Hollande l’illusionniste.

Mardi 23 juin 2015 // La France

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À défaut de pouvoir défendre un bilan, le président, plus que jamais, s’en remet à la communication pour masquer ses échecs.

 « On est troisième aux départementales, on a perdu les campagnes et les usines, il n’y a plus que les bobos des centres-ville qui votent pour nous, mais c’est pas grave, on fait une émission qui s’adresse uniquement aux bobos des centres-ville. » C’est le constat amer que dressait un conseiller ministériel quelques jours avant que François Hollande ne s’offre deux heures d’antenne sur Canal Plus, un long dimanche de vacances. Sans prendre le risque d’être démenti.

Bilan de cette nouvelle opération de coin ? L’enthousiasme d’un Manuel Valls, ravi de cette « occasion de mieux découvrir l’homme [qu’il] conna[ît] : déterminé, cohérent, au service des Français ». La déception et le scepticisme des Français qui, élection après élection, enquête d’opinion après enquête d’opinion, n’en finissent plus de désavouer l’action du chef de l’État et n’ont pas de temps à perdre à regarder François Hollande commenter, en spectateur de lui-même, le triste spectacle de ses trois premières années de mandat.

Dans le dernier baromètre de l’Ifop pour le JDD, le président perd 4 points. Seuls 21 % des Français se montrent encore satisfaits de François Hollande. La chute est encore plus sévère parmi les sympathisants socialistes. Ils étaient 70 à se déclarer satisfaits de l’action du président en mars, ils ne sont plus que 57 % dans son propre camp en avril. La parenthèse "Charlie", qui lui a valu de respirer pendant quelques semaines, est, depuis, largement refermée. Son socle de base s’effrite. D’ici peu, François Hollande ne manquera pas de retrouver l’impopularité historique qui fut la sienne. Il pourra compter sur les doigts d’une main ses derniers fidèles.

Mais le plus étonnant, c’est qu’il ne semble pas s’en émouvoir. Ou si peu. Comme imperturbable aux événements. Comme tellement habitué aux déroutes qu’il n’en tire plus de leçon. Sa maison s’effondre, mais il n’a de cesse de vouloir voir plus loin. Ailleurs. On lui montre un reportage à Grenay, petite commune du Pas-de- Calais de 7000 habitants qui, en 2012, avaient voté massivement pour lui, à hauteur de 70 %. Aujourd’hui, ces mêmes électeurs, déçus, en colère, se réfugient dans l’abstention, quand ils ne votent pas Front national au point d’en faire élire des conseillers départementaux.

Mutisme de François Hollande. Silence embarrassé du président. Explications convenues : « Ils ne croient plus au système de décision, à l’Europe, au monde.« Que dois-je faire ? », interroge encore le président sans apporter de réponse. Mais dans ce silence télévisuel, personne n’a pu s’empêcher d’entendre "rien", quand bien même François Hollande s’employait à démontrer qu’il était sur le pont, aux commandes, maintenant le cap alors même qu’il tourne en rond depuis trois ans.

À dire vrai, François Hollande et son gouvernement sont pareils aux naufragés du Kon-Tiki, du nom de cette expédition de six Scandinaves qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, construisirent un radeau de balsa avec des moyens résolument "préhistoriques", histoire de prouver au monde que la civilisation de l’île de Pâques et de la Polynésie orientale était directement issue du grand Empire andin qui avait précédé celui des Incas... Ils sont à la dérive, portés par des vents contraires et ballottés par une mer agitée, contraints d’attendre qu’un courant porteur conduise leur radeau à bon port. Le président est condamné à tenter de convaincre qu’il y croit encore pour ne pas désoler son équipage et contenir les éventuels mutins. Mais il est surtout désespérément dépendant d’éléments qu’il ne maîtrise pas. La croissance, l’emploi sont autant de terres inconnues qu’il rêve d’atteindre, sa Polynésie orientale... La baisse de l’euro et du prix du baril de pétrole, conjuguée à des taux d’intérêt historiquement bas, constitue le courant porteur qui va lui permettre d’atteindre la terre ferme, espère-t-il. On a connu aventure politique plus rassurante.

