Royaume-Uni.

Impôts : les riches au régime allégé.

Mercredi 11 avril 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceTandis que François Hollande parle d’augmenter l’impôt pour les plus aisés, Londres fait machine arrière en abandonnant son taux marginal à 50% ; Instauré en 2009 il aurait nui aux affaires tout en rapportant peu. La presse conservatrice applaudit.

Pour un chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances) présenté comme un éminent tacticien politique, le dernier budget est un choix très courageux. La décision de George Osborne de réduire le taux maximum d’imposition [à 45 %] est le plus gros pari de sa carrière politique. Le chef du Parti travailliste, Ed Miliband, ne s’est pas privé de décrier un budget pour "les millionnaires" et qui prend les classes moyennes à la gorge. Qu’importe si M. Miliband a tort : le Parti travailliste tirera profit du piège cynique qu’il avait posé en 2009, en sachant fort bien que le taux d’imposition à 50 % ne rapporterait pas grand-chose à l’Etat mais serait extrêmement populaire. [Après la crise financière, le travailliste Gordon Brown avait instauré ce taux exceptionnel pour les revenus annuels supérieurs à 180 000 euros.]

Suicidaire

M. Osborne préfère visiblement avoir raison plutôt que d’être populaire. Il y a trois mois à peine, parfaitement conscient des risques politiques d’une telle mesure, il rechignait encore à supprimer le taux de 50%. Mais le ministre s’est convaincu qu’il découragerait l’investissement. Il juge suicidaire pour le Royaume-Uni d’avoir le plus fort taux d’imposition sur les revenus au sein du G20 alors que le pays a besoin d’un environnement économique favorable aux affaires. La question n’est pas de savoir si quelques banquiers de fonds spéculatifs prennent la fuite en direction de Genève. Certains en ont déjà assez des montagnes et des pendules à coucou. De toute façon, ils ne sont pas assez nombreux pour que cela compte. Le problème est que le moral des patrons est en berne et que les entreprises internationales embauchent partout sauf en Grande-Bretagne. Le PDG d’une société américaine m’a confié récemment qu’il lui était égal, au fond, d’avoir ses salariés basés à Londres ou à New York, mais qu’il était maintenant bien plus difficile de persuader les gens de vivre à Londres. Cela ne concerne plus de 150 000 livres par an, mais également ceux qui rêvent de tels revenus.

Il y a dans l’air un sentiment pernicieux l’impression que le Royaume-Uni n’aime pas la réussite. Ce qui a certainement contribué à paralyser l’économie britannique. Le problème pour notre économie, ce n’est pas le manque de liquidités, mais un déficit de confiance. Les entreprises déposent en banque d’importantes liquidités-ce qui ne leur rapporte quasiment rien aux taux d’intérêt actuels - au lieu d’acheter du matériel, de construire des usines ou d’engager du personnel.

M. Osborne a fini par considérer que le rétablissement de la confiance était essentiel pour l’avenir du pays et de son parti. L’avenir de ce pays, mais aussi celui des conservateurs lors de la prochaine élection, dépend de la croissance économique.

Moins d’impôt, plus de recettes

Il ne sera sans doute jamais possible de démontrer le rôle exact joué par un allégement de la fiscalité pour rétablir la confiance des entreprises. Mais j’ai le pressentiment que cette baisse d’impôts aura de plus grandes répercussions sur le climat des affaires que toutes les autres bonnes initiatives. Je pense également que le chancelier de l’Échiquier partage cet avis. Il sait, en ancien disciple de la courbe de Laffer, qu’un abaissement des taux d’imposition permet souvent d’augmenter les recettes fiscales. M. Osborne n’a pas choisi la solution de facilité. Mais il a indiqué que le Royaume-Uni se faisait de nouveau accueillant pour les entreprises. Il pourrait bien en retirer plus tard le bénéfice.

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