Hollande, l’antiallemand !

Par Yves de Kerdrel

Samedi 24 novembre 2012 // La France

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Europe est en crise. Ce n’est un secret pour personne. L’Europe est en crise notamment parce qu’à vouloir sauver l’euro à tout prix, Bruxelles a imposé à certain pays des politiques d’austérité que leur peuple ne peuvent plus supporter. L’Europe est en crise aussi parce que l’absence de leadership en son sein a fait de l’Allemagne le seul recours, une sorte de prêteur en dernier ressort. Une situation que les Allemands ne sont plus disposés à accepter.

Cette crise de l’Europe, et plus encore de l’idée européenne, réapparaît à l’occasion de chaque sommet des 27 pays de l’Union européenne ou des 17 pays de la zone euro. Ce fut notamment le cas en fin de semaine dernière lorsque, sur le sujet de la supervision des banques et de leur recapitalisation, Angela Merkel a cherché à gagner un peu de temps. Une démarche compréhensible compte tenu des centaines de milliards d’euros en jeu. Mais qui a déplu à François Hollande. À tel point que ce
dernier amis en exergue le calendrier électoral allemand en soulignant de manière perfide que « Mme Merkel a ses propres rendez-vous » Une manière de dire que la chancelière ferait passer sa réélection en septembre 2013 avant l’intérêt général de l’Europe.Soit il s’agit là d’une bourde du président français et celui-ci doit s’en excuser au plus vite, soit il s’agit vraiment du fond de sa pensée et alors cela prouve que la germanophobie latente au Parti socialiste a fini par contaminer le sommet de l’État. Au risque de mettre à mal l’axe franco-allemand. Le FrankfurterAllgemeine Zeitung, quotidien de l’élite intellectuelle allemande, a vivement réagi à ce dérapage, affirmant que « la chancelière aurait pu lui renvoyer la balle avec les mêmes arguments : il est temps que François Hollande revienne sur terre et quitte le mode de la campagne électorale. Surtout compte tenu de la vitesse à laquelle fanent les lauriers de sa victoire ».

Les socialistes semblent voir l’Allemagne comme la poche profonde de l’Europe, et s’énervent à l’idée qu’Angela Merkel protège à ce point les intérêts de ses concitoyens. Faut-il rappeler tous les efforts que les Allemands ont accomplis au cours des vingt dernières années pendant que nous, Français, nous embauchions des fonctionnaires à tour de bras, nous creusions le déficit budgétaire et nous réduisions la durée du travail ?

Au cours des années 1990, l’Allemagne a d’abord encaissé l’énorme choc de la réunification. Ce qui l’a obligée à reconstruire un modèle économique et social. Elle ne pouvait faire moins à l’égard de ses cousins qui avaient vécu sous le joug du communisme. Au cours des années 2000, voyant que leur compétitivité commençait à faiblir, nos voisins ont restructuré en profondeur leur marché du travail, avec les fameuses lois Hartz, avant de s’attaquer à la fois au coût du travail et au déficit budgétaire en augmentant de3 points la TVA (cette recette servant pour un tiers à diminuer les charges sociales, et pour deux tiers à réduire le déficit budgétaire).

Le résultat est clair et net. A partir de cette année, l’Allemagne est en excédent budgétaire, et sa compétitivité lui permet d’avoir l’un des taux de chômage les plus bas d’Europe, même après quatre années de crise, et d’afficher un excédent commercial de 170 milliards d’euros. Ces résultats, les Allemands les doivent à leur travail, à deux décennies d’efforts et à des réformes de structure menées sans états d’âme, comme la retraite à 67 ans. Dans ces conditions il est aisé de comprendre qu’Angela Merkel, qui a hérité de son père pasteur une certaine rigueur, fasse le maximum pour que les avancées de l’Europe, le sauvetage de l’euro ou la revitalisation des banques ne remettent pas en question le travail de ses concitoyens.

Il est encore plus facile d’imaginer que les Allemands, dans leur ensemble, commencent à en avoir assez de s’entendre donner des leçons par des Français qui ne parviennent pas à réduire leur déficit budgétaire, qui renâclent à s’attaquer à la question du coût du travail et qui refusent de fluidifier le marché de l’emploi.

Mais à vouloir dicter à l’Allemagne ce qu’elle doit faire, sans avoir au préalable balayé devant sa porte, François Hollande ferait bien de se méfier des changements qui commencent à s’installer au sein de l’Europe. Car désormais,Angela Merkel préfère parler avec un Mario Monti ou un Mariano Rajoy, qui ont tous deux mené les réformes de structures nécessaires au redressement de leur pays, qu’à un président français arrogant qui continue d’accroître la dépense publique.

À menacer ainsi la relation entre Paris et Berlin pour flatter la germanophobie de ses amis socialistes, François Hollande fait courir à l’Europe un risque majeur. Et pas un de ses conseillers n’est là pour lui rappeler cette phrase de Montesquieu : « Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, je la regarderais comme un crime. » 

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