Mediapart

Hollande saute dans le grand bain diplomatique.

Les surprises du gouvernement : notre dossier.

Mercredi 23 mai 2012 // La France

Ayrault et Hollande, le couple exécutif cherche son équilibre

Trente-quatre ministres et quatre qui ne sont pas socialistes. Il y a comme un air de 1981 dans le gouvernement annoncé mercredi 16 mai, fruit de longues heures d’arbitrages entre le premier ministre Jean-Marc Ayrault et le président François Hollande. Un air de 1981 non pas par les ouvertures aux autres partis (il y avait, en 1981, quatre ministres communistes, après les législatives, et plusieurs radicaux de gauche), puisque nous sommes largement dans une équipe monocolore PS, mais par les quelques innovations réelles qui doivent être notées :

  • La première est la nouveauté des personnalités choisies. Ceux qui redoutaient le retour des éléphants du PS et des partages marqués des territoires selon les classiques grilles de courants en seront pour leurs frais. Seuls cinq des trente-quatre sélectionnés ont été déjà ministre : Laurent Fabius, Pierre Moscovici, Marylise Lebranchu, Michel Sapin, Jean-Yves Le Drian. C’est donc une équipe radicalement nouvelle qui accède aux responsabilités. Les survivants des époques Mitterrand et Jospin cèdent la place à deux nouvelles générations : celle des Vincent Peillon ou Marisol Touraine mais aussi celle des plus jeunes comme Najat Vallaud-Belkacem, Delphine Batho ou Benoît Hamon. Enfin il faut noter de vraies audaces comme, par exemple, la nomination de Christiane Taubira au ministère de la justice.
  • La deuxième est évidemment dans cet engagement de campagne respecté par François Hollande : une parité parfaite hommes/femmes pour les dix-sept ministres de plein exercice et les dix-sept ministres délégués. Au total donc, dix-sept femmes et dix-sept hommes. C’est une première sous la Ve République, bien différente de ce qu’avait tenté en 1995 Alain Juppé, qui devait quelques mois plus tard se séparer de celles qui furent alors affreusement appelées “les jupettes”.
  • La troisième est dans l’architecture gouvernementale elle-même. Les ministres dits d’Etat disparaissent, remplacés par quelques grands pôles et des intitulés de ministères radicalement nouveaux qui font parfois penser à cette étrangeté de l’éphémère ministère « du temps libre » qui avait été créé en 1981 et attribué à André Henry. C’est évidemment le cas du ministère au « redressement productif » attribué à Arnaud Montebourg. C’est également celui de « l’égalité des territoires » pris par Cécile Duflot, seule représentante des Verts avec Pascal Canfin.

Mais c’est aussi des disparitions bienvenues : comme celle de l’immigration qui ne figure plus dans l’intitulé d’un ministère. En 2007, Nicolas Sarkozy fondait son quinquennat avec le symbole d’un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Cette fois, le ministère de l’immigration, après celui de l’identité nationale, disparaît de la nomenclature du gouvernement. Le premier ministre Jean-Marc Ayrault en revient au schéma républicain classique tel qu’il préexistait précédemment à droite comme à gauche. Les étrangers et les immigrés sont de nouveau considérés comme des personnes confrontées aux mêmes problématiques économiques et sociales que tout un chacun.

Cela ne donne à ce stade aucune indication sur la ou les tutelles à venir des administrations chargées des questions d’asile, d’immigration légale, de police aux frontières et d’intégration. Relèveront-elles du ministre de l’intérieur, Manuel Valls, et seront-elles de ce fait uniquement et strictement associées aux affaires de sécurité intérieure ? Seront-elles éclatées, comme elles l’ont longtemps été, entre le ministère de l’intérieur pour la gestion des entrées et des sorties du territoire, les affaires sociales pour l’immigration professionnelle, familiale et étudiante ainsi que pour l’intégration et le Quai d’Orsay pour l’asile ?

La quatrième surprise est évidemment une absence. Celle de Martine Aubry qui a choisi de rester à l’écart du gouvernement. « C’est d’un commun accord, cela a été chaleureux, amical et solidaire », a assuré mercredi soir le premier ministre Jean-Marc Ayrault. Voulant Matignon ou rien, Martine Aubry a pris acte et a choisi de retourner à Lille. Son maintien à la tête du PS jusqu’au prochain congrès, en octobre 2012, est acquis.

