Italie : Renzi mène au pas de course une relance sociale-libérale.

Par Amélie Poinssot.

Dimanche 6 avril 2014 // L’Europe

Le nouveau président du Conseil Matteo Renzi continue de tout balayer sur son passage. Il a annoncé un audacieux programme de relance fait de mesures sociales et de réformes libérales, mais dont le financement et le calendrier ambitieux posent question.

Les choses vont vite au Palais Chigi. Depuis qu’il est arrivé à la présidence du conseil, le mois dernier, Matteo Renzi entend amorcer un large « tournant » dans la politique italienne, comme il le dit lui-même dans ses nombreux tweets (#lasvoltabuona). Celui que certains surnomment le « démolisseur » a commencé par déclarer, lors de sa prestation de serment : « La récréation est terminée. » Dans son discours de politique générale, trois jours plus tard, il fustige un pays « rouillé » et une bureaucratie « asphyxiante »...

Le plus jeune Premier ministre de l’histoire politique italienne annonce ensuite, à la mi-mars, un vaste programme de réformes économiques, envoyant au passage quelques formules bien senties à l’attention des institutions européennes. Le plafond européen du déficit budgétaire à 3 % du PIB est « anachronique »  ; le pacte de stabilité est « un pacte de stupidité », déclare-t-il au cours de l’émission grand public « Porta a Porta » sur la chaîne publique Rai Uno. Il ne manque pas alors de brosser les Italiens dans le sens du poil, tentés depuis deux ans par la défiance à l’égard des institutions européennes, alors qu’ils faisaient partie des plus europhiles du continent : « Je suis le président du Conseil d’un pays qui respecte les engagements pris avec l’Europe mais il y a un engagement encore plus grand : la vocation de l’Europe, qui ne doit pas être un ensemble de techniciens sans âme. Dans cette vocation, nous souhaitons être les chefs de file. »

Le programme annoncé se veut en effet un programme choc et prend à rebours les contraintes européennes, ces vincoli europei qui agacent les Italiens. Sur le plan de la diminution des dépenses budgétaires (32 milliards d’euros sur trois ans), il prévoit la suppression de 85 000 postes dans la fonction publique, la réduction d’environ 10 % des salaires des dirigeants des entreprises publiques, et une baisse de 3 milliards d’euros des dépenses militaires. Sur le plan des mesures économiques, il prévoit des allègements fiscaux en faveur des entreprises (baisse de 10 % de la taxe d’apprentissage pour les PME), une coupe de 10 milliards d’euros dans l’impôt sur le revenu – mesure destinée prioritairement aux salaires inférieurs à 1 500 euros mensuels –, et une libéralisation du droit du travail avec l’allongement de la période légale de reconduction des CDD à trois ans au lieu d’un an actuel.

« C’est un mélange de politique libérale et de mesures à destination des plus démunis, qui rapprochent Renzi d’un Blair ou d’un Schröder », décrypte Hervé Rayner, chargé de cours et de recherche à l’université de Lausanne, en Suisse. Pour ce spécialiste de la politique transalpine, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique italienne, c’est un programme à l’image du personnage : « Le personnage de Renzi est plein d’ambiguïtés car au croisement de deux trajectoires. D’une part, il hérite d’une tradition démocrate-chrétienne, du côté de son père mais aussi par son passage par les scouts et son appartenance catholique. Mais d’autre part, il est l’enfant des années 1980, celui qui a grandi dans le déluge publicitaire que connaît alors l’Italie, ce monde berlusconien du divertissement. » D’où une communication qui peut choquer dans les milieux de la gauche, à grand renfort de plateaux télévisés et de conférences de presse animées.

Le programme de réformes de Matteo Renzi ne s’arrête pas là. Le président du Conseil fraîchement investi a également lancé l’immense chantier des réformes administratives et institutionnelles du pays censées, également, réduire le train de vie de l’État. Il s’agit de supprimer les provinces – l’équivalent des départements français –, d’abolir le Sénat tout en le remplaçant par une assemblée d’élus locaux, et de finaliser la réforme électorale dont le but est de dégager plus facilement une majorité au parlement : la loi a déjà été adoptée par la chambre des députés. Le Premier ministre promet en outre le remboursement par l’État des dettes de l’administration publique, qui se chiffrent actuellement à 68 milliards d’euros.
La liste des réformes donne le tournis et sa mise en œuvre, dans un calendrier des plus serrés, paraît bien peu réaliste.

« La suppression de l’échelon des provinces dans le schéma administratif italien va poser d’immenses problèmes de réorganisation, ce n’est pas quelque chose qui peut se faire en quelques mois, c’est une réforme de fond qui peut prendre dix ans, notamment en raison de tous les engagements contractuels en cours de ces collectivités », dénonce Giuseppe Bettoni, chercheur italien enseignant à l’université Tor Vergata de Rome, qui craint, avec cette réorganisation territoriale dont les bénéfices en termes budgétaires « sont surestimés », « un retour au système opaque des années 1980 ». « Il aurait été plus intelligent de réformer le système éducatif, où le secondaire italien dure une année de plus qu’en France, tout comme le système universitaire, qui comprend plusieurs incohérences, tel le master II, pour lequel les étudiants italiens doivent faire une année de plus que leurs confrères européens ! On aurait pu faire là des économies considérables, mais c’était prendre le risque de heurter frontalement les syndicats. »

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