Israël est certain que le peuple français est hypocrite, et sur de lui.

Par Benny Ziffer.

Vendredi 13 décembre 2013 // Le Monde


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Les Français, sont toujours aussi snobs, anti-israéliens et antisémites. Et Jérusalem s’est bêtement laissé flatter lors de la visite officielle de François Hollande.

Qu’il est bon de captiver l’attention d’un président français dans l’arrière-saison ! De se sentir apprécié comme un éclair ou une baguette ! Si j’étais inspiré, je pourrais poursuivre cette chansonnette. Mais c’est en prose que je tiens à dire clairement qu’il y a selon moi quelque chose de presque malsain dans le besoin des Israéliens de se sentir aimés, de sentir que quelqu’un, quelque part dans le monde, a subitement une meilleure opinion d’eux qu’auparavant. Ils y voient un motif de célébration sans limites et épuisent cet amour en dîners, en discours et échanges de compliments. Si bien que la source de cet amour ne tarde pas à se tarir et à revoir ses affections.

A bien des égards, la visite officielle du président français en Israël, la semaine dernière [du 17 au 19 novembre], pouvait être interprétée comme un réveil subit et inattendu de la vieille flamme de l’amour. Le président Shimon Pérès a saisi cette occasion pour faire étalage de sa maîtrise du français, une langue qu’il avait apprise aux beaux jours de la relation entre les deux pays. C’était il y a longtemps, bon nombre des lecteurs de cet article n’étaient pas nés.

Les compliments réciproques ont coulé comme le bon vin lors de cette visite. Comme si nous ne savions pas ce que la France, en tant que pays et en tant que gouvernement, pense réellement de l’Etat hébreu, puissance d’occupation. Comme si nous ne savions pas où se situent ses réelles amitiés. Comme si nous ne savions pas qu’il ne s’agit que d’une coalition d’intérêts, pour ne pas dire une fausse coalition.

Rien n’a vraiment changé en France. Au niveau, tant de ses représentants officiels que de son opinion publique, c’est toujours l’hostilité qui prévaut vis-à-vis d’Israël. Demandez aux Juifs de France qui quittent le pays - quand ils ne l’ont pas déjà fait - pour s’installer en Israël. Ils me paraissent les mieux placés pour dire la vérité : en France, le sentiment anti-israélien et l’antisémitisme sont depuis longtemps indissociables.

Pour nombre d’Israéliens, qui ont du mal à comprendre qu’une l’hostilité européenne puisse tenir à quelque chose d’aussi prosaïque que l’occupation des Territoires, il est tentant de rejeter la faute sur l’importante communauté musulmane installée en France. Mais là n’est pas le problème, car en réalité c’est le président de Gaulle qui dans les années 1960 avait parlé de "peuple sûr de lui et dominateur", désignant ainsi ouvertement Israël, sa politique d’occupation mais aussi le peuple d’Israël dans son ensemble, autrement dit les Juifs du monde entier.

Il y avait quelque chose de terriblement pathétique dans la surenchère d’obséquiosité dont a été couvert l’homme qui a daigné nous honorer de sa présence mi-novembre. Le fantasme israélien, que tout le monde partage, à commencer par le président Pérès, consiste à dire que nous ne ferons rien pour apaiser le reste du monde. Au contraire, nous continuerons à traiter les demandes et exigences des autres pays par le plus grand mépris. Et le monde, hypnotisé par cet inexplicable charme que nous exerçons, nous aimera toujours, même si nous lui crachons dessus.

Ce fantasme reste enfoui dans notre banquise mentale jusqu’à ce que la visite de courtoisie d’un représentant du reste du monde nous en apporte une subite confirmation. que le président français vient nous voir. Voilà que quelqu’un commence à nous aimer ! Et, comme si cela ne suffisait pas, deux jours après s’est Charles Aznavour qui arrive ! Et ce n’est pas tout. Après lui, Julio Iglesias !

Autant de grands admirateurs d’Israël. Tous nous submergent de compliments pour le charmant accueil que nous leur réservons toujours, répétant que les Israéliens est un peuple chaleureux. Et leurs éloges nous parviennent sous la forme d’informations officielles qui nous confirment que quelque chose est en train de changer, que nous ne sommes pas seuls, que peut-être le reste du monde s’est enfin décidé à prendre notre parti et que nous n’avons pas à rendre les territoires occupés aux Arabes car ils ne sont pas dignes de confiance.

Malheur à ces stupidités ! Lors de telles visites de courtoisie, il est tout naturel que l’invité complimente son hôte et le remercie de son hospitalité. J’ai reçu un message débordant de fierté de la part de l’université de Tel-Aviv, m’informant que lors de sa visite le président français avait été enchanté de découvrir l’existence d’un département de littérature française. Ô merveille ! Quelle découverte historique ! Il faut bien connaître les Français et leur mode de vie pour comprendre avec quelle facilité et quelle élégance ils savent offrir des compliments à ceux qui ne sont pas comme eux.

Autrement dit, les gens qui ne sont pas français mais ont de la culture savent lire et écrire et possèdent un département de littérature française dans leur université. Ce qui revient à dire qu’un excès de flatterie est toujours l’expression d’un certain mépris pour l’objet de ces compliments. La plupart des Israéliens ont du mal à déceler ce genre de sadisme raffiné, car bon nombre d’entre eux n’ont jamais appris à apprécier ces subtilités. Quand bien même ils seraient capables de distinguer ces nuances, leur besoin primaire de se réjouir à la moindre miette d’attention jetée en leur direction l’emporte sur tout. Ils sont alors pris d’une sorte de vertige qui leur fait oublier la réalité et les ramène à des jours où toute la ville se préparait pour la visite de l’empereur Guillaume ou du sultan turc. Que pouvons-nous faire de plus que n’ayons déjà fait pour les remercier de ce fragment d’attention ? Allons, léchons donc la boue de leurs pieds et embrassons leurs bottes. Disons bonjour, disons amour, et à la fin Vive la France.

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