Valeurs Actuelles

Hollande,Valls, Taubira et la mafia socialiste.

Mensonges.

Jeudi 3 avril 2014 // La France

L’affaire des écoutes judiciaires sur Nicolas Sarkozy révèle au grand jour les turpitudes de l’État PS, que les Français auront pour la première fois depuis 2012 l’occasion de sanctionner dans les urnes ces 23 et 30 mars. Enquête sur un système mafieux.

Affaire Sarkozy : après les mensonges, voici les fadettes.

Entretien avec Henri Guaino.

Sauve-qui-peut à l’Élysée. Sitôt parue la révélation dans le journal du dimanche de son rendez-vous, le 7 mars,avec les deux journalistes du Monde auteurs de l’article relatant les écoutes judiciaires sur Nicolas Sarkozy, François Hollande a tenté de clore la polémique en qualifiant de « grave problème » la publication dans la presse d’un extrait de son agenda particulier. Mais indépendamment de la fuite, le président
a refusé de s’exprimer au sujet des soupçons qui pèsent sur lui. Qu’il rencontre, le jour de la parution de leur article, deux journalistes qui enquêtent sur Nicolas Sarkozy ils sont notamment les auteurs d’articles sur l’affaire Tapie, l’affaire Bettencourt et d’un livre intitulé Sarko m’a tuer aux éditions Stock, paru en 2011 lui semble normal. Officiellement, il s’agissait d’une rencontre pour préparer un livre sur le quinquennat de Hollande. La communication est bien huilée. L’opération de déminage a presque fonctionné.

Quand on y regarde de plus près, en revanche, les liens entre le président de la République, Gérard Davet et Fabrice Lhomme sont plus gênants. Au moment de la révélation par Valeurs actuelles des agissements à l’Élysée du cabinet noir de François Hollande, chargé d’orchestrer les affaires contre Nicolas Sarkozy, ce sont bien Davet et Lhomme qui montent au créneau pour défendre le chef de l’État : « La justice a légalement exigé de l’Élysée des archives de Nicolas Sarkozy », Taubira et Valls, tous deux au courant des écoutes de Sarkozy, ont menti. Hollande, lui, pouvait-il ignorer ?

 Visiblement très bien informés, ils publient même dans leur article, violant ainsi le secret de l’instruction, les réquisitions judiciaires adressées par le juge Serge Tournaire à l’Élysée, aux quelles ni Bernard Tapie ni Nicolas Sarkozy, pourtant visés dans cette enquête, n’avaient eu accès. Notre enquête prouvant que l’Élysée avait fait preuve de zèle en tentant d’accéder, en toute illégalité et au mépris du principe de séparation des pouvoirs, aux archives de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, Davet et Lhomme poursuivaient malgré tout : « L’examen de ces réquisitions, atteste que l’Élysée n’a fait qu’obéir aux injonctions de la justice. » Connivence ? Toujours est-il que, le 7 mars, jour de la parution de leur article sur les écoutes de Nicolas Sarkozy, Davet et Lhomme sont, à 19 heures, assis face à François Hollande dans son bureau. Comment imaginer qu’ils n’aient pas abordé la question des affaires entourant l’ancien président ? D’autant que les journalistes ont reconnu des « rencontres régulières » avec le président depuis son élection, lequel, la phrase n’a jamais été démentie, s’est vanté devant des députés socialistes de « surveiller » et de « s’occuper » de Sarkozy.

Manuel Valls, quant à lui, se fait petit après la révélation par le Canard enchaîné de sa connaissance du dossier depuis le 26 février 2014. Selon les informations de Valeurs actuelles, pourtant, le ministre de l’Intérieur, qui assure n’avoir eu connaissance de ces pratiques que le 7 mars, est régulièrement informé par un circuit officieux organisé par un homme, Bernard Petit, apparaissant comme le bras armé de la cabale menée contre Nicolas Sarkozy.

