Mediapart

Hollande : pourquoi ça ne marche pas.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

Mardi 14 mai 2013 // La France

Notre série, un an à l’Elysée

Pas de bougies pour le 6 mai. Un an pile après l’élection de François Hollande à l’Élysée, le deuxième président socialiste de la Cinquième République, les ministres ont été convoqués à une réunion de travail à l’Élysée. Le chef de l’État les a incités à « maîtriser le temps » en attendant que les « réformes » de structure engagées « change(nt) le visage de la France, profondément » « Il revient au gouvernement de maîtriser ce temps, a dit Hollande à ses ministres. Ce n’est pas le retenir, c’est au contraire l’accélérer. Ce n’est pas simplement de défendre un bilan, c’est être à l’offensive. Un an, c’est court mais quatre ans ce n’est pas long. »

Le cœur n’est pas à la fête : une impopularité au plus haut, un gouvernement accusé d’organiser l’austérité, une économie au bord de la récession, un millier de chômeurs de plus chaque jour.

Séminaire à l'Elysée, 6 mai 2013
Séminaire à l’Elysée, 6 mai 2013© Présidence de la République

Face à cette réalité sociale déprimante, le gouvernement offre fréquemment le spectacle de sa division, donne l’impression de se hâter avec lenteur alors qu’il détient tous les leviers de l’État. Et, plus grave, de ne pas savoir où il va. « Il reste quatre ans, on va faire quoi ? » entend-on dans les ministères. L’affaire Cahuzac et son blast déflagratoire a achevé de donner à ce pouvoir qui commence juste des allures de fin de règne.

« Ne soyez pas si pressés. » « Les médias et les Français, vous devez vous sevrer du rythme sarkozyste ! » En août 2012, sous le soleil de La Rochelle, les socialistes réunis pour leur première université d’été post-victoire réclamaient un peu de temps. Ils en convenaient : le rodage avait été compliqué, le discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault avait déçu, le mois de juillet au Parlement n’avait pas été très actif. L’été avait été marqué par les expulsions de camps de Roms, drôle de signal trois mois à peine après la victoire de la gauche. Promis : on allait passer à une autre phase. Apaiser le climat du pays, travailler au « changement » promis.

On attend encore. « Couacs », « cacophonie », « manque d’autorité », écrivent souvent les journalistes. Des raccourcis médiatiques pour décrire les vraies fragilités du pouvoir hollandais. Comment expliquer ce sentiment que rien ne se passe, alors que les ministères travaillent et que le Parlement a voté 35 lois depuis juillet (hors conventions internationales) ? Comment expliquer ce sentiment que le gouvernement n’a pas de cap ? « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », disait Martine Aubry au sujet de François Hollande pendant la primaire socialiste. Le loup est encore là. François Hollande se définit comme un social-démocrate mais semble surtout mener les réformes au fil de l’eau, entre mesures pro-patrons et quelques symboles sociaux. Le chef de parti qu’il reste se garde bien de préciser sa ligne.

« On n’est plus dans la même logique que Nicolas Sarkozy, évidemment, note Pascal Durand, le secrétaire national EELV, qui a deux ministres au gouvernement. Mais où sont les réformes structurelles pour un changement réel d’orientation ? Je ne les vois pas. Et qu’est-ce qui empêche de faire ? »

À tous les étages du pouvoir, ce genre d’interrogations est récurrente. Nous avons donc tenté de comprendre « ce qui empêche de faire ». En dressant, pouvoir par pouvoir, une sorte de cartographie d’un pouvoir socialiste qui dysfonctionne. Tentative de décryptage d’une année où Hollande a (presque) tout raté.

Majoritaire ?

« Je ne suis plus président socialiste, je suis un chef d’État français. » La mise au point date d’il y a quelques semaines, sur France 2. Elle a déprimé bien des parlementaires, mais résume l’état d’esprit du chef de l’État. François Hollande se voulait le président de compromis et de l’apaisement post-Sarkozy.

Son goût de la synthèse (éprouvé par dix ans de gestion des courants du PS) a été renforcé par les conditions de son élection. « Le rapport de force nous est défavorable, théorise François Rebsamen, le président du groupe PS au Sénat, proche de Hollande. Il nous est défavorable en Europe. La victoire à la présidentielle était limite-limite. Et immédiatement derrière il y a la crise qui continue, la séparation de la gauche avec une gauche protestataire qui n’est pas au gouvernement et ne le soutient pas. Il faut faire avec cela. Dans ces conditions, il n’est pas interdit d’être habile. Il faut contourner : pas se renier, mais savoir reculer. »

Quitte à ne plus parler à son propre camp lorsque François Hollande donne le sentiment de tendre vers les options économiques d’un François Bayrou. Ou quand il reçoit à l’Élysée les opposants au mariage pour tous, quitte à légitimer leur protestation.

Alors que sa gauche parle d’audace, de courage, et de « renverser la table » en France et en Europe, François Hollande est persuadé que la victoire du 6 mai 1012 repose davantage sur l’antisarkozysme que sur une revanche idéologique sur la droite (lire notre analyse lors du congrès du PS). Et que la bataille culturelle est difficile à mener dans une France qui se replie sur soi et se droitise. Le chef de l’État est ainsi bien plus soucieux des zones périurbaines et des territoires grignotés par le Front national, et ses accents se veulent très républicains.

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