Il est temps encore de sauver la France et la démocratie.

Pour cela, nous devons changer de république, ou de régime politique.

Lundi 24 mars 2014 // La France


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Il est temps encore de sauver la France et la démocratie

Pour cela, nous devons changer de république, ou de régime politique.

Fonctionnement d’une monarchie parlementaire.

À quoi sert la monarchie ? Le plaidoyer d’un républicain.

Voici un texte édifiant d’un républicain qui fait son "coming out" (comme disent ceux qui ont trop attendu pour avouer leurs fautes) ! Il s’agit d’André Larané, éditeur de Herodote.net, qui s’est confié au site rue 89.

Pour l’immense majorité des Français, la monarchie apparaît comme l’antithèse de la modernité et de la démocratie. C’est au point que le mot « république », contraire de « monarchie », est, en France, employé comme synonyme de démocratie. Peut-on comprendre dans ces conditions que des Européens, aujourd’hui encore, endurent avec le sourire monarchies, carrosses, sacres et couronnes ?

On se gausse volontiers, dans la France républicaine, de ces rituels désuets que sont les fastes monarchiques tels que les mariages princiers que nous avons connus récemment, aux antipodes de notre moderne vision du monde et de la politique. Et chacun de guetter le moment où les Britanniques, par exemple, ouvriront les yeux et se rallieront à la République.

Disons-le clairement, ce n’est pas pour demain, ni même après-demain.

Fausse monarchie, vraie république…

Pour nous défaire de nos œillères et comprendre l’attachement très majoritaire des Britanniques et de quelques autres peuples européens à la monarchie, observons en premier lieu que ces peuples-là comptent parmi les plus démocratiques de la planète, sinon les plus prospères.

Ces peuples d’Europe sont ceux qui mettent le plus en exergue les VALEURS RÉPUBLICAINES.

Ainsi en va-t-il du Royaume-Uni, de la Norvège, de la Suède, du Danemark, des Pays-Bas et du Luxembourg mais aussi de la Belgique et de l’Espagne.

Dans ces deux derniers pays, les difficultés conjoncturelles, liées aux tensions séparatistes (Flandre, Catalogne, Pays basque), seraient très certainement bien plus grandes qu’elles ne sont sans le lien symbolique que représente la royauté :

  • en Belgique, où elle remonte à seulement 170 ans et manque singulièrement de prestige, cette royauté demeure envers et contre tout le ciment qui empêche l’éclatement du pays ;
  • en Espagne, où elle a été rétablie il y a à peine 35 ans, après une tragique éclipse de 45 ans, elle a incontestablement facilité la transition du franquisme vers la démocratie. Et l’estime dans laquelle les Espagnols tiennent le vieux roi Juan Carlos contribue à atténuer les diatribes entre les représentants du pouvoir central et les représentants des provinces périphériques.

En-dehors de ces aspects particuliers, les monarchies européennes nous montrent un fonctionnement démocratique exemplaire et sans bavure.

Si l’on se conforme au discours en vogue aujourd’hui en France, qui confond république et démocratie (comme avec le « pacte républicain », ou les « valeurs républicaines »…), ces monarchies sont des « républiques » au sens où l’entendent les Français. Ou, pour parler le langage des constitutionnalistes, d’authentiques démocraties représentatives. Le roi règne mais ne gouverne pas.

Le souverain est le chef de l’Etat, l’équivalent d’un président de la République. Mais il ne dispose que d’un pouvoir symbolique. Ces monarchies sont donc nécessairement des régimes parlementaires. Le pouvoir y est exercé par le Parlement, lequel est constitué de deux assemblées selon une vieille tradition héritée de l’Angleterre. Ces assemblées votent les lois et en partage l’initiative avec le chef de l’exécutif. Plus important encore, elles désignent la personnalité que le monarque appellera obligatoirement à la tête du gouvernement, pour administrer le pays et mettre en application les nouvelles lois. Il s’agit en général du chef du Parti majoritaire. Une fois nommé Premier ministre, il n’a de comptes à rendre qu’à l’assemblée législative et à la majorité qui l’a mis en place. Si le Premier ministre se montre défaillant ou devient décidément trop impopulaire, son propre parti peut lui retirer sa confiance et le remplacer par une personnalité plus acceptable, dans l’espoir d’éviter une défaite aux élections législatives suivantes, ou bien tout simplement dans l’intérêt de la nation.

« Si Marx était vivant aujourd’hui, serait-il monarchiste ? »

À l’heure la plus grave de leur histoire, le 10 mai 1940, après que l’Allemagne d’Hitler eut attaqué ses voisins occidentaux, les députés anglais ont poussé vers la sortie le Premier ministre Chamberlain, coupable de s’être montré trop accommodant avec le Führer, et l’un des chef remplacé par Churchill.

Plus près de nous, le 28 novembre 1990, Margaret Thatcher a été débarquée par le groupe parlementaire conservateur au profit de John Major, à la suite des troubles ayant suivi l’annonce de du « pool tax “.

On peut discuter de la pertinence de ce régime. Force est de reconnaître qu’il est démocratique, stable… et ouvert au progrès.

Le député travailliste Denis MacShane note que les monarchies européennes sont en général plus avancées dans les domaines social et sociétal que les républiques du même continent. Dans l’édition du 29 avril 2011 du journal Le Monde, il demande avec humour : "Si Marx était vivant aujourd’hui, serait-il monarchiste ?"