Ancien inspecteur de police, Bernard Petit était, jusqu’au 11 décembre 2013, sous-directeur chargé de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière. De manière opérationnelle, c’est son équipe qui a mis sur écoute Nicolas Sarkozy depuis le 3 septembre 2013 et qui a eu pour mission de retranscrire toutes les conversations de l’ancien président afin de transmettre à la justice les contenus « liés aux enquêtes en cours ». Ainsi, l’équipe de Bernard Petit connaît dans le détail les moindres faits et gestes de Nicolas Sarkozy : où il se déplace, avec qui il converse, qui il appelle. Et bien évidemment le contenu de ses conversations.

Proche de François Hollande, par le biais du sénateur et maire de Dijon François Rebsamen, Bernard Petit avait été l’un des quatre candidats à la succession de Christian Lothion pour le poste c e directeur central de la police judiciaire. Dernier de la liste qui avait été présentée à Manuel Valls dans une note, une mention lapidaire figurait à côté de son nom : « Ce candidat n’a de légitimité qu’en dehors de la police. » C’est finalement Mireille Ballestrazzi, la patronne d’Interpol, qui lui avait été préférée.

Quelques jours plus tard, une affaire troublante relance pourtant opportunément sa carrière : Christian Flaesch, le patron de la police judiciaire de Paris, est débarqué après des "fuites" parues dans le Monde affirmant qu’il a informé Brice Hortefeux d’une future convocation devant la justice. L’article est signé par les journalistes... Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Bernard Petit, qui avait été écarté du poste de directeur central de la police judiciaire, est nommé à la place de Flaesch. « Imposé par l’extérieur et les loges », commente un commissaire de la préfecture de police de Paris. Dans l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, les soupçons s’orientent naturellement vers lui.

L’intéressé se défend, expliquant n’avoir « jamais demandé » le contenu de la moindre écoute. Pourtant, ce serait bien lui qui alimenterait le ministre de l’Intérieur en "notes blanches" sur les activités et conversations de l’ancien président. Christiane Taubira, enfin, s’est lancée en cavalier seul pour éteindre l’incendie provoqué par ses mensonges dans la même affaire des écoutes. Pour expliquer ses incroyables changements de version, la garde des Sceaux explique que c’est sa directrice de cabinet, Christine Maugüé, qui avait reçu l’information en prenant sur elle de ne pas la partager avec sa ministre durant... douze jours.

Personne n’est dupe de cette manoeuvre de diversion, mais l’entreprise révèle un nouveau visage de cet État PS si peu soucieux de la vérité : Christine Maugüé est en effet, à la ville, l’épouse de Bernard Rullier, conseiller parlementaire de François Hollande ! Comment imaginer que celle-ci n’ait pas, sur une affaire aussi sensible, parlé à son mari ? Et comment imaginer que celui-ci n’ait pas transmis l’information au président de la République ? Problème : Christine Maugüé concède bien avoir eu connaissance dès le 26 février des écoutes judiciaires réalisées sur Sarkozy. François Hollande, lui, dit les avoir découvertes dans le Monde du 7 mars. Est-il simplement à la tête d’une équipe d’amateurs où personne ne sait rien, où le ministre de l’Intérieur découvre dans la presse les agissements de ses propres équipes, ou bien contrôle-t-il une vaste entreprise de manipulation qui se maintient au pouvoir par le mensonge ?

Brandissant devant la presse, pour sa défense, des documents censés l’avoir informée des écoutes réalisées sur Sarkozy et violant au passage le secret de l’instruction les images ont été agrandies et le texte est parfaitement lisible , Christiane Taubira a enfin fourni l’ultime preuve de son mensonge : sur le texte, le procureur financier de Paris, Éliane Houlette, écrit, au sujet du "dossier" des financements libyens de la campagne présidentielle de 2007 : « dont il vous est régulièrement rendu compte... ». De quoi accréditer encore plus la thèse d’une "mafia rose" gérant les affaires du pays. Pourtant habitué à la mesure, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin n’a pas pesé ses mots au moment de qualifier ces méthodes de « global espionnage ».

