ANNIVERSAIRE DES ACCORDS D’EVIAN

Hommage aux harkis

Mardi 15 mai 2012 // La France

Hommage aux Harkis

Le 22 mars, devait être célébré, avec tout l’appui de la grosse presse progressiste, le cinquantième anniversaire des Accords d’Evian qui mirent fin à 130 ans de présence française en Algérie. Cette célébration est pratiquement passée à l’as.

Et pour cause. L’actualité braquait ses projecteurs sur Mohammed Merah, ce jeune Français de souche algérienne.

Qui fit le lien ? Et, pourtant, il n’est pas douteux qu’il existe. Mohammed Merah est, dans l’esprit d’abord, le petit-fils de ceux qui par l’assassinat et la terreur s’étaient jurés, il y a soixante ans, au nom d’un même fanatisme religioso-idéologique, de « faire plier », de « mettre à genoux », pour reprendre l’expression de Mohamed Merah lui-même, la France, « la République », puisque le langage politique courant confond, de manière abusive, le régime politique et la nation historique.

Alors que la France avait et, surtout, était en train, malgré son régime absurde constitué sur des principes contradictoires, de réussir une oeuvre originale sur cette terre non moins originale d’Algérie, la République, elle, a plié. Non seulement elle a tout cédé, mais encore elle s’est déshonorée en abandonnant lamentablement toutes les populations, non seulement chrétiennes, non seulement juives, mais aussi, mais surtout musulmanes, après avoir fait le serment par la voix de tous ses dirigeants politiques de ne jamais les quitter. Elle a fait pire ; elle les a livrées sciemment au couteau des égorgeurs.. Elle a sali l’honneur du drapeau. La République a commis là un crime irréparable ; cela commence à se savoir.

Pour peu qu’on sache voir l’histoire dans ses continuités, l’affaire n’est pas close. A preuve. La République française ne s’en tirera pas à si bon compte. Ce passé la poursuit. Jusqu’à l’horreur de ces derniers jours. D’ailleurs, n’est-elle pas déjà en train d’abandonner des quartiers entiers de ses villes à la présence menaçante d’une terreur non-dite ? Dont les premières victimes sont les populations qui attendent tout d’une France qui ne sait plus protéger ni ses territoires ni ses citoyens.

Politique magazine a voulu rappeler dans ce numéro, en forme d’hommage, le sort des harkis qui avaient donné leur confiance à la France et qui furent trahis par la plus honteuse des politiques. Honneur à eux et honneur aux officiers et aux soldats français qui respectèrent la parole de la France.

Témoignages sur nos compatriotes et courageux Harkis.

Promesses et abandon

Saint-cyrien, François Meyer à rejoint l’Algérie en 1958, affecté au 23e Spahis, composé de musulmans et d’européens. Après les accord d’Évian, des officiers, dont François Meyer, décident d’organiser eux-mêmes le rapatriement de leurs hommes. Francois Meyer participe alors à l’aventure des « villages du renouveau » et continue d’aider « ses harkis » implantés dans diverses régions de France, notamment en Auvergne.

LE GÉNÉRAL FRANÇOIS MEYER

En 2001, nous avons dû nous battre pour que soient condamnés Jeune Afrique et Péju qui venaient de traiter les harkis de « collabos ». Nous avons gagné, en première comme en deuxième instance. Plus récemment, l’Assemblée Nationale vient de voter un texte pénalisant les diffamations envers les supplétifs de la guerre d’Algérie. Les temps changent ! Pour s’en convaincre, lisons Claude Lanzmann, directeur des Temps Modernes, qui écrit : « Il est nécessaire d’en finir avec les simplifications grossières de la doxa du FLN et de la nôtre qui n’a pas contribué à la recherche et à l’établissement de la vérité ». Les harkis, à qui l’on avait tant promis, méritent bien que cinquante ans plus tard, et dans la vérité, on rappelle leur abandon.

