Ils veulent sauver la droite.

Mercredi 30 juillet 2014 // La France

Ronald Reagan avait eu cette formule magnifique : « Les dix mots les plus terrifiants de la langue sont : Bonjour, je suis du gouvernement et je viens vous aider.  » Notre cher premier ministre, qui a déclaré, sur un ton churchillien, au début du mois d’avril, vouloir réformer la France et diminuer le poids insupportable de l’État, a non seulement déjà oublié ses promesses, mais il ferait bien de relire les meilleures formules de l’ancien président américain. Car cela fait maintenant presque trois mois que Manuel Valls a été nommé premier ministre avec pour mission de mettre en musique le prétendu virage social-libérai du président de la République. Et chaque jour qui passe se révèle être une occasion nouvelle de renforcer la place de l’État dans la vie économique, dans le champ social, dans le domaine culturel et même dans la vie privée des Français.

Qu’on en juge. Aux prises avec un violent conflit social qui a paralysé la SNCF, Manuel Valls, au lieu de tenir bon, a cédé aux syndicalistes de la CGT et de Sud-Rail, en confortant le statut des cheminots par le biais de deux amendements passés inaperçus. Le premier permet à ces "enfants gâtés" du service public de bénéficier d’un troisième comité d’entreprise, qui sera une source de gabegie, aux frais des usagers des chemins de fer. Le second a conforté la SNCF comme employeur unique des personnels travaillant pour le rail, qu’ils soient chargés du transport, de la maintenance ou de l’administration. Ces deux amendements, autorisés directement par Matignon, témoignent de la faiblesse de Manuel Valls et de son incapacité à faire front face à une poignée de grévistes. Mais le pire, c’est qu’au lieu de préparer la SNCF à l’ouverture à la concurrence, ils la remettent dans les mains d’un "État nounou", d’un État protecteur et d’un État payeur en dernier ressort.

Même motif et même punition avec le mouvement des intermittents du spectacle, que Manuel Valls a tenté d’interrompre de manière plus radicale, mais sans succès. Parce que les intermittents sont - paraît-il - les représentants du monde de la culture, et que la culture est "forcément de gauche", le premier ministre, fils d’un artiste peintre et époux d’une violoniste, n’a pas tergiversé très longtemps avant de pulser dans les fonds publics pour calmer ce mouvement. Puisqu’il ne pouvait moralement défaire l’accord conclu par les partenaires sociaux sur la réforme de l’Unedic, qui prive les intermittents de quelques avantages pécuniaires, il en a défait l’esprit en prenant dans la poche de l’État ce que l’assurance chômage ne veut plus verser à des "cultureux" dont le talent et l’utilité restent à prouver.

Il ne faudrait surtout pas voir dans ces deux interventions des écarts de conduite de la part d’un premier ministre inflexible. La même semaine, Marisol Touraine a dévoilé une loi de santé publique qui va instaurer le tiers payant généralisé chez tous les médecins. Non seulement cette mesure, que la ministre qualifie "de gauche", va donner un coup d’accélérateur insensé aux dépenses de santé et accroître le déficit de notre chère - très, très chère ! - Sécurité sociale, mais elle va de fait transformer les médecins en agents du service public, directement rémunérés par un État impécunieux. Et les malades seront de plus en plus déresponsabilisés, puisqu’ils n’auront plus à sortir ne serait-ce que 23 euros de leur portefeuille afin de rémunérer celui qui leur aura livré un diagnostic précis, précieux et souvent précipité.

Moins l’État a d’argent dans ses caisses, comme l’a montré le dernier rapport accablant de la Cour des comptes, plus il est endetté de manière dangereuse, et plus le gouvernement continue de le considérer comme une solution aux problèmes du pays. La loi de transition énergétique, présentée la semaine dernière en Conseil des ministres, fait également de l’État le maître du jeu dans tous ces domaines qui relèvent pourtant d’initiatives privées, qu’il s’agisse des ménages ou des entreprises. Et le feu d’artifice de cette semaine a été l’annonce de la prise de participation de 20% dans Alstom, pour près de 2 milliards d’euros, uniquement pour sauver l’amour-propre d’Arnaud Montebourg. Nos dirigeants feraient donc bien de relire ce que disait Ronald Reagan, lors de la grande crise de 1981 : «  L’État n’est pas la solution à notre problème ; l’État est le problème. De temps en temps, nous avons été tentés de croire que la société est devenue trop complexe pour être contrôlée par la discipline de chacun, que le gouvernement par une élite était supérieur au gouvernement du peuple, parle peuple et pour le peuple. Et bien, si personne parmi nous n’est capable de se gouverner lui-même, alors qui parmi nous a la capacité d’en gouverner un autre ? ».

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