Affaire Sarkozy : après les mensonges, voici les fadettes.

Révélations. Les fadettes de l’ancien chef de l’État ont-elles été consultées ? Pourquoi Christiane Taubira savait tout. Et Manuel Valls avant elle.

En argot policier, on appelle cela des "zonons". Autrement dit, des écoutes téléphoniques. Du classique s’il ne s’agissait, à l’autre bout du fil, d’un ancien chef de l’État, de son avocat et de deux de ses ministres. Avec, à la clé, un sacré cafouillage et une solide succession de mensonges au sein du gouvernement Ayrault...

Pourquoi ces interceptions ont-elles duré plus de cinq mois alors qu’en général les juges les limitent à un ou deux mois, et encore lorsqu’il s’agit d’affaires de grand banditisme ou de trafic international de stupéfiants ? Valeurs actuelles reconstitue le cheminement de ces écoutes qui créent un climat délétère à trois jours du premier tour des municipales. Un climat qui risque de s’assombrir si, comme l’accréditent des indices convergents, l’un des protagonistes de cette abracadabrantesque affaire a vu les fadettes de son portable épluchées par les enquêteurs. Ce qui aurait permis de découvrir les numéros de téléphone de ses interlocuteurs. Cette initiative, si elle a bien eu lieu, est-elle légale ou pas ? Ce sera à la Cour de cassation de répondre le moment venu.

Tout commence le 19 avril 2013, lorsque le procureur de Paris, François Molins, ouvre une information judiciaire contre X pour "corruption active et passive", "trafic d’influence", "faux et usage de faux", "abus de biens sociaux", "blanchiment, complicité et recel de ces délits"... Ce X vise en réalité Nicolas Sarkozy soupçonné d’avoir bénéficié d’un financement en provenance de Libye celle de Kadhafi pour sa campagne présidentielle de mai 2007. À l’origine de ces soupçons, un personnage controversé, Ziad Takieddine, qui, depuis des mois, n’en finit pas de pointer du doigt l’ancien chef de l’État et de détailler par le menu des rencontres entre Bachir Saleh, le secrétaire particulier de Kadhafi, et Claude Guéant, alors directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy. Le 19 avril 2013, le procureur de Paris ouvre donc une information judiciaire confiée aux deux juges Serge Tournaire et René Grouman. Le premier, qui refuse d’être photographié, a été de longues années en poste à Marseille où il s’est frotté à la grande délinquance financière. Le second, tout aussi discret, fut jadis le procureur qui requit dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris.

Les juges se lancent donc sur la piste de ce présumé financement libyen que dément farouchement, depuis de longs mois, Sarkozy. Témoin la plainte, pour "faux", déposée contre Mediapart, qui avait affirmé, via un document signé par l’ancien chef des services secrets libyens, que le candidat de l’UMP à la présidentielle de 2007 aurait perçu 50 millions d’euros. La France a beaucoup d’atouts. J’y habite depuis douze ans, et c’est un beau pays, plutôt riche, où l’on mange bien et où l’espérance de vie est de 82 ans. Pourtant, comme diraient les thérapeutes, "elle est mal en point en ce moment". Selon un sondage Ifop de janvier, seuls 30% des Français sont confiants dans l’avenir. Le plus mauvais chiffre depuis dix-neuf ans, en baisse par rapport à un niveau déjà très faible. Les Français sont depuis longtemps moins optimistes que les Irakiens et les Afghans.

