Hollande le coup de pompe.

Vendredi 17 mai 2013 // La France

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L’avenir s’assombrit pour le président français : la crise économique s’aggrave, les scandales empoisonnent le climat et le fossé avec l’Allemagne s’élargit. Une situation qui rappelle les années 1930 ? Sans réaction, François Hollande semble vouloir laisser passer l’orage.

En Allemagne ce sont les années 1920, en France les années 1930, mais dans les deux pays ces époques sont considérées de la même façon : annonciatrices de troubles à venir. La crise économique mondiale avait frappé la France plus tard que d’autres pays, mais elle n’en avait été que plus brutale. La situation socio-économique avait été aggravée par une crise politique et morale. Les réformes s’étaient enlisées, et les gens, écœurés par les "affaires" et les scandales, s’étaient tournés vers les extrêmes, à gauche comme à droite. Le peuple avait sombré dans le désespoir.

Aujourd’hui, nombreux sont les Français qui éprouvent une sensation de déjà-vu. Il est frappant de constater à quel point les observateurs ont recours ces temps-ci à des analogies avec les années 1930 pour faire peur à la nation. Une fois de plus, la crise économique et financière semble aller de pair avec la déchéance politique et morale.

Une fois de plus, beaucoup de gens, écœurés, se détournent des forces politiques traditionnelles au profit des extrêmes. Et une fois de plus la France sombre dans un pessimisme infiniment plus dangereux que l’absence de croissance et le chômage à 10%.

Les derniers scandales en date, en particulier les mensonges éhontés de l’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, n’ont fait qu’empoisonner un peu plus l’atmosphère. Au pessimisme s’ajoute désormais la rancœur. Un mélange explosif. C’est maintenant que l’on aurait besoin du président. Ce serait à lui de montrer la voie aux Français. Or que fait François Hollande ? Il hoche la tête et attend des jours meilleurs. C’est ce que beaucoup pensent, tant en France qu’à l’étranger.

Ce n’est pas tout à fait juste, car Hollande, à sa façon prudente et mesurée, a accompli bien des choses. Son programme cette année comprend la réforme du marché du travail, du système de retraite et de la politique familiale, autant de dossiers épineux. Mais il ne parvient pas à donner une orientation d’ensemble à sa politique. On voit mal quelle France il souhaite vraiment, et dans quelle Europe. Il faudrait pourtant que les citoyens sachent au nom de quoi ils doivent accepter de faire des sacrifices.

On reconnaît les grands politiciens, pour ne pas dire les grands hommes d’Etat, au "récit" qu’ils brossent de leurs propres agissements, et qui leur donne du sens. Charles de Gaulle promettait la "grandeur" aux Français. Helmut Kohl était le "chancelier de l’unité". John F. Kennedy s’était mis en scène comme le jeune rénovateur des USA. D’autres, quoique de moindre envergure, ont su le faire également : Nicolas Sarkozy garantissait une "rupture" avec la République poussiéreuse de Chirac ; Angela Merkel se bat comme une "ménagère Souabe" pour un budget solide au sein de la zone Hollande ? Rien. Ce serait encore quelque chose.

Certes, le président est dans une situation difficile. La Constitution et le peuple gaulois lui attribuent un rôle écrasant, conçu autrefois par de Gaulle. Le chef de l’Etat doit non seulement incarner la nation, mais aussi la guider, la sauver, et lui servir d’inspiration. Ce qui, de nos jours, est trop demander, car depuis l’époque du Général la souveraineté nationale s’est recroquevillée. Les frontières ont disparu, l’économie et les finances se développent à l’échelle planétaire. La monnaie est battue non à Paris, mais en Europe. Conséquences : l’homme de l’Elysée ne peut plus que rarement prendre en main le destin de son peuple, et ne peut donc que décevoir ; Sarkozy aussi en a fait l’expérience.

Sauvons le président. A long terme, la République va devoir envisager de répartir le pouvoir qu’il lui reste sur diverses épaules, pour qu’un individu ne se retrouve pas à incarner seul de trop grands espoirs. En revanche, à moyen terme, il va falloir qu’elle s’en sorte avec ce président-là. Cela vaut également pour l’Allemagne et l’Europe, lesquelles ont intérêt à ce qu’Hollande réussisse. L’Union européenne et son euro peuvent encore financer une banqueroute chypriote, voire une Italie coincée. Mais une France paralysée qui se complairait dans sa morosité finirait à la longue par la détruire. Par conséquent, un seul mot d’ordre : sauvons Hollande !

Il pourrait être utile de remettre en branle le tandem franco-allemand. Extérieurement du moins, depuis l’élection d’Hollande, il donne l’impression d’être figé - au détriment des deux pays. Seule, la France est trop faible pour diriger l’Europe. Paradoxalement, l’Allemagne, elle, est trop forte pour prendre seule la tête de l’UE. Une Allemagne dominante entraîne l’hostilité des autres peuples. La déplorable colère que suscite Berlin en Grèce et en Italie montre que l’Allemagne doit au plus vite se trouver un partenaire afin que les responsabilités soient partagées. Et il n’y a que la France qui soit capable de jouer ce rôle.

L’histoire du siècle dernier n’est pas en train de se répéter. Les Etats d’Europe ne vont pas de nouveau s’entre-déchirer dans une guerre fratricide. Mais, si l’on ne tient pas compte de ces signes avant-coureurs, ce sont d’autres catastrophes qui guettent les Français, les Allemands, et tous les Européens.

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