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Ils se croyaient intouchables. Sarkozy, le « patron »

FABRICE ARFI ET KARL LASKE

Mardi 4 septembre 2012 // La France

Le 5 juillet 2011, en perquisitionnant les domiciles et bureaux de Thierry Gaubert, le juge Renaud Van Ruymbeke a mis un pied où il ne fallait pas. Gaubert, ami et collaborateur de Nicolas Sarkozy pendant quinze ans, est le dépositaire des premiers secrets du président de la République. L’Élysée est touché, le clan est en alerte.

Brice Hortefeux, un autre intime du chef de l’État, appelle Thierry Gaubert trois jours plus tard, à 12 h 30 : « Alors je te signale que y a Mediapart qui cherche beaucoup sur Ziad », lui dit l’ex-ministre de l’intérieur. « Ah oui ? » semble s’étonner Gaubert. « Beaucoup. C’est très étonnant ce qu’ils ont comme éléments d’information », enchaîne Hortefeux. Gaubert : « Ah bon ? » Hortefeux : « Ils ont retrouvé un déplacement de Charon (Pierre Charon, conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Elysée – ndlr) en 2005, chez Ziad, avec les billets payés et tout ça. C’est… Je ne sais pas comment ils font les mecs, hein. Je ne sais pas comment ils font. »

Brice Hortefeux
Brice Hortefeux©
Reuters

L’ancien ministre de l’intérieur appelle fréquemment le “06” de Gaubert, sans se douter que son ami est sur écoutes. Cette fois, il l’avertit deux jours avant la mise en ligne par Mediapart du premier volet des « Documents Takieddine », le 10 juillet 2011. Les perquisitions ordonnées par le juge Renaud Van Ruymbeke ont provoqué un début de panique chez les Gaubert et, au-delà, dans l’entourage direct de Nicolas Sarkozy.

L’une des filles de Thierry Gaubert, elle aussi sur écoutes, l’annonce à un ami quelques jours plus tard : « Si Sarko, il passe pas en 2012 (…) vraiment, ils sont tous dans la merde. » « Ah, là, je crois que si Sarko il passe pas, ils sont morts », commente son ami. « Ah ouais. Tous », conclut Nastasia Gaubert.

L’enquête Takieddine devient l’histoire d’un clan aux abois. Celui d’un président de la République qui n’ose plus vraiment soutenir ses amis. « Hortefeux est dans la merde. Sarko, il veut même pas l’aider », traduit Nastasia.

Ziad la menace

Le « patron », comme disent Takieddine et Guéant, est lui-même menacé. Le marchand d’armes a personnellement – et publiquement – averti Nicolas Sarkozy des dangers encourus. À l’automne, lors de l’émission Complément d’enquête (France 2), il s’exclame : « Je les tiens tous dans ma main ! Je peux tous les faire tomber ! Tous ! »

Ziad Takieddine (au centre), Dominique Desseigne (patron du Fouquet's) et Thierry Gaubert (en chemise rouge)
Ziad Takieddine (au centre), Dominique Desseigne (patron du Fouquet’s) et Thierry Gaubert (en chemise rouge) © Photo Mediapart

Une semaine plus tard, il va plus loin sur BFM TV : « Je dis au président de la République, je lui suggère : Arrêtez ! Tout de suite ! Puisque vous êtes garant de la Constitution, levez le secret défense sur tous les contrats (…). Franchement, il lui appartient de faire ça tout de suite ! Dans les 24 heures ! C’est digne ! Il est digne ! Il le fera ! » Dans la même interview, affalé dans le canapé de l’un des salons de son appartement parisien de 600 m2, il réclame d’être reçu toutes affaires cessantes par Nicolas Sarkozy : « Il a intérêt. Et la France a intérêt, déclare-t-il. Qu’il me reçoive au moins quinze minutes. »

Takieddine fréquente son entourage depuis presque vingt ans, à l’époque de la négociation des marchés d’armement du gouvernement Balladur avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Proche collaborateur du maire de Neuilly, Thierry Gaubert est alors conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère du budget. Mais il a aussi un bureau au siège de campagne d’Édouard Balladur.

Gaubert et Takieddine ont été présentés par deux piliers de la campagne, Renaud Donnedieu de Vabres et Nicolas Bazire, respectivement conseiller du ministère de la défense et directeur de cabinet du Premier ministre. Ce dernier, intime de Nicolas Sarkozy, sera son témoin de mariage avec Carla Bruni.

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