l’Évangile de manière intégrale, même quand elle est en opposition avec le monde et va à contre-courant...

Ma joie est beaucoup plus grande que ma fatigue », a confié le pape François, le lundi 29 juillet, de retour au Vatican après les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Rio de Janeiro. Durant sa semaine brésilienne, le Pape s’est montré missionnaire, père et prédicateur spirituel d’une grande confiance christique et dévotion mariale, avec le zèle d’un jeune jésuite ; mais c’est bien le successeur de Pierre qui était en voyage afin de « poursuivre la mission pastorale propre à l’Évêque de Rome qui est de confirmer ses frères dans la foi au Christ, de les encourager à témoigner les raisons de l’espérance qui vient de lui et de les stimuler à s’offrir à tous les richesses inépuisables de son amour. » (À son arrivée le 22 juillet).

L’ÉGLISE NE PEUT ÊTRE UNE ONG

Un changement d’époque. François l’affirme : ce que nous vivons, « ce n’est pas une époque de changement, mais un changement d’époque. » (Aux évêques brésiliens, le 26 juillet). Comme au lendemain de son élection, pour lui l’Église n’a pas le choix : « Je veux que vous alliez à l’extérieur ! Je veux que l’Église sorte dans les rues !Je veux que nous nous gardions de tout ce qui est mondanité, installation, de tout confort, de tout cléricalisme, de toute fermeture sur nous-mêmes. Les paroisses, les écoles, les institutions, sont appelés à sortir ! S’ils ne sortent pas, ils deviennent une ONG et l’Église ne peut pas être une ONG » (Aux jeunes, le 25 juillet).

Car « la foi en Jésus-Christ n’est pas une plaisanterie, c’est quelque chose de très sérieux, c’est un scandale (...) mais c’est le seul chemin sûr, celui de la Croix, de Jésus, dans l’incarnation de Jésus ! (...) S’il vous plaît, ne diluez pas la foi en Jésus-Christ ! Il y a du jus d’orange dilué, du jus de pomme dilué, du jus de banane dilué, mais s’il vous plaît ne prenez pas du jus de foi dilué ! La foi est entière, elle ne se dilue pas ! C’est la foi en Jésus. C’est la foi dans le Fils de Dieu fait homme, qui m’a aimé et qui est mort pour moi. (...) Donc, mettez une belle pagaille ! Prenez soin des extrémités du peuple que sont les anciens et les jeunes ! Ne vous laissez pas exclure, et n’excluez pas les anciens, et ensuite ne diluez pas la foi en Jésus-Christ. » (Aux jeunes, le 27 juillet).

CONTRE UNE « EUTHANASIE CACHÉE »

A-t-on remarqué combien le Pape a insisté durant ce voyage sur le respect et même la nécessaire mise en valeur non seulement des jeunes mais aussi des personnes âgées (y compris des évêques émérites), contre une véritable « euthanasie cachée » ? Cet appui mutuel des générations de début et de fin de vie est la clé du salut des familles et des nations : « Un peuple a un avenir s’il avance avec ces deux réalités : avec les jeunes, avec la force, pour le faire avancer ; et avec les personnes âgées parce que ce sont elles qui donnent la sagesse de la vie. Et moi, bien des fois, je pense que nous commettons une injustice à l’égard des personnes âgées, nous les laissons de côté comme si elles n’avaient rien à nous donner ; elles ont la sagesse, la sagesse de la vie, la sagesse de l’histoire, la sagesse de la patrie, la sagesse de la famille. Et nous avons besoin de cela ! » (Dans l’avion, le 22 juillet).