A ce stade, nous avons pour habitude, nous autres experts anglo-saxons, d’inviter les Français à tailler dans les dépenses de l’Etat, à accepter la mondialisation, etc. Mais il est évident qu’ils ne tiendront pas compte de ces conseils. Alors voici, pour changer, une série de propositions réalistes. Acceptez d’être un petit pays. En tant que Britannique marié à une Américaine, je sais ce que le déclin national veut dire. Le secret, c’est de s’y résigner. Les Français qui prennent la parole lors de réunions internationales devraient dire des choses du genre : Vous n’avez peut-être pas entendu parler de mon pays. Il a une frontière commune avec la Belgique et sa population fait les trois quarts de celle de l’Ethiopie. Notre langue ressemble beaucoup à l’espagnol." Une fois que les Français auront admis que la France est un pays parmi tant d’autres, à peine plus important que la Grande-Bretagne, alors l’Hexagone trouvera sa juste place dans le monde et la nostalgie de sa grandeur passée s’évanouira d’elle-même.

La classe dirigeante française vit dans de petits appartements, sans jardins, dans une ville froide, snob et hors de prix. Entasser les élites politiques, intellectuelles et économiques dans les mêmes quartiers a encouragé la pensée unique. Paris nuit à la France par ses effets à la fois sur la politique nationale et sur le bonheur des Français. Entre-temps, pour l’essentiel, on laisse les étendues ensoleillées du midi à la paysannerie. C’est n’importe quoi. Si le gouvernement s’installait en Provence, l’élite politique pourrait goûter l’existence campagnarde dont elle ne profite qu’en août. Paris pourrait être revendu à des dictateurs africains, des membres du Parti communiste chinois et des banlieusards londoniens - ce qui est déjà la tendance aujourd’hui. L’actuelle capitale pourrait devenir un site touristique, au même titre que Disneyland Paris. Cette suggestion va dans le sens des habitudes françaises. Pendant les deux guerres mondiales, le gouvernement a été brièvement transféré à Bordeaux, ce qui a permis à l’élite de découvrir l’excellent restaurant Le Chapon fin.

D’ici là, sévissez contre la grossièreté à Paris. La grossièreté parisienne a atteint des proportions dignes d’une épidémie. En cause, la "morosité" grandissante des Français et la surpopulation dans la capitale. Anne Hidalgo, candidate du Parti socialiste à la Mairie de Paris, ne devrait vraiment pas se vanter du nombre élevé des visiteurs.

Même Scarlett Johansson, nouvelle résidente, trouve les Parisiens "affreusement grossiers". Si même elle subit des rebuffades, alors les simples mortels n’ont aucune chance. Les autorités devraient déclarer Paris zone sinistrée pour cause de grossièreté et instaurer l’état d’exception pour intervenir. Les services de renseignements français interceptent déjà les courriels et les appels téléphoniques des Français. Quiconque sera surpris à accueillir le client par une réprimande (ce qui est la norme à Paris) pourrait être puni par une humiliation rituelle. Par exemple, être envoyé à une réception en survêtement portant l’inscription : "Property of Ohio State Athletics Department" [Appartient au sous-secrétariat à l’Athlétisme de l’Etat d’Ohio]. De toute manière, une fois arrivés en Provence, les Parisiens retrouveront le moral.

Les civilités du genre "monsieur", "madame" ou "vous" devraient être abolies. Leur principale fonction n’est pas la courtoisie, mais l’instauration d’une distance avec autrui. Là encore, il y a un bon précédent : la Révolution française avait aboli "monsieur" et "madame". Payez les enseignants pour qu’ils fassent des compliments aux élèves. Exemple : Ce que tu dis est moins bête que d’habitude ; Fabrice, pourrait donner droit à une prime de 1 euro. Aujourd’hui, les Français se voient enseigner l’esprit critique - à appliquer aux autres et à eux-mêmes - dès le premier jour d’école, quand l’instituteur les accueille par une réprimande. Les compliments des enseignants pourraient transformer durablement le caractère national. Et ce serait un remède aux idées noires. Les Français ont tendance à penser qu’ils sont moroses parce que leur situation est épouvantable. C’est le contraire !leur situation leur paraît épouvantable parce qu’ils sont moroses.

Tout l’enseignement devrait se faire en anglais. Soit les Français maîtrisent leur langue, soit ils influent sur le débat mondial. Mais ils ne peuvent pas faire les deux en même temps. Le français peut survivre comme "langue de cuisine". Il ne sera sans doute pas entièrement oublié, car il est de plus en plus enseigné comme matière élitiste dans des écoles haut de gamme de New York, à l’instar du latin.