Pour maintenir l’illusion de son pouvoir, François Hollande en est réduit à de piètres opérations de communication : un entretien au magazine Society où il se garde bien de parler de son bilan, préférant se livrer sur sa charge ; un passage à Canal Plus pour soigner le lien avec un public jeune et branché. À défaut de grandes annonces, des petites retouches qu’il peine à faire passer pour des réformes. Une politique des petits pas qu’il met en scène comme s’il s’agissait à chaque fois de révolution. Pas certain que le président dupe encore longtemps son monde et que les commentateurs lui fassent crédit de ces gesticulations.

Déjà, l’opposition est vent debout. C’est Laurent Wauquiez, le numéro trois de l’UMP, qui moquait sur RTL la prime d’activité pour les jeunes de moins de 25 ans et le dispositif zéro charge pour les apprentis. « Le premier sujet, avant de s’occuper de la prime d’activité, c’est que l’on s’occupe d’emplois pour les jeunes », estime le député de Haute-Loire et maire du Puy-en-Velay, toujours prompt à dénoncer ce maquis d’aides dans tous les sens » qui « enfonce le travail dans l’assistanat ». Et de regretter que « l’économie française soit l’une des seules â ne pas redémarrer en Europe, avec un président de la République passif qui gaspille d’un claquement de doigts 4 milliards d’euros » qu’il n’a pas.

François Hollande a beaucoup déçu. Reste encore le maquillage. Les vieilles astuces des matrones. La communication. Les manoeuvres politiciennes. Il se doit de rassembler sa majorité s’il veut espérer pouvoir se qualifier pour le second tour de la présidentielle en 2017 ! 11 ressort de son sac à malice l’idée de la proportionnelle pour contenter les écologistes, les communistes, les centristes.., et même le Front national. « J’y suis prêt », répond- il à Maïtena Biraben qui l’interroge. Prêt à honorer la promesse 48 de ses 60 engagements présidentiels. Pas avant début 2016, cependant. Et encore... sous quelle forme ? Proportionnelle, partielle, ou intégrale comme l’y encourage son ministre du Travail François Rebsamen ? Motus.

En vérité, le président n’en veut rien savoir. Il s’est déjà tellement contredit sur le sujet. À Thomas Legrand (Arrêtons d’élire des présidents ! Stock) qui le questionnait le 30 octobre 2014, le chef de l’État confiait qu’il ne proposerait pas de réforme en ce sens. « Non, pas dans ce mandat. Ça nécessiterait un débat trop vaste, les conditions ne sont pas réunies », avant d’ajouter, comme fermant définitivement la porte à toute idée de proportionnelle : « Il est sûrement trop tard. Avec un FN à ce niveau, il n’est même pas sûr que le PS plus les centristes ni même l’UMP plus les centristes aient une majorité. » Quand on s’habitue à traduire le hollandais, cela signifie surtout qu’il est, pour le président, urgent de ne rien décider. Il ne fait jamais rien que sous la contrainte.

En fils lointain de François Mitterrand, il pense encore être maître de son temps. Aussi, comme souvent, François Hollande minaude, louvoie, sans rien décider. La France devrait être en guerre totale contre l’État islamique. Le président préfère à ce combat un leurre, en annonçant le déblocage de 100 millions contre le racisme et l’antisémitisme. Aux vrais problèmes, toujours des solutions qui ne répondent en rien aux questions posées, mais préservent une partie de son électorat. Du gâchis. Encore du gâchis.

En réalité, le président, s’il ne décide plus de rien, ou de pas grand-chose, ne fait rien d’autre que travailler à sa réélection. À défaut d’être président, il est un omni candidat efficace. Il est déjà parvenu à faire entrer dans le rang une Martine Aubry, contre la promesse d’accueillir deux de ses proches dans le gouvernement lors d’un futur remaniement. Les écologistes ? S’ils n’ont pas encore retrouvé le chemin de la maison et du gouvernement, le président est parvenu à les diviser durablement.

Charge à la communication de maquiller ses errances en caps. Sa seule feuille de route, c’est toujours la note de Terra Nova qui lui a permis de se faire élire en 2012, la recherche d’une nouvelle majorité qui puisse compenser la perte définitive des ouvriers et des catégories populaires. Ça ne fait pas de François Hollande un chef d’État mais un excellent candidat. Une certitude, ce n’est pas de sitôt qu’on verra le président à la Roue de la fortune. Avec Canal Plus, il a trouvé sa voie.

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