Et François a profité du 26 juillet, fête des saints Anne et Joachim, pour appuyer cette certitude : « On voit ici la grande valeur de la famille comme lieu privilégié pour transmettre la foi ! (...) Aujourd’hui on célèbre la fête des grands-parents. Comme les grands-parents jouent un rôle important dans la vie familiale, pour communiquer ce patrimoine d’humanité et de foi qui est essentiel pour toute société ! »

Or, pense le Pape, la « civilisation mondiale est allée trop loin (...) Parce que le culte fait au dieu de l’argent est tel ! Nous assistons à une philosophie et une pratique de l’exclusion des deux pôles de la vie qui sont les promesses du peuple. (...) On pourrait penser qu’il pourrait y avoir une sorte d’euthanasie cachée. C’est-à-dire : on ne s’occupe pas des personnes âgées ! Mais il y a aussi cette euthanasie culturelle : ne les laissez pas parler, ne les laissez pas agir ! Et l’exclusion des jeunes : (...) une génération qui n’a pas l’expérience de la dignité gagnée par le travail. » (Cathédrale de Rio de Janeiro, le 25 juillet). La consigne pontificale jaillit immédiatement : les jeunes doivent sortir et se battre pour les valeurs ; et les anciens doivent ouvrir la bouche et enseigner, transmettre la sagesse des peuples ! François stigmatise librement l’humanisme matérialiste dominant, qui entraîne une « culture du rebut ».

UN APPEL À UNE RÉVOLUTION

Aller à contre-courant. François stigmatise donc librement l’humanisme matérialiste dominant, qui entraîne une « culture du rebut » où il n’y a de place ni pour l’ancien ni pour l’enfant non voulu ; ni de temps pour s’arrêter avec ce pauvre dans la rue. Il constate que les relations humaines sont régulées par l’efficacité et le pragmatisme. Alors, sa parole est claire : « Chers évêques, prêtres, religieux, religieuses et vous aussi séminaristes qui vous préparez au ministère, ayez le courage d’aller à contre-courant de cette culture de l’efficacité, de cette culture du rebut. » Un encouragement appuyé sur la méditation du premier livre des Maccabées ! (Messe du 27 juillet).

C’est à ce titre, et à juste titre, que le Pape a parlé de révolution : « La foi accomplit dans notre vie une révolution que nous pourrions appeler copernicienne, parce qu’elle nous enlève du centre et le rend à Dieu » (Aux jeunes, 25 juillet). Une révolution qui fait passer l’homme de l’esclavage de la loi à la liberté de la grâce (voir son discours du 17 juin, en clôture du congrès du diocèse de Rome) ; La mission de l’Église dans la société. « Dans la culture du provisoire, du relatif, beaucoup prônent (...) qu’il ne vaut pas la peine de s’engager pour toute la vie (...). Moi, au contraire, je vous demande d’être révolutionnaires, d’aller à contre-courant ; oui, en cela je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsabilités, que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment. (...) Ayez le courage d’aller à contre-courant. Ayez le courage d’être heureux. » (Aux bénévoles, le 28 juillet).

L’Église demande la liberté d’annoncer l’Évangile de manière intégrale, même quand elle est en opposition avec le monde et va à contre-courant, en défendant le trésor dont elle est la gardienne et les valeurs dont elle ne dispose pas, mais qu’elle a reçues et auxquelles elle doit être fidèle. Sans ce patrimoine immatériel, la société s’effrite, les peuples se diluent, les nations se déchirent. « L’Église a le droit et le devoir de maintenir allumée la flamme de la liberté et de l’unité de l’homme. » (Aux évêques, 26 juillet).

« Allez, sans peur, pour servir », tel a été l’envoi du Pape aux trois millions de fidèles rassemblés sur la plage de « Papacabana » (sic) au matin du 28 juillet. Et le Pape est reparti, avec son petit bagage à main noir, entretenir l’élan par ses tweets quotidiens. L’étude Twiplomacy révèle d’ailleurs que François est considéré comme le leader mondial le plus influent sur Twitter. Il arrive second en nombre d’abonnés ( millions contre 33 millions au compte de Barack Obama), mais il est le plus « retweeté » (plus de 20 000 fois par message contre 2 300 pour le président américain).

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