Hollande entraîne la gauche par le fond.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

Mercredi 4 juin 2014 // La France

Après la débâcle des municipales, François Hollande enregistre un nouveau désaveu, et le PS le plus mauvais résultat de son histoire. À gauche, les appels à une « autre politique » ont déjà fusé. Le chef de l’État organise une réunion de crise lundi matin à l’Élysée.

La gauche est laminée. Pour ces européennes, le PS, déjà étrillé par les municipales, réalise le plus mauvais résultat de son histoire, deux ans seulement après l’accession de François Hollande au pouvoir. Et dans sa chute, il entraîne le reste de la gauche. Entre la présidentielle de 2012 et le scrutin de dimanche, le total des voix de gauche est tombé de plus de 50 % à 33 %. Dimanche soir, l’Élysée a estimé que « des leçons doivent être tirées » de cet « événement majeur ». Mais le chef de l’État, qui n’entend pas changer de cap, apparaît plus fragilisé que jamais. Dans la majorité, les appels à changer de politique ont déjà fusé.

Pour l’exécutif, c’est le pire des scénarios : avec 13,98 % selon les derniers chiffres provisoires publiés par le ministère de l’intérieur (voir sous l’onglet Prolonger), le PS est loin derrière son score déjà piteux de 2009 (16 %) et même en dessous de celui, historiquement faible, de Michel Rocard en 1994 (14,5 %). Mais c’était après treize ans de règne de François Mitterrand à l’Élysée, et sous la pression de la liste alors menée par Bernard Tapie. Le FN arrive nettement en tête avec 25 % de suffrages, devant l’UMP (20,8 %). Le centre obtient 9,9 % des voix, devant les écologistes (8,9 %) et le Front de gauche (6,3 %). La participation était en légère hausse par rapport à 2009, à 43,50 %. 

Il s’agit bel et bien d’une immense défaite pour le parti socialiste. Il est systématiquement devancé dans les sept eurorégions métropolitaines, soit par le Front national, soit par l’UMP. Selon des résultats encore provisoires, dans le Nord, Gilles Pargneaux dépasse à peine 12 %. Même score indigent pour l’ancien ministre Vincent Peillon (Sud-Est) ou l’ancien syndicaliste Édouard Martin, propulsé tête de liste dans l’Est, et qui n’a pas réussi à convaincre. Au passage, sa numéro deux, Catherine Trautmann, élue depuis 1994, disparaît du Parlement européen. En Ile-de-France (14 %), dans l’Ouest et le Centre (16 %), le PS fait un peu mieux. En métropole, le PS réalise son meilleur score dans le Sud-Ouest (autour de 17 %) où sa liste était menée… par une représentante du Parti radical de gauche. C’est seulement en outre-mer que le parti socialiste fait un score honorable, avec 19 % des voix.

Vu l’ampleur des résultats, François Hollande ne pourra pas se défiler : c’est bien lui qui sera le comptable de l’effondrement de son camp. Tous les calculs savamment distillés ces derniers mois se sont évaporés à l’annonce des résultats. Le PS allait résister et même progresser par rapport à 2009 ? C’est le contraire qui s’est produit. Le PS allait de toute façon faire mieux que son plus bas historique, à 14,5 % en 1994 ? Raté. L’exécutif allait « enjamber » les européennes, selon le jargon en vogue dans la majorité ? Même le premier ministre Manuel Valls a dû le reconnaître dimanche soir : « Le moment que nous vivons est un moment grave. (...) C’est un choc, un séisme. » Il y a quelques semaines, un ami du président le reconnaissait : « Le FN en tête serait un échec de notre politique. »

Mais en décidant de bouleverser ses équipes après les municipales, François Hollande avait prévenu : il ne changerait rien après les européennes. Son premier ministre l’a redit à quelques jours du scrutin, en marge d’un meeting à Barcelone : « Il n’y aura pas de changement du gouvernement, il n’y aura pas de changement de majorité, il n’y aura pas de changement de ligne économique. » Dimanche soir, Manuel Valls a d’ailleurs repris le même credo que depuis son arrivée à Matignon : les Français veulent de « l’efficacité », pas une autre politique. « Je vous dois la vérité, nous devons faire preuve de courage car la France doit se réformer. La politique que nous menons a pour but l’efficacité », a-t-il dit lors de son intervention télévisée, usant d’une formule improbable : « l’urgence de la confiance ».

Les rares ministres du gouvernement à s’être rendus sur les plateaux de télévision ont délivré les mêmes éléments de langage : le scrutin est d’abord européen ; au niveau national, les Français attendent toujours des résultats et manifestent leur impatience, mais il ne faut pas changer de politique ; c’est au niveau européen qu’il faut « réorienter ». Exemple avec Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères : « Au plan français, la seule réponse possible, c’est dans l’action et les résultats. Les gens veulent que sur le plan de l’emploi, le pouvoir d’achat, la relance industrielle, il y ait des résultats. Sur le plan européen, ce que demandent les Français, c’est le sérieux budgétaire et que l’Europe donne des résultats en matière de croissance. »

Sur Twitter, l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault a lui aussi lancé : « Après un tel choc, la priorité absolue : réorienter l’Europe. L’Europe doit changer. » Même chose pour l’ex-ministre de l’économie et des finances, candidat à la Commission européenne, Pierre Moscovici : « Maintenant, il faut réconcilier les Français avec l’Europe, en la réorientant vers la croissance et l’emploi. Passons à l’offensive ! »

C’est d’ailleurs le sens du message que François Hollande pourrait choisir de délivrer, mardi, lors de la conférence de presse prévue à Bruxelles après une réunion des chefs d’État et de gouvernement européens. Lundi, il a prévu une réunion de crise avec plusieurs ministres et l’Élysée a déjà distillé les premiers éléments de langage : « des leçons doivent être tirées », a indiqué l’entourage du chef de l’État, parlant d’un « événement majeur ».

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