Notons que de nombreuses républiques ont également un régime parlementaire, avec un président voué à l’inauguration des chrysanthèmes : Allemagne, Italie, Finlande…

La permanence de la Nation.

En marge de l’aspect politique, on ne peut ignorer l’aspect symbolique de la monarchie. Le souverain représente l’État à l’étranger comme dans toutes les manifestations protocolaires. C’est très pratique pour le chef du gouvernement qui est déchargé de ces corvées. On dit que le président des États-Unis est mobilisé la moitié de son temps par les obligations protocolaires en sa double qualité de chef du gouvernement et de chef de l’Etat.

Plus sérieusement, la personne royale et sa lignée portent témoignage de la continuité de l’Etat. Elles manifestent l’unité de la nation et sa survivance à travers les siècles. Elles contribuent aussi à la cohésion nationale, ce qui est d’une grande importance à l’heure du multiculturalisme.

La fidélité à la couronne et à la personne du souverain est plus facile à admettre de la part des citoyens, quelle que soit leur origine ethnique ou religieuse, que la référence à une "identité nationale" et des "valeurs républicaines" dont on est bien en peine de définir l’essence.

Accessoirement, par son éducation, le souverain se doit de se maîtriser et de rester poli vis-à-vis de ses sujets (même si les écarts ne sont pas rares).

Un décorum monarchique moins coûteux que la présidentielle

D’autre part, en sacrifiant ses ambitions et ses goûts personnels à l’obligation de conserver et transmettre son héritage, il témoigne de ce que chacun, en tant qu’individu, doit se soumettre à des valeurs supérieures. C’est un pied de nez au sacro-saint individualisme contemporain. Difficile de faire plus archaïque…

Détail financier : en dépit des apparences, le décorum monarchique et les dotations dont bénéficient les familles royales pèsent relativement peu sur les finances publiques si on les compare au coût de l’élection présidentielle en France et surtout aux Etats-Unis.

Elles sont par ailleurs sourcées de profits touristiques (c’est particulièrement vrai au Royaume-Uni).

Pour la monarchie des Windsor, comme pour ses homologues d’Europe continentale, le principal défi à venir réside moins dans les péripéties sentimentales (divorces, adultères…), lesquelles ont existé de tout temps, que dans le vieillissement, résultat bienvenu de l’augmentation générale de l’espérance de vie.

Nous risquons de voir, à l’avenir, des grands-pères succéder à des arrière-grand-mères. Pas de quoi ravir les foules. Sauf à imaginé des sauts de génération, avec le désistement des héritiers trop âgés.

De mauvais esprits posent la question à propos du prince Charles, fils aîné d’Élisabeth, qui vient de battre un record familial en portant pendant plus de 59 ans le titre "d’héritier présomptif" (il est né le 14 novembre 1948).

Fausse république, vraie monarchie…

Le plaidoyer ci-dessus n’a d’autre but que d’expliquer l’attachement des Anglais et de quelques autres peuples européens à l’institution monarchique. La question n’est plus en débat en France. Elle a été tranchée par les élections, il y a 130 à 140 ans, et plus encore par le comportement malavisé des prétendants au trône.

Il n’en reste pas moins que l’esprit monarchique planne sur notre Constitution. Il n’est que de lire les commentateurs et les constitutionnalistes pour s’en rendre compte.

Charles de Gaulle, qui a inspiré le texte constitutionnel de 1958, a voulu établir une monarchie républicaine, autrement dit un régime qui donne au Président la prééminence sur le Parlement, avec notamment le droit de provoquer de nouvelles élections législatives. La clé de voûte du système est l’élection au suffrage universel direct du Président, qui rehausse sa légitimité, sinon son prestige.

Le système a fonctionné sans à-coups de 1962 à 1986. À cette date, une majorité législative de droite, opposée à un président de gauche, François Mitterrand, a contraint celui-ci à un gouvernement "de cohabitation".

En 2002, pour éviter le retour de ce genre de désagrément, droite et gauche réunies ont aligné le mandat du Président sur celui des députés (cinq ans au lieu de sept) et fait en sorte que les députés soient élus dans la foulée de l’élection présidentielle.

Il s’est ensuivi un déséquilibre majeur des institutions dont nous commençons à prendre la mesure. En France le président de la République est un dictateur élu !

Du jour où il est élu, le Président ne rencontre plus d’obstacle institutionnel sur sa route. Les députés ne sont pas en mesure de le gêner, car une majorité d’entre eux lui doivent leur siège, et leur réélection dépend de la sienne.

Le Président peut d’autre part user des pouvoirs de nomination que lui donne la Constitution pour former autour de lui une cour d’obligés, jusque dans le camp adverse. C’est un monarque à durée limitée.

L’efficacité est-elle au rendez-vous ? Rien n’est moins sûr. N’étant plus relayées par le Parlement, les aspirations populaires s’expriment sinon dans la rue, du moins de manière feutrée, par le désengagement civique, la culture du cynisme et le contournement de la loi, comme dans tous les régimes peu ou non démocratiques."

Cela nous amène naturellement à la citation des propos pleins de bon sens de Caspar Visser’t Hooft, Pasteur de l’Église réformée de Versailles : 

"La monarchie sert à empêcher les hommes politiques de se prendre pour des rois " !

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