Leur histoire est celle du réel attachement à la France d’une partie des populations d’Algérie. Une histoire de confiance en nos promesses. Et la première d’entre elles était de protéger les leurs : c’est ce qui leur fera prendre les armes. C’est en tout cas ce qu’ils assurent et ce que dit aussi Mohamed Harbi, l’historien algérien, ancien du FLN. Bien sûr, il y eut des enrôlements de tous bords. L’armée française formait des groupes de goumiers pendant que le FLN mettait sur pied des katibas, cherchant surtout à enrôler les anciens militaires, déjà instruits. Nombreux refusaient, qui furent exécutés. Leurs fils vinrent les venger. L’engagement des harkis fut en effet d’abord une réaction sécuritaire, beaucoup plus que le refus d’une évolution politique d’ailleurs silencieusement attendue.

C’est en février 1956 que les harkas seront officiellement créées. Pour ceux qui les ont approchées et qui les ont connues, le courage des hommes qui les formaient ne fut jamais mis en doute : 3 400 d’entre eux trouvèrent la mort au combat. Les pisteurs marchaient en tête ! Furent-ils également fidèles ? Les archives militaires évaluent leurs désertions à 1,4 pour mille et par mois ! Insignifiant.. Combien, enfin, ont-ils été ? 60 000 en janvier 1960, au sein des 200 000 français musulmans à ce moment-là du côté de la France.

De GAULLE NÉGOCIE SECRÈTEMENT...

Tous marchaient à la confiance, se rappelant les promesses officielles. Ils n’avaient pas oublié l’appel solennel du général de Gaulle aux Musulmans : « Venez à la France, Elle ne vous trahira pas » ! Et encore, le 6 juin 1958 à Bône, ou le 16 septembre 1959 à la radio : « Ceux qui voudront rester français le resteront et la France réalisera si nécessaire leur regroupement et leur établissement ». Les chefs harkis écoutaient la radio. Ils y entendirent aussi ce message du Commandant en chef, le 5 janvier 1961 : « Au-delà du référendum d’autodétermination, l armée restera.., et assurera par sa présence le retour à la vie normale ». Ou celui du Ministre des Armées, le 30 mai 1961 : « La France n’abandonnera aucun de ses enfants ! ».

Malgré tout, en 1961, l’anxiété partout s’installait : le général de Gaulle montrait de la lassitude, on négociait secrètement... Le FLN glissait des tracts : « L’heure de la victoire approche... Demain les colonialistes vous abandonneront... Où irez-vous après ? Désertez, abattez vos officiers assassins » !

Malgré tout, les harkis resteront fidèles jusqu’au bout. Leur abandon n’en est que plus indigne.

Pendant les négociations dont on connaissait le climat et l’objet, la protection des harkis aurait dû être le premier souci du gouvernement. Il n’en a rien été. Celui-ci s’est contenté d’une déclaration d’intention - « pas de représailles ! » - assortie d’aucune garantie, ni pratique ni réelle. Dès le mois de novembre 1961, les préfets d’Algérie avaient pourtant avisé le gouvernement que les accords signés avec le FLN ne protégeraient pas les harkis. « Il faudra le leur dire ! ». On ne le fera pas...

LES VENGEANCES COMMENCENT

Le 19 mars 1962, que proposait aux harkis le ministre Messmer ? Soit un engagement dans l’armée - mais ce serait abandonner leurs familles. Soit un contrat de réflexion de six mois et sans armes - mais le FLN avait prévenu que la fidélité coloniale serait punie de mort. Soit un transfert en France, une opération qui n’est alors qu’à l’étude et pour laquelle il faut présenter un dossier... Les harkis, de toute façon, n’écrivent pas. Reste alors le licenciement avec prime. Ce fut le choix de la majorité d’entre eux. Les harkis retourneront dans leurs villages, contrôlés par le FLN. Et commenceront les exécutions. Non, les harkis n’ont pas exercé leur libre arbitre ; ils n’ont eu d’autre choix que de rentrer chez eux.

