Impasse des migrants

Mercredi 5 août 2015 // La France

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À Calais, c’est déjà la "jungle". À Paris, la menace grandit. Voici la gauche "généreuse" et solidaire aux prises avec la dure réalité.

Déjà ! Ils sont entrés dans Paris, hier les "sans-papiers", aujourd’hui les "migrants", tout aussi clandestins, et revoici les camps de matelas et de couvertures, sous le métro aérien, sous les ponts, parmi les poubelles et les détritus. Qui a bien pu les conduire tout droit dans le XVIIIe arrondissement de Paris, eux qui viennent du Soudan ou d’Érythrée sans parler un mot de français ? Qui leur adonné l’adresse de l’église Saint-Bernard pour tenter de s’y rassembler en leur expliquant que c’était un lieu "emblématique" ?

Il y a près de vingt ans, l’été 1996, c’est déjà là que plusieurs centaines de sans-papiers étaient évacués de l’église qu’ils occupaient, comme il a fallu que le préfet de police les fasse évacuer à trois reprises ces jours-ci de la porte de la Chapelle, de la place Stalingrad, de la place Pajol. Bagarres, grenades lacrymogènes, interpellations, contrôles et relogement, les célibataires à l’hôtel pour quelques nuits, les familles dans des "hébergements de longue durée" (nos soldats n’ont pas eu ce traitement au début de l’opération Sentinelle !). On comprend qu’à peine rendus à la rue, ils reviennent aussitôt sur les lieux interdits pour être relogés de nouveau, toujours à l’hôtel, en appelant les leurs à les rejoindre...

Le XVIIIe arrondissement de Paris est l’un de ceux qui votent le plus à gauche (62,4 % au second tour des municipales) ; il n’est devancé que par le XIXe (64,4%) et le Xe, encore plus à gauche (66 %). C’est donc un arrondissement présumé "généreux" et "accueillant". Et d’ailleurs toutes les associations humanitaires, militants du Front de gauche et des Verts s’y sont précipités au chevet des nouveaux migrants. On se demande tout de même comment ces militants chevronnés ont pu laisser s’installer ces hommes et ces femmes dans des conditions pareilles d’insalubrité, et comment un voisinage d’électeurs de gauche a pu solliciter, à travers ses élus, l’intervention de la préfecture de police. Il a vingt ans, Stéphane Hessel (on se souvient de son Indignez-vous !), qui s’était dévoué pour les sans-papiers de l’époque, affirmait déjà que « la question des sans-papiers ne peut se régler que par l’Europe »...

Devant tant d’arrivées, les associations humanitaires demandent « un site dédié et pérenne pour héberger les migrants qui errent dans la capitale ». Que va faire Mme Hidalgo, maire de Paris (attendue à Québec pour un sommet sur le "vivre-ensemble") ? Va-t-elle appeler ses arrondissements les plus "généreux" à accueillir le "site" en question ou bien va-t-elle d’autorité l’installer au Champ-de-Mars ou au bois de Boulogne ? Les habitants du XVIIIe ne vont pas manquer de lui demander pourquoi ils devraient seuls assumer la charge de ces réfugiés... On l’imagine donc pratiquer chez elle la politique que réclame la Commission de Bruxelles, en attribuant des quotas de migrants par arrondissement, en fonction de la population, du taux d’activité ou des espaces verts....

Voilà enfin nos élus "solidaires" aux prises avec la dure réalité, tenus d’agir et non plus de prononcer des discours, avec un préfet de police qui doit, à son coeur défendant, faire appliquer la loi de la République. Mme Hidalgo n’a pourtant rien à craindre. Ce ne sont pas les votes Front national à Paris qui peuvent la retenir.

Mais elle sait ce qui se passe à Calais. L’envoyée spéciale du Journal du dimanche (7juin) décrit la « lande des migrants », la « new-jungle » (en anglais, cela passe mieux que "nouvelle jungle"), le bidonville reconstitué de 2500 à 3000 personnes, les mêmes qu’à Paris, qui viennent du Soudan, d’Érythrée (où la France n’a jamais mis les pieds), et d’ailleurs... « Un terrain, sans eau ni électricité, ponctué de tentes et de cabanes en bois, recouvertes de sacs-poubelle. Une poudrière. » Caron s’y bat entre ethnies parce que la "jungle" grossit trop vite au rythme des arrivées... Mme Hidalgo sait bien que c’est cela qui la menace à Paris. Les grenades lacrymogènes de cette semaine ne sont qu’une entrée en matière.

Paris, ce n’est pas Calais, c’est la capitale, la vitrine. Les chaînes de télévision sont surplace. On n’accueille pas une conférence mondiale sur le climat et l’environnement en laissant se multiplier petits et grands bidonvilles qu’il faut ensuite démanteler... Mais comment arrêter les flux de migrants qui viennent d’augmenter de 50 % en quatre mois, par rapport à l’année dernière (274 000 entrés illégalement en Europe) ? En bloquant les cargos de passeurs ? Certes, disait Brice Hortefeux, dimanche sur RTL et LCI, mais cette opération suppose l’accord des Européens (à 28), des Libyens (mais lesquels ?), des Nations unies, et donc de Poutine... On espère que le sujet a été abordé pendant le G7.

Ou alors, sans politique de refoulement, les trafiquants de réfugiés ont encore de beaux jours devant eux.

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