Hollande, par abstention... Non aux Républicains ! Oui aux Royalistes.

La gauche ne gagne que par défaut !

Jeudi 11 juin 2015 // La France

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Tout est prêt, rien n’est joué. Les congrès des deux camps en présence sont bouclés. François Hollande tient le sien (celui de Poitiers), il n’aura pas de primaire à affronter avant la présidentielle. Nicolas Sarkozy tient aussi le sien, mais il aura sa primaire, c’est toute la différence. Depuis l’Élysée, avec l’ensemble des moyens à sa disposition, sans omettre l’intimidation judiciaire, le candidat de la gauche n’a qu’une campagne à conduire d’ici au mois d’avril 2017 ; à droite, le candidat, quel qu’il soit, en a deux à mener, la première jusqu’à la primaire, et la seconde, une fois sa désignation, pour se qualifier au second tour de la présidentielle. Parcours d’endurance et d’obstacles, mais la primaire peut aussi être un temps de préparation et d’effort unique pour tenir jusqu’à la finale en revenant sur l’appellation de « l’ancienne UMP ».

François Hollande est entré en campagne le 19 mai à Carcassonne, trois ans, presque jour pour jour, après son investiture à l’Élysée. Pour mieux marquer ce début de campagne, il a tenu à citer son discours du Bourget, de janvier 2012, lequel avait lancé sa course présidentielle. Au-delà de ses efforts de justification (Présider la République », répète-t-il quatre fois, c’est décider et choisir, en forme de réplique au pitoyable « moi président ») , son discours de Carcassonne se révèle aussi stratégique que celui du Bourget : en 2012, il attaquait sa campagne par la gauche (Mon adversaire, c’est la finance ») , comme François Mitterrand en 1981 ; mais, en 2015, ne pouvant plus rien espérer de sa gauche radicale, il vire au centre, comme Mitterrand en 1988 (l’époque du "ni-ni") : mon ennemi, c’est le déclin ; l’avenir, c’est la compétitivité, etc. Et le voilà qui enchaîne des mots plutôt inusités à gauche : histoire, nation, résistance, confiance, fierté, travail, réussite... « Je me retiens... ».

Au Bourget, il armait ses troupes ; à Carcassonne, il cherche à désarmer non pas seulement les déçus mais les hésitants qui ont perdu confiance. Il n’espère plus l’adhésion - ce qui n’aurait guère de sens quand 78 % des Français se détournent de vous (dernier baromètre Ifop-le JDD) ; il vise l’abstention par indifférence. Ici, le vote intervenu au parti socialiste, le 22 mai, avec les quatre motions préparatoires au congrès, est très caractéristique du succès de cette stratégie : sur les quelque 130000 adhérents du parti socialiste appelés à voter, un sur deux ne s’est pas déplacé, ne laissant que 65432 votants. Cambadélis, le porte-drapeau de la ligne Hollande-Valls, a réuni 60 % de ces votants. Et qu’a-t-on entendu ? Que c’était une grande victoire, avec enterrement des frondeurs et autres récalcitrants ! Mais, tout de même, ce succès (qui verrouille le congrès de Poitiers) ne repose que sur un peu plus du tiers des adhérents socialistes... Ainsi, Hollande gagne haut la main - par abstention ! Et il a bien l’intention de poursuivre ainsi. Après avoir enterré les frondeurs, il est en train de casser les Verts en deux, en rendant Duflot inaudible et uniquement malade mentale.

Il ne s’interdit rien : voyez la manoeuvre qu’il vient d’exécuter (lui qui se prétend au-dessus de la mêlée !) pour les prochaines élections régionales en Île- de-France. Ce n’est plus du discours, mais de l’action de détail. L’Île-de-France, c’est une vitrine politique, la première des régions, la plus en vue. Hollande a su conserver Paris avec Mme Hidalgo ; il n’allait pas laisser filer l’île-de-France avec M. Huchon (dix-sept ans de mandat !) que Valérie Pécresse s’apprêtait à battre. Il a escamoté Huchon, l’a remplacé par Claude Bartolone, "patron" de la Seine-Saint-Denis (et président de l’Assemblée nationale), et voilà le jeu redistribué. Un défi pour Sarkozy. Qui ne rêve que de prendre l’île-de-France à Hollande. Mais comment ? Une seule liste d’union (UMP-Républicains et UDI) ou deux listes, de la droite et du centre UDI ? Union ! tranche Sarkozy. Sauf que l’UDI y met des conditions...

Cette affaire de l’île-de-France illustre le dilemme de Sarkozy. Lui ne peut pas, comme Hollande, jouer sur l’abstention. Il a besoin d’adhésion, de soutien et d’élargir sa base. Depuis son élection à la présidence de l’UMP, il a passé l’essentiel de son temps à pacifier et à reconstituer une machine pour la mettre en ordre de bataille, au point de faire approuver en moins de trente-cinq minutes la composition de son bureau politique par tous ses ténors, de Juppé à Le Maire, de NKM à Fillon. Il se trouve maintenant devant la même exigence qui était celle de Hollande au Bourget, en 2012, quand celui-ci prit sa campagne par la gauche. Lui ne peut attaquer que par la droite pour aller jusqu’au centre - en se sachant guetté par le troisième acteur de ce jeu à deux, Marine Le Pen. Le congrès des nouveaux Royalistes ne réservait qu’une surprise : le discours de Paris de Sarkozy, en réponse à celui de Hollande à Carcassonne.

 

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