Ils veulent tout !

Par FRANÇOIS D’ORCIVAL de l’Institut.

Dimanche 3 juin 2012 // La France

Drapeau de FranceIls ont l’air si gentil ces ministres inconnus qui ont découvert émerveillés les salons dorés de la République ( Salons édifies par la Monarchie). Mais pour quelle raison ont-ils été sélectionnés par ces chevronnés de la politique que sont le président de la République et son premier ministre ? Parce que ce sont des militants et pas des stars des médias. Des militants assidus, persévérants, besogneux, qui travaillaient dans l’ombre au succès de leur parti et qui voient enfin arriver la victoire à laquelle ils continuaient de croire. Ce sont des produits des associations, des organisations, des forums Internet et de ces revues qui constituent ces réseaux d’influence subventionnés sur fonds publics, locaux ou nationaux, grâce auxquels la gauche peut étendre son emprise sur les territoires et les opinions. Ils ont bien compris que la culture précédait l’action.

Et un jour, les militants devenus indispensables apparaissent sur la liste des ministres et ministres délégués ; les voici nommés pour qu’ils s’assurent que les "vedettes" connues du public par le truchement des médias ne se laissent pas trop séduire par les paillettes ni compromettre par les tentations du pouvoir. La charte de déontologie signée par ces ministres, connus et inconnus, n’a pas d’autre signification que celle-ci : derrière l’artifice destiné à l’opinion, il y a une discipline, l’austérité du militant. Ce gouvernement est une équipe de combat au seul service de la gauche et de ses idées.

La composition des cabinets ministériels, lesquels constituent l’épine dorsale du ministère et définissent la politique du ministre, obéit strictement à cette ligne : tout est dirigé par le seul parti désormais aux commandes sous les aspects d’une feinte bonhomie, le parti de l’Élysée et son annexe de Matignon, puisque Martine Aubry ronchonne rue de Solferino, au siège du PS. Voyez comment les choses se passent, Ariane Chemin le raconte dans le Monde (du 22 mai) : « Vendredi [le 18 mai, lendemain du premier Conseil des ministres], on annonçait à la tête du cabinet de Delphine Batho, ministre déléguée à la Justice, l’actuel directeur de la protection judiciaire de la jeunesse [PJJ], Jean-Louis Daumas. Mais samedi matin, alors qu’il s’était déjà mis au travail Place Vendôme, il était remercié. Matignon aurait signifié à Mme Batho que cette nomination était invalidée. »

Jean-Louis Daumas avait une double tare : il avait été le collaborateur de deux gardes des Sceaux de la présidence Sarkozy et nommé par le second à ses fonctions de directeur de la PJJ ; et puis il était incompatible avec la nouvelle garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui ne plaisante pas avec la doctrine : défaire systématiquement ce qu’ont fait Sarkozy et ceux qui ont gouverné avec lui.

Le socialisme "normal" ne fait pas de cadeaux. La question est de savoir si la droite, c’est-à-dire les électeurs de droite, veut lui en faire. Nous aurons la réponse le 17 juin, au soir du second tour des élections législatives. Une victoire de la gauche à l’Assemblée serait en effet un deuxième cadeau fait par la droite à François Hollande, puisque le premier lui a été offert par ces électeurs de droite, du centre et d’extrême droite, qui ont voté blanc ou ont directement voté pour lui. Car il ne pouvait pas être élu par les seules voix de gauche. Ce qui s’est passé à la présidentielle dans la circonscription unique du territoire national va-t-il se reproduire dans les circonscriptions locales où le député sortant appartenait à la majorité de Nicolas Sarkozy ?

La droite ne peut perdre, une nouvelle fois, que par la division et la dispersion de ses propres voix. Ce -qui est admissible au premier tour ne l’est pas au second. À la discipline de gauche devrait répondre la même discipline à droite. J’ai écrit ici même qu’il était regrettable que la loi électorale n’ait pas été réformée en temps voulu pour permettre la représentation des électeurs de Marine Le Pen et des autres. Mais puisque cela n’a pas été fait, et que la gauche s’est adaptée au mode de scrutin majoritaire depuis bien longtemps, il n’y a pas de raison que l’électeur de droite la laisse faire.

À partir delà, inutile de se chamailler sans fin comme dans une cour de récréation pour savoir si c’est lui ou elle qui a commencé. Devant un gouvernement de combat qui ne vise que la victoire totale, l’électeur de droite, encore déprimé par la défaite présidentielle, devrait se demander s’il veut autoriser ou non la gauche, déjà majoritaire au Sénat, dans les régions, les départements, les grandes métropoles, à faire la loi partout, jusqu’à réformer la Constitution ou à vouloir transformer un homme en femme.

À la radio. Le Duel des éditorialistes, le mercredi à 8h50 sur France Info. À la télévision. Choisissez votre camp, le jeudi 31 à10h10 et 14h10 sur LCI.

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