Israël : La plus grande incertitude.

Dimanche 30 septembre 2012 // Le Monde

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Drapeau de FranceLa première grande crise internationale à laquelle Hollande pourrait avoir à faire face n’est pas celle de la Syrie mais d’une éventuelle frappe israélienne contre les sites atomiques iraniens.

Le président l’a dit à la conférence des ambassadeurs le 27 août : « la plus grande incertitude tient au risque de prolifération nucléaire et à ses conséquences, aux peurs légitimes qu’une telle prolifération peut inspirer et aux réactions préventives qu’elle peut provoquer, menaçant directement la paix. » Littéralement, Hollande se situe dans la droite ligne de la condamnation de la guerre préventive menée par Ben Gourion en juin 1967 à la suite du blocus égyptien. Le premier qui tire aura tort. Israël argue cette fois comme alors d’une menace existentielle. Mais celle-ci ne vaut qu’en cas de menace imminente de frappe nucléaire de la part de l’Iran et non de la seule possibilité pour celui-ci d’acquérir à échéance plus ou moins rapprochée une capacité nucléaire. Encore une fois, si on lit bien entre les lignes, la France n’approuvera pas un bombardement israélien sur l’Iran.

Ira-t-elle comme en 1967 jusqu’à condamner ? « La France, dit Hollande, comprend les peurs légitimes d’Israël ». De quelle légitimité parle-t-on ici sinon de celle des camps, l’holocauste, Auschwitz ? Une étude israélienne sur les traumatismes liés à l’Holocauste, publiée en 2007, comparait déjà étrangement le camp à une bombe nucléaire « qui disperse ses retombées radioactives en des lieux éloignés, même après l’explosion. » Réciproquement, la bombe iranienne serait semblable au camp dans l’inconscient collectif des enfants de la seconde pu troisième génération.

Qui dit condamnation dit non-assistance. De Gaulle avait immédiatement imposé un embargo sur les armes à destination d’Israël (et des pays de la région), tout en sachant que l’essentiel de l’armement israélien à l’époque était encore français, situation qui sera renversée au profit des Américains. Or les milieux néo-conservateurs américains, qui prônent un soutien total à Israël dans ces circonstances, ont cru déceler une évolution dans la position française depuis l’élection de Hollande : ils semblent désormais convaincus que la France s’associera aux Etats-Unis en cas de représailles contre Israël. Ils avaient sans doute craint qu’il y ait un changement après Sarkozy. ils ont été rassurés : Hollande assistera bien Israël en cas de représailles iraniennes. Téhéran restera isolé. Il n’y aura pas de mouvement international de solidarité en sa faveur, même des non-alignés réunis à Téhéran fin août. Ses affidés, le Hezbollah, voire le Hamas, sont en outre paralysés par la crise syrienne.

Si l’on était Israélien, pourquoi donc ne pas y aller ? Une majorité semble encore réticente à ce qu’Israël y aille seul. Mais chacun sait que dans les prochains mois, les États-Unis ne se risqueront pas à s’engager.

Israël est allé deux fois à la guerre en octobre. Le 6 octobre 1973, la guerre du Kippour lui fut infligée par l’Egypte et la Syrie profitant d’une manière scélérate de la principale fête de l’année juive (elle tombe cette année le 26 septembre). Le 29 octobre 1956, Israël lança la fameuse campagne du Sinaï contre l’Égypte, après la nationalisation du canal de Suez.,.. Français et Britanniques lui portèrent main forte dans les jours suivant. Mais le-président Eisenhower opposa son veto. En pleine élection présidentielle de novembre 1956 où il briguait un second mandat, comme Obama aujourd’hui ! Belle occasion de revanche cette fois pour Israël à la veille du 6 novembre 2012, quelle qu’en soit l’issue.

L’opinion publique israélienne en débat depuis de longs mois. Tout l’été, elle s’est préparée à la résistance passive. Mais en définitive le choix de la guerre ou de la paix repose sur un seul homme, même si la décision est collégiale au sein du cabinet israélien. C’est en cela que Bibi Netanyahou est qualifié de plus en plus souvent récemment de dictateur. Car c’est le moment où, quoi qu’il fasse, qu’il y aille ou qu’il n’y aille pas, il passera dans l’Histoire.

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