Hollande à petits pas en Israël.

Lundi 9 décembre 2013 // Le Monde


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Plus de trente ans après François Mitterrand, le chef de l’État achève une visite très attendue au Proche-Orient. Avec une confirmation : le dossier nucléaire iranien a pris le pas sur le processus de paix israélo-palestinien.

Voilà des semaines que la presse israélienne, dubitative, s’interrogeait sur les intentions réelles de François Hollande à l’occasion de sa visite officielle en Israël et dans les Territoires palestiniens, du 17 au 19 novembre. Depuis François Mitterrand, en 1982, le voyage à Jérusalem est une tradition respectée par l’ensemble des présidents français, même, si ces déplacements n’ont pas toujours été très réussis.

Les Israéliens gardent en mémoire le "coup de sang" de Jacques Chirac, en octobre 1996. Excédé par l’excès de zèle ou les provocations délibérées - du service d’ordre affecté à sa protection dans la vieille ville de Jérusalem, Chirac avait menacé de reprendre l’avion aussitôt. À l’inverse, la présidence de Nicolas Sarkozy aura incarné pour les Israéliens l’espoir déçu pour certains d’une rupture avec la traditionnelle "politique proarabe" de la France.

Le contexte actuel, délicat, a poussé François Hollande à éviter le moindre faux pas. Entre un Moyen-Orient toujours aussi effervescent et une popularité historiquement basse, il a préféré jouer le consensus, comme pour sauver les apparences. « Je suis l’ami d’Israél et je le resterai toujours », lançait-il dès sa descente d’avion, face au président Shimon Peres et au gouvernement de Benyamin Nétanyahou au grand complet venus l’accueillir sur le tarmac de l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv. François Hollande peut se targuer d’avoir eu droit au même traitement de faveur que Barack Obama, en mars dernier.

Manifesté juste avant le voyage, le durcissement de la position française sur le nucléaire iranien, exprimé par Laurent Fabius lors du dernier tour de négociations à Genève, aura été salutaire. Pour l’État hébreu, cette "sortie" contre Téhéran confère à la France un rôle de garde-fou diplomatique dans la perspective d’un « mauvais accord » avec l’Iran, tant redouté par Nétanyahou. François Hollande l’a confirmé : « Tant que nous n’aurons pas la certitude que l’Iran a renoncé à l’arme nucléaire, nous maintiendrons toutes nos exigences et les sanctions... Mieux vaut être seul sur une bonne position que très nombreux sur une mauvaise. »

Cette fermeté française soulage les responsables israéliens, heureux de pouvoir compter sur un allié aussi inattendu qu’inespéré. Mais ce choix, contraint Hollande et son gouvernement à assumer leurs responsabilités, quitte à se retrouver sur une ligne plus dure que celle de Washington. Comme pour joindre la parole aux actes possibles, François Hollande a soigné ses mots pour définir le lien qui unit la France à Israël. Rappelant que « la France a toujours été là », il a parlé d’une relation « indéfectible », « indestructible ». Et toujours, les grands principes de la diplomatie française : "Deux Etats pour deux peuples, avec Jérusalem comme capitale."

En trois jours de visite officielle, le président français n’aura consacré que cinq heures de son temps aux Territoires palestiniens. À Ramallah, lundi matin, sa rencontre avec le président Mahmoud Abbas n’a servi qu’à rappeler, sans surprise, les grands principes d’une diplomatie française plutôt absente de la région : « Deux États pour deux peuples, avec Jérusalem comme capitale. » Hollande a marqué sa volonté de rééquilibrage, mais sans guère de précautions sur un sujet pourtant sensible : « La France demande l’arrêt total et définitif de la colonisation. » La critique de l’État hébreu n’est pas allée plus loin, probablement pour ne crisper personne dans cet interminable processus de paix.

Sa parenthèse palestinienne refermée, François Hollande est allé parler pendant plus d’une demi-heure devant la Knesset, ultime temps fort de sa tournée. Son allocution aura parfois pris des allures de plaidoyer en faveur d’Israël, avec ce rappel sonnant bizarrement dans la bouche d’un président aussi bas dans les sondages, confronté à une immense vague de contestation chez lui, à l’avenir politique aussi incertain : « La paix requiert du courage, plus que la guerre. Elle exige de la volonté, celle de vaincre ses propres blessures, ses deuils, ses peurs. Elle suppose de la confiance le plus dur - dans l’autre, dans l’avenir, en soi-même, en ses alliés et ses amis. La paix, ce sera votre plus grande victoire. »

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