Valeurs actuelles

Israël-Hamas. Quelle solution pour Gaza ?

De Tel-Aviv, Maxime Perez.

Vendredi 1er août 2014 // Le Monde

Pilonné par les roquettes du Hamas, Israël réplique durement, mais hésitait devant une offensive terrestre. Prêt à aller jusqu’au bout, Benyamin Nétanyahou espérait une médiation arabe.

En cinq ans et demi, c’est la troisième bataille que se livrent Israël et le Hamas. Ce n’est sans doute pas la dernière. Après Plomb durci (décembre 2008-janvier 2009), puis Pilier de défense (novembre 2012), l’opération Bordure protectrice, déclenchée le 8 juillet, a répondu à un déluge de roquettes tirées la veille par le Hamas et d’autres mouvements islamistes de Gaza. « Le Hamas a choisi l’escalade, il va en payer le prix », promet alors le général Benny Gantz, chef d’état- major de Tsahal.

L’offensive israélienne a d’abord été limitée aux frappes aériennes. Seuls les commandos spécialisés (comme le célèbre Shayetet 13) ont lancé des raids terrestres pour neutraliser les rampes de missiles de longue portée, dissimulées au coeur de zones habitées du nord de Gaza. Après quatre jours de raids intensifs, l’aviation israélienne avait frappé autant de cibles (1200) que pendant les huit jours de l’opération Pilier de défense.

La population de Gaza a déjà payé un lourd tribut à cette guerre : 186 morts et 1300 blessés en sept jours de raids. Israël dit que la situation a atteint un point de non-retour. « Nous sommes engagés dans une bataille de longue haleine et complexe, nos forces sont prêtes à aller jusqu’au bout », assure le premier ministre Benyamin Nétanyahou. S’il fallait durcir la riposte, des dizaines de chars et 40 000 réservistes sont déployés autour de Gaza en vue d’une incursion terrestre que tout le monde redoute. En Israël comme à Gaza.

Ce nouveau conflit intervient sur fond de tensions extrêmes en Israël et dans les territoires palestiniens de Cisjordanie. Le 12 juin, en réponse à l’enlèvement de trois adolescents israéliens près d’Hébron - leurs corps ont été découverts, mutilés, le 30 juin -, l’État hébreu déclenchait une traque générale contre le Hamas en Cisjordanie. En une dizaine de jours, l’organisation islamiste était décapitée : 450 de ses cadres et militants étaient arrêtés et ses institutions caritatives fermaient les unes après les autres. Neutralisé en Cisjordanie, le Hamas voyait s’envoler ses espoirs d’implantation durable, suscités par l’accord de réconciliation signé, le 23 avril, avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Sonné en Cisjordanie, le Hamas est sorti de son silence depuis Gaza : « Si les occupants se lancent dans une escalade ou une guerre, ils ouvriront sur eux les portes de l’enfer. » La mort d’un Palestinien de 16 ans, kidnappé et brûlé vif par des extrémistes juifs du même âge, leur donne l’occasion de souffler sur les braises. Ils rêvent d’une troisième Intifada. Jérusalem- Est s’embrase, en effet, de même que le secteur arabe-israélien en Gaulée, théâtre de violents heurts avec la police israélienne.

Le Hamas a fait ou laissé pilonner sans relâche les localités israéliennes frontalières de Gaza. Au début, Nétanyahou souhaitait éviter un embrasement général. Il avait limité sa réaction militaire, provoquant la colère du camp ultranationaliste. Avigdor Liberman, son ministre des Affaires étrangères, pourtant son allié au gouvernement, fulmine et rompt l’alliance électorale qui avait mené son parti (Israel Beitenou) et le Likoud de Nétanyahou à la victoire, en janvier 2013 : L’Égypte et le Qatar proposaient une trêve acceptée par Israël mais pas par le Hamas.

« Notre réalité quotidienne, c’est la présence de centaines de missiles détenus par une organisation terroriste qui peut décider de les utiliser à n’importe quel moment, et c’est inacceptable. Je ne comprends pas ce que nous sommes en train d’attendre. »

À Gaza aussi, la situation provoque des frictions entre Palestiniens. Le Hamas est pris au piège de la surenchère militaire des autres groupes armés, notamment du Djihad islamique, soutenu par l’Iran. Un bras de fer est aussi engagé entre la direction politique du Hamas, favorable à une trêve, et sa branche militaire, les Brigades Ezzedine al-Qassam, qui privilégie les frappes.

Maîtres de Gaza mais isolés, les islamistes cherchent à redorer leur blason et à regagner la légitimité régionale qu’ils ont perdue. Le nouveau président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, leur a retiré son soutien à cause de leur proximité avec les Frères musulmans, cette opposition interne qu’il est en train d’éradiquer dans son pays. Sissi accuse le Hamas d’être lié à la déstabilisation djihadiste au Sinaï. Il a ordonné la fermeture de tous les tunnels de contrebande du Hamas entre l’Égypte et Gaza. C’est pourtant vers lui que tous les espoirs se tournaient, cette semaine, pour tenter une médiation entre Israël et le Hamas. Nétanyahou se disait prêt à aller jusqu’au bout mais il préférait nettement une négociation, redoutant le prix à payer pour une intervention terrestre aux résultats incertains.

Même privés de voies d’approvisionnement, les islamistes de Gaza disposent encore d’un arsenal impressionnant. Un rapport de l’Aman (les renseignements militaires israéliens) leur attribue des milliers de roquettes Grad de courte (20 kilomètres) et moyenne portée (48 kilomètres), des centaines de missiles artisanaux d’une portée de 80 kilomètres (M-75, R-140) et plusieurs dizaines de roquettes à longue portée (100 à 200 kilomètres), de type Fajr-5 et M-302, livrées par l’Iran et la Syrie. Avec moins d’effectifs que le Hamas, le Djihad islamique aligne des stocks aussi impressionnants.

Au total, les factions palestiniennes de Gaza disposeraient de près de 10 000 roquettes. Un peu moins de 900 ont été tirées en une semaine. Le Hamas et le Djihad islamique cherchent maintenant à frapper le territoire israélien en profondeur, jusqu’à Jérusalem, Tel-Aviv et même Haïfa, à près de 160 kilomètres de Gaza. Ils ont aussi osé prendre pour cible la centrale nucléaire de Dimona, au coeur du désert du Néguev.

Face à ce déluge de feu, la population israélienne peut s’appuyer sur un ange gardien : le système d’interception antimissile Dôme de fer, vraiment opérationnel depuis deux ans. Cette merveille bourrée de technologies ultra-rapides détecte tous les tirs mais ne déclenche l’interception que sur les missiles ou les roquettes susceptibles de frapper des zones habitées. Dôme de fer a pu intercepter 95 % des missiles menaçants.

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