Au bout du compte, ce premier gouvernement Hollande, qui devrait en toute logique être réaménagé dans un mois à l’issue des élections législatives, surprend par une diversité réelle qui promet également de sérieux débats. Royalistes, fabiusiens, aubrystes, hollandais y sont représentés mais c’est d’abord les différences de personnalités, de caractères et de convictions qui semblent l’emporter. Président du groupe socialiste durant quinze ans, Jean-Marc Ayrault est un vieux routier des débats agités, des désaccords féroces et des convictions antagonistes. C’est aussi ce qu’il devra gérer dans un gouvernement qui représente la variété du parti socialiste et ressemble à un mini-groupe parlementaire.

Ci-dessous et pages suivantes, le détail des ministères et des personnalités (la liste officielle est sous l’onglet "Prolonger").

Ministre des affaires étrangères : Laurent Fabius

Laurent Fabius 2012 Il est l’insubmersible, l’indestructible, celui dont la puissance de feu – ou « capacité de nuisance », disent beaucoup au PS – reste intacte malgré les années. Premier ministre de François Mitterrand, ministre de Lionel Jospin, Laurent Fabius après s’être beaucoup essuyé les pieds sur François Hollande, qu’il nommait « Fraise des bois », arrive donc en tête de ce gouvernement dans l’ordre protocolaire. « Nous avons besoin d’expérience », avait dit François Hollande en évoquant il y a quelques semaines un futur gouvernement et sans citer explicitement le nom du député de Seine-Maritime.

Celui qui porta la campagne de Martine Aubry – « Hollande président, on rêve ! » avait-il fait savoir – durant la primaire socialiste hérite donc d’un ministère prestigieux : les affaires étrangères. Les mauvaises langues y voient une sorte de neutralisation par l’exil : au gouvernement certes, mais sorti du jeu de politique intérieure par ses fonctions qui l’amèneront d’abord à être à l’étranger. Les autres remarquent les nombreux gages donnés par Laurent Fabius durant la campagne, son travail sur le calendrier des réformes la première année du quinquennat, ses nombreux voyages à l’étranger pour préparer les chancelleries à une alternance en France.

Fabius porte-t-il une politique étrangère particulière ? Sans doute pas. Mais il fut l’homme du “non” au référendum de 2005 sur le projet de constitution européenne et a voté contre le traité de Lisbonne. Il effectua il y a quelques semaines un voyage glacial en Chine, qu’il quitta précipitamment, mécontent de ne pas être reçu à haut niveau. Pour le reste, c’est d’abord son expérience et sa connaissance de l’appareil d’Etat qu’il apporte dans un Quai d’Orsay aujourd’hui affaibli en profondeur par les coupes budgétaires de ces cinq dernières années et le mépris affiché par Nicolas Sarkozy envers ses ambassadeurs et l’ensemble des fonctionnaires du Quai.

Ministre délégué aux affaires européennes : Bernard Cazeneuve

Le député de Cherbourg, spécialiste de la défense, rapporteur de la mission parlementaire sur l’attentat de Karachi, hérite des affaires européennes comme ministre délégué. Il n’en est pas à proprement parler un spécialiste. Proche de Hollande, il fut lui aussi, comme Laurent Fabius, un partisan du “non” au référendum européen de 2005 et a également voté contre le traité de Lisbonne. C’est ainsi un signe fort adressé aux autres pays européens : les partisans du non sont désormais les acteurs principaux de la nouvelle politique européenne.

Ministre déléguée aux Français de l’étranger : Yamina Benguigui

Rare figure issue de la société civile à être entrée au gouvernement, Yamina Benguigui, 55 ans, est réalisatrice, productrice et écrivaine franco-algérienne. Elle a signé plusieurs fictions et documentaires, parmi lesquels Mémoires d’Immigrés (1997) et 9/3. Mémoire d’un territoire (2008). Salué par la critique, ce dernier film retrace l’histoire de la Seine-Saint-Denis du milieu du XIXe siècle à nos jours. Il a reçu en 2009 le Globe de Cristal du meilleur documentaire.

Depuis 2008, Yamina Benguigui est adjointe à la mairie de Paris, en charge des droits de l’homme et de la lutte contre les discriminations. A ce titre, elle a initié et poursuivi au sein de sa délégation l’organisation du Forum pour l’emploi des jeunes, aux côtés de Christian Sautter, adjoint au maire de Paris. Elle est également conseillère municipale du XXe arrondissement.

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