Faites don de l’armée française aux Nations unies. Elle y participera à la force permanente de maintien de la paix de l’ONU. L’année dernière, le budget de la "défense" française était de 3 milliards d’euros, En effet, la France (comme certains autres pays bien connus) aime encore s’ingérer dans des conflits étrangers pour tenir son rang. Intervenir tout en portant des casques bleus n’assurera peut-être pas le rayonnement de la France, mais cela accroîtra ses chances de faire quelque chose d’utile.

Remplacez la première dame par une équipe tournante de premières dames. Il devrait toujours y en avoir un stock de sept ou huit, parmi lesquelles le président pourrait piocher pour telle ou telle occasion. Une actrice peut être parfaite pour un événement, une journaliste pour un autre, un homosexuel (je pars du principe que les présidents de la France seront toujours des hommes) pourrait accompagner le chef de l’Etat dans des villes comme Sotchi. Simon Kuper.

 Pendant cinq mois et demi, l’instruction fait son petit bonhomme de chemin quand, le 3 septembre, les deux magistrats placent sur écoute trois des acteurs de ce dossier, Nicolas Sarkozy, Claude Gueant et Brice Hortefeux. La veille, comme la loi l’exige puisque Sarkozy depuis janvier 1981 et Gueant depuis un an sont avocats, les juges en informent le batonnier de Paris, W Christiane Feral-Schuhl. Informent simplement. Le bâtonnier, qui ne sait rien des soupcons qui posent sur ses deux confreres, est tenu au secret. Pas question de dire quoi que ce soit a son conseil de l’ordre. Dans les jours qui suivent, un service des télécommunications est alerte. Les écoutes demanent. Quatre policiers de 1’Office central de lutte contre la corruption dépendant de la Direction centrale de la police judiciaire se mettent au travail. Leur obligation ? Retranscrire sur papier ce que Sarkozy, Gueant et Hortefeux racontent sur leur portable a leurs différents interlocuteurs. Avec une obligation : ne pas retranscrire les conversations n’ayant aucun lien avec l’objet des interceptions. En principe. Seul ce qui aurait trait au fameux financement présume de la Libye doit l’être... Jusque-la, rien a dire. Sauf que l’avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, sur lequel ne pèse aucun soupçon, qui appelle fréquemment son client, est, de facto, écoute. Ce qui porte atteinte au sacro-saint secret professionnel. (Le 4 mars, tel un bandit de grand chemin, Me Herzog devra subir une perquisition de dix heures dans son cabinet, ce dont Manuel Valls aura connaissance.)

Pour leur part, les leaders de l’opposition ou autres personnalités étrangères qui conversent également avec l’ancien chef de l’Etat tombent, par la force des choses, dans le filet des écoutes. Ainsi donc, du 3 septembre 2013 jusqu’a la mi-février 2014, la police a tout su des projets et de la vie de Nicolas Sarkozy. La police n’ignorait rien des projets, de la vie personnelle, des critiques le cas échéant, regard du gouvernement, de dizaines de personnalités proches de Nicolas Sarkozy. Jusqu’a ce que, entre la fin janvier et le début février 2014, Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog évoquent le nom d’un haut magistrat, qui pourrait se renseigner sur le contenu de l’arrêt que doit rendre, le 11 mars, la chambre criminelle de la Cour de cassation sur l’un des volets de l’affaire Bettencourt. Il s’appelle Gilbert Azibert et exerce les fonctions de premier avocat général à la Cour de cassation. En échange de ce petit service, il souhaiterait, dit-il, être nommé a la Cour de révision de Monaco.

Au cours de ces écoutes, il apparaîtrait que Nicolas Sarkozy pourrait intervenir auprès du prince de Monaco...Pas crédible, puisque le poste convoité par Azibert est déjà pourvu !

