Notre opinion : Par François d’Orcival, de l’Institut.

Hollande et Valls ligotés par eux-mêmes.

Mercredi 6 mai 2015 // La France

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Le pays est guetté par la paralysie. Les Verts d’un côté, l’aile gauche du PS d’un autre. Le pouvoir est incapable de tirer la leçon de ses défaites.

Quatre défaites électorales successives en un an ne suffisent pas ! « J’ai décidé que rien ne devait m’agacer », disait déjà il y a six mois François Hollande à Thomas Legrand, de France Inter. Dimanche dernier, le président de la République était battu dans son propre département, la Corrèze, le premier ministre puni dans le sien, l’Essonne (12 élus socialistes sur 42 !) ; le PS a perdu la moitié de ses départements... Quelle claque ! Eh bien, non, ce n’est pas si grave, ça va s’arranger. La défaite de la gauche, c’est sa division - il suffit donc de la rassembler ; la droite a gagné, mais heureusement elle est "républicaine" ; et si Marine Le Pen renforce partout sa présence, elle est "isolée". Tout cela passera, car, disent les mêmes, il y a "des signes de reprise". Il suffit d’attendre...

Une constante de la politique de François Hollande est d’éviter les vraies questions : la division de la gauche n’est pas la cause de la défaite, c’est la cause de cette division qui l’est. De même, ce n’est pas le Front national qui est un mal, c’est la cause de l’expansion du Front national qu’il faut rechercher. Tant qu’on ne traite pas des causes, on est promis à l’escalade de l’échec. Hollande et Valls le savent très bien, ce sont tout de même de bons joueurs politiques ; mais alors pourquoi ne veulent-ils pas répondre à ces questions ? Parce qu’il faudrait être un homme d’État pour cela ? Bien sûr. Mais eux se sont laissé ligoter, paralyser, par leur propre faiblesse. Qu’ils habillent par l’arrogance vis-à-vis des uns, par le bavardage vis-à-vis des autres... Et qu’est-ce que cela produit concrètement ? Rien.

Voici pourquoi. Quand ils parlent de "signes de reprise", à cause de la baisse du pétrole combinée à celle de l’euro et à la politique monétaire de Mario Draghi, et que le ministre des Finances, Michel Sapin, annonce une amélioration de notre déficit, que leur dit l’aile gauche du parti ? Que c’est le moment d’en finir au plus vite avec les économies baptisées « austérité », qu’il est urgent de distribuer du pouvoir d’achat en augmentant le smic. Or, Hollande et Valls ne peuvent pas le faire puisque les caisses sont vides et qu’ils se défendent d’augmenter les impôts - sauf à liquider définitivement l’espoir d’être présent au second tour de la présidentielle de 2017.

Alors ? S’il y a vraiment des signes de reprise, il faudrait les stimuler en accélérant les réformes. Valls a déjà l’outil pour ça, la loi Macron. Réputée votée par les députés, cette loi a été transmise au Sénat. Les sénateurs vont la discuter dès le 7avril pour la voter le 6mai. La droite sénatoriale a pris ses 295 articles, les a ramenés à 254 ; elle a conservé 124 articles sans les modifier, pour preuve de son pragmatisme, et a réécrit une bonne partie des autres, afin de dynamiser l’apprentissage, de sortir du carcan des 35 heures, de gommer les effets de seuil dans l’entreprise et de préserver le bon fonctionnement des professions réglementées. « On ne peut être arrêté parle déni de réalité », a dit Emmanuel Macron. Et Jacques Attali : « Le texte initial est anecdotique, mais c’est un starter. » Alors les sénateurs UMP et UDI ont décidé ensemble de tirer sur la manette.

Que fera Valls ? Retiendra-t-il un certain nombre des enrichissements du texte sénatorial pour aller en commission mixte paritaire avec les députés ? « Tant qu’à utiliser le 49-3, lui a dit Bruno Retailleau, président du groupe UMP, faites le pour de vraies réformes ! » Personne ne croit qu’il le fera, parce que cette loi Macron est déjà celle qui amis le feu aux relations internes à la gauche et qu’il a dû utiliser l’arme nucléaire (l’article 49-3) pour la faire approuver ; il ne voudra pas fâcher un peu plus sa gauche à la veille du congrès socialiste de Poitiers ; Et le "starter" en restera là ! On ne pourra pas s’étonner que les "signes de reprise" ne créent pas d’emplois.

Alors, expliquent les Verts à Hollande et Valls, tenez donc enfin votre promesse d’accorder le droit de vote aux étrangers (aux élections locales)... Pour faire passer Marine Le Pende 25 à 30 % ? Pas fous, tout de même ! Mais les dégâts sont déjà faits. Thierry Mandon, l’un des ministres de l’équipe Valls à ne pas s’exprimer en langue de bois toute faite, remarquait dimanche soir sur le plateau de RTL et LCI que le vote de ces départementales (et pas seulement celui du FN) traduisait une profonde crise morale des électeurs : plus que de la défiance à l’égard des élites dirigeantes, un rejet massif de ceux qui se refusent à voir la réalité d’une nouvelle fracture sociale qui traverse la société.

Celle de ces populations, périurbaines et rurales, classes moyennes et modestes qui travaillent dur, paient l’impôt et s’estiment à juste titre abandonnées, trahies, écartées de demandes de logements toujours attribués à des populations "prioritaires" ; elles finissent désormais par se demander si elles vont encore pouvoir "vivre chez elles". Que la gauche persévère dans son aveuglement pour cause de paralysie politique, et ces électeurs taperont encore plus fort.

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