JEAN-JACQUES ROUSSEAU, père de l’écologie ?

Jeudi 12 juillet 2012 // L’Histoire

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Le 28 juin 2012 marquera le trois-centième anniversaire de la naissance, le 28 juin 1712 à Genève, de Jean-Jacques Rousseau. Cet anniversaire ne semble pas, en dehors de sa ville natale, susciter un engouement particulier, ce qui peut surprendre au regard de l’héritage intellectuel multiple qu’il a laissé. Incompris de son vivant, il faut dire qu’il ne l’a guère été par la suite, à commencer par ses laudateurs. Etait-ce vraiment lui rendre l’hommage qu’il aurait aimé, lui le solitaire et l’homme de la nature, que d’arracher sa dépouille de l’ile des Peupliers dans le parc du château d’Ermenonville, où l’avait accueilli le Marquis de Girardin, pour la transférer au Panthéon à côté de celle de Voltaire, son pire ennemi ?

L’apologie de la nature qui ressort de plusieurs ouvrages du philosophe pourrait conduire à faire de Jean-Jacques Rousseau le précurseur et même l’inspirateur de l’écologie moderne. De fait, dans L’Emile ou de l’éducation, n’écrit-il pas : « Laissez longtemps agir la nature, avant de vous mêler d’agir à sa place, de peur de contrarier ses opérations ». Marcel Schneider développe cette thèse dans son livre Jean-Jacques Rousseau et l’espoir écologiste paru en 1978 à l’occasion du bicentenaire de la mort du philosophe. Mais trente ans plus tard, dans son ouvrage L’homme est-il bon ? Une "critique écologiste de la dissociété néolibérale, Alain Adriaens prend le contre pied de cette analyse, écrivant : « Certains, aujourd’hui encore, font mine de penser que les écologistes sont des émules de Jean-Jacques Rousseau car le "bon sauvage" c’est tout ce qu’ils ont retenu de Jean-Jacques et naïveté plus nature, est leur vision étriquée de l’écologie politique. Grosse erreur. (...) Son "bon sauvage", celui qui préexistait. à la société qui l’a salement abîmé, c’est un ours mal léché qui vit seul dans sa hutte ou sa caverne. Rousseau imagine, lui un "contrat social" qui impose à tous les règles du vivre-ensemble ».

Pas sûr en effet, au risque de choquer certains, que le naturalisme de Jean-Jacques Rousseau soit foncièrement politique. Poursuivi et chassé à cause de ses engagements, il trouve dans les dernières années de sa vie un apaisement considérable dans l’étude de la nature et des plantes sauvages. Non seulement il herborise mais il écrit des textes très poétiques sur la nature. Les Rêveries d’un promeneur solitaire sont toutes empreintes de cet émerveillement qui s’associe avec une étude scientifique des plantes. Il écrit parallèlement un Dictionnaire de Botanique, donne, par correspondance, des cours de botanique et invente un système de signes très original qui permet de classer les végétaux par famille. Cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il serait à classer parmi les scientifiques.

« On peut être un grand botaniste sans connaître une seule plante par son nom », avouait-il dans Les Lettres sur la Botanique.

Décidément, Jean-Jacques Rousseau est plus complexe qu’il n’y paraît, ce qui devrait l’exempter tant des excès d’honneur que des procès en indignité dont il est le plus souvent l’objet.

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