Le 11 avril, Louis Joxe rappelle que le transfert en France fait l’objet d’études et « qu’il importe maintenant de connaître le plus exactement possible les données du problème ». Il est bien tard ! Les vengeances ont déjà commencé. Suivront ensuite ces messages du 12 mai, de Joxe et de Messmer, interdisant les initiatives de transferts en France et prescrivant de « sanctionner les promoteurs et les complices de ces entreprises ». Pierre Messmer ne reconnaîtra ces directives qu’en février 2002 devant les journalistes du Point...

« De toute manière, écrivait ainsi Louis Joxe le 7 avril 1962, on fera l’effort de maintenir les harkis en Algérie ». On se souvient également des propos du général de Gaulle en Comité des Affaires Algériennes : « Il faut se débarrasser sans délai de ce magma d’auxiliaires qui n’a jamais servi à rien » (3 avril 1962).

Le 26 mai, un camp militaire (le Larzac) est mis à la disposition des rapatriés et le plan envisagé est enfin lancé. Les premiers bateaux quittent Alger et Oran le 13 juin. Mais les harkis auront dû attendre près de trois mois, soumis aux pressions que l’on peut imaginer. Et le 5 juillet, l’Algérie en liesse célébrera l’Indépendance. Commenceront alors ouvertement les enlèvements et les massacres.

Les vengeances recommencent.

Le 20 juillet, malgré les violences, les rapatriements sont arrêtés à la demande de Pierre Messmer. Les camps ont reçu 11 486 réfugiés et ne peuvent en accueillir davantage. Heureusement, le 20 septembre, sur ordre de Georges Pompidou, Premier ministre, tout reprend.

En trois années, plus de 60 000 personnes ont été ainsi rapatriées, soit 60 000 anciens supplétifs environ. D’autres réfugiés arriveront sans transiter par ces camps.

Quant aux victimes des massacres en Algérie, aucune évaluation ne semble possible même si un consensus s’est dégagé entre historiens pour retenir des chiffres allant de 60 à 80 000 personnes.

La France, parant au plus pressé, a d’abord logé les harkis dans des camps, sous des tentes. Certains y resteront deux ans. Seront ensuite créés, en Provence et Languedoc, des hameaux forestiers, à l’écart, hélas, de la société française, et quelques cités urbaines. Manifestement, au lieu de peser de tout son poids sur le pouvoir politique pour que le sort des anciens supplétifs soit réglé décemment et à temps, le haut commandement s’est tu.

Les harkis se sentiront ignorés, sinon rejetés par les Français. Si beaucoup seront plus ou moins bien indemnisés, ils resteront profondément blessés dans leur dignité par l’enfermement et l’absence d’accueil véritable. En famille, ils gardent le silence. Malgré les beaux succès de plusieurs de leurs enfants, un malaise certain s’est peu à peu emparé de leur « communauté ». Et pourtant, depuis 2001, un hommage national leur est rendu tous les ans. Le chef de l’État a reconnu le devoir que la FRANCE a envers eux et le regard des Français semble lui aussi s’être modifié. En revanche, les médias et les livres scolaires peinent à reconnaître toute la dimension de leur histoire.

L’historien Pierre Chaunu rapporte qu’en 1494, les Portugais ayant arrêté les marins de Christophe Colomb qu’ils prenaient pour des pirates, celui-ci s’exclama devant le tribunal chargé de les juger : « Il est de tradition chez les amiraux de Castille de choisir la mort plutôt que d’abandonner un seul de ses hommes ! ». L’armée française, sur ordre, a abandonné les harkis. L’oublieront ils un jour ?

À lire : Pour l’honneur avec les harkis, du général François Meyer avec Benoît de Sagazan, éditions CLD
À voir : www.secoursdefrance.com

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