Ibrahim Boubacar Keïta et Yayi Boni

Jeudi 23 janvier 2014, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

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Deux grands Africains m’ont marqué en 2013 : Ibrahim Boubacar Keïta dit IBK a accédé, le 4 septembre, à la magistrature suprême du Mali. Sa victoire est d’autant plus méritée que certains barons de la sous-région misaient sur son adversaire du second tour. D’autre part, personne, au Mali, n’a oublié que l’ambition présidentielle d’IBK fut mise à mal quand il fut poussé vers la porte de l’Adema, en octobre 2000, huit mois, après sa démission au poste de premier ministre qu’il occupait depuis février 1994, alors qu’il était le dauphin du président Alpha Oumar Konaré, qui terminait, en 2002, son deuxième et dernier mandat. Son arrivée au Palais de Koulouba est la preuve que Dieu, le très miséricordieux, sait choisir les siens.

J’ai, également, été impressionné par la présidence en exercice de l’Union africaine (UA) du Béninois Yayi Boni. Alors qu’on lui prédisait une présidence de routine, sans créativité, sans innovation, comme celle de ses autres homologues, il a déjoué tous les pronostics. Il sera très difficile de faire aussi bien que lui à la présidence de cette institution. C’est pendant son passage qu’on a senti que l’Afrique était dotée d’un formidable instrument (UA) pour défendre ses intérêts dans le monde. C’est grâce à son action (bien) relayée au Conseil de sécurité des Nations-Unies par le Togo du président Faure Gnassingbé, que l’intervention française au Mali, décidée par François Hollande, fut un réel succès. On a là, la différence entre une action concertée entre la communauté internationale et l’Afrique (Mali), et une action solitaire, excluant l’Afrique, soi-disant pour instaurer la démocratie, mais, en réalité, menée pour favoriser un agenda caché (Libye).

Boni Yayi parti, la présidence en exercice de l’UA du premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, n’est pas à la hauteur des enjeux. Ce dernier en a (re)fait un club de chefs d’Etat, qui ne sont là, que pour défendre leurs propres et égoïstes intérêts. Sa convocation, samedi 12 octobre, d’une session extraordinaire de l’UA, à Addis Abeba, pour apporter la riposte à la (supposée) chasse raciale » menée par la CPI (Cour pénale internationale) contre les chefs d’Etat africains, donne une idée du nombrilisme qui les affecte. A cela s’ajoute le fait que la Commission de l’UA, présidée par la Sud-Africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, est devenue, comme j’avais averti, en 2012, l’instrument diplomatique au service de la (petite) grandeur de Jacob Zuma. A partir de là, il n’y a plus rien à attendre de ce machin ».

Tout au long de l’année 2013, Afrique Education a dénoncé, avec force, les chefs d’Etat qui ambitionnent de modifier la constitution pour rester au pouvoir. Votre bimensuel en fera de même en 2014. S’il plaît à Dieu, nous défendrons de toutes nos forces, la démocratie et la liberté de presse, y compris dans des pays comme le Congo-Brazzaville où le président Denis Sassou Nguesso, vient d’interdire la parution de six hebdomadaires indépendants, en novembre et décembre 2013 : La Voix du Peuple, Le Glaive et Sel-Piment, ont écopé de neuf mois d’interdiction ferme tandis que La Vérité, le Nouveau Regard et La Griffe, sont suspendus à vie. Ces six hebdomadaires, avaient l’habitude de reproduire des articles publiés sur le Congo, dans la presse internationale, afin d’amplifier l’impact de leur contenu auprès du public. Estimant que cela lui usait beaucoup de tort, Denis Sassou Nguesso les a rayés, purement et simplement, de la liste des lectures des Congolais.

Quand on modifie la constitution, comme il souhaiterait le faire, en catimini (d’où cette sanction contre les six hebdos récalcitrants), on sème les germes de l’instabilité. Le Burundi, le Burkina Faso, le Congo-Brazzaville, deviendraient, tôt ou tard, des pays instables, si les chefs d’Etat des pays concernés, se lançaient dans la périlleuse aventure de la modification de la constitution. Les peuples ne resteraient pas inertes face à un tel hold-up.

Le 30 décembre 2012, alors qu’il présidait aux destinées de l’UA, Boni Yayi s’était rendu, en catastrophe, à Bangui, pour éteindre le feu qui voulait embraser le Centrafrique. Pour y parvenir, il avait réussi à obtenir de son homologue, François Bozizé, de faire comme lui, en annonçant qu’il n’allait plus se représenter à la présidence de la République, comme le lui interdisait la constitution. Pour lui éviter le chômage, Boni Yayi lui avait suggéré de venir vivre au Bénin, où tous les deux, évangélistes de l’Eglise du christianisme céleste, deviendraient des prêcheurs ambulants de la parole de Dieu, à travers tout le pays.

 François Boziz avait marqué son accord avant de se rétracter, quelques jours, plus tard. Conséquence : le Centrafrique est, aujourd’hui, à feu et à sang, à cause de lui. Avant l’entrée de Séléka, dans Bangui, le 24 mars, il avait pris soin de distribuer des armes à feu et des machettes à ses partisans, en dénonçant l’avènement d’un pouvoir musulman dans un pays largement chrétien. A cause de ce discours haineux, la RCA, où s’entretuent les communautés chrétiennes et musulmanes, vit, effectivement, aujourd’hui, dans un chaos indescriptible.

Je conseille aux présidents Pierre Nkurunzinza du Burundi, Blaise Compaoré du Burkina Faso et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, de quitter le pouvoir par la grande porte. Car la désolation qui frappe, aujourd’hui, en Centrafrique, n’arrive pas qu’aux autres. La période où les chefs d’Etat préféraient mourir au pouvoir, est derrière nous. Désormais, ils doivent savoir quitter le pouvoir, pour éviter que le pouvoir ne les quitte. C’est de cette façon qu’ils pourraient, valablement, se racheter par rapport à certains crimes qui leur sont reprochés. En modifiant la constitution, ils aggraveraient, considérablement, leur sort. Car la communauté internationale, n’est plus encline à favoriser une telle manipulation.

C’est, donc, l’occasion de féliciter les chefs d’Etat africains, en fin de mandat, non autorisés à se représenter, qui ont d’ores et déjà annoncé vouloir respecter la constitution de leur pays. La Libérienne Ellen Johnson Sirleaf et le RDCongolais, Joseph Kabila, sont de ceux-là, tout comme Yayi Boni, qui en a parlé à des personnalités mondiales de premier plan. Il s’agit, par exemple, de l’ancien pape Benoît XVI, du président américain, Barack Obama, et français, François Hollande. Dans son discours de fin de mandat de président en exercice de l’UA, à Addis Abeba, il avait, solennellement, invité ses homologues à cesser cette vilaine habitude de toujours modifier la constitution pour se représenter, éternellement, à la présidence de la République. Nul doute qu’en quittant le pouvoir, en 2016, Yayi Boni s’affichera, résolument, comme un homme de paix, de grande responsabilité, et mieux, comme un homme d’avenir sur qui l’Afrique pourra compter en toute occasion.

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