Comme l’a révélé le Canard enchaîné le 12 mars et contrairement a ce qu’a affirmé Manuel Valls , le ministre de l’Intérieur était au courant de la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy avant la parution du journal le Monde du 7 mars. Mais le locataire de la Place Beauvau n’a pas été informé par la hiérarchie policière classique. Christian Lothion, le patron de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) jusqu’en décembre 2013, est d’ailleurs très remonté contre le fait qu’un policier de la police judiciaire l’ait court-circuité, et ait pu transmettre directement l’information de la mise sur écoute de Sarkozy au ministre. Un policier haut place nous confirme par ailleurs que des "notes blanches" circulent de plus en plus à l’Intérieur. Elles seraient rédigées par les policiers en charge des écoutes de Sarkozy. Ceux-ci, ayant accès a leur contenu intégral, feraient remonter au ministre les informations essentielles via un circuit parallèle organisé par une cellule officieuse. Cette cellule serait composée de policiers de la sous-direction en charge de la lutte contre le crime organise et la délinquance financière, exécutants, et de leur ancien patron, l’actuel directeur de la police judiciaire parisienne, Bernard Petit.

Grâce à ces "notes blanches", des extraits d’écoutes téléphoniques ou des procès-verbaux d’auditions censés rester secrets peuvent être transmis en toute discrétion au ministre de l’Intérieur. et à l’Élysée sans qu’il y ait "officiellement" de violation du secret de l’instruction.

On est loin de l’affaire libyenne, mais pour les juges Tournaire et Grouman, tout près d’une infraction pénale. Aussi, le 17 février, alertent-ils le nouveau procureur financier, Éliane Houlette, par une ordonnance de soit-communiqué. Dans la foulée, cette dernière ouvre une seconde information judiciaire pour trafic d’influence et violation du secret de l’instruction, confiée à deux nouveaux juges, Patricia Simon et Claire Thépaut. Le 21 février, le procureur général de Paris, François Falletti, est prévenu.

Le 26, il transmet au conseiller pénal de la garde des Sceaux une note de deux pages dans laquelle il évoque la procédure en cours placement sur écoute de Sarkozy, ouverture d’une information judiciaire. Magistrat scrupuleux, Falletti agit comme tout procureur général lors d’une affaire sensible... Le 26 février au soir, la garde des Sceaux connaît les soucis causés à Nicolas Sarkozy. Elle affirmera pourtant n’en avoir été informée que le 7 mars... à la lecture du Monde. Le Premier ministre dira, lui, que c’était le 26 !

Manuel Valls ment en affirmant n’avoir découvert les écoutes que le 7 mars. Pour sa part, la directrice de cabinet de Christiane Taubira, Christine Maugüé - dont le mari est conseiller à l’Élysée , n’en démord pas : elle n’a rien dit à la ministre à propos de la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy.

À la Direction des affaires criminelles et des grâces, qui suit les dossiers dits signalés, et qui informe régulièrement le cabinet de la garde des Sceaux, on n’en revient pas. Là-bas, on n’oublie pas que, lors de l’affaire Cahuzac, Christiane Taubira avait affirmé n’avoir jamais reçu la moindre information sur le fameux compte suisse de l’ancien ministre du Budget. Il faudra attendre le 9 juillet 2013 pour que la directrice des affaires criminelles et des grâces, Marie-Suzanne Le Quéau, entendue sous serment par la commission d’enquête parlementaire, révèle avoir adressé au cabinet de la ministre cinquante-quatre comptes-rendus entre le 6 décembre 2012 et le 2 avril 2013 !

Du côté de la Place Beauvau, ministère hiérarchisé par excellence, où toute information sensible, depuis des lustres, remonte jusqu’au ministre, soit par des notes, soit oralement, on voit mal comment ce dernier n’aurait été informé des écoutes de Sarkozy qu’à la lecture du Monde du 7 mars.

En effet, à chaque interception d’écoutes majeures, le ou les policiers chargés des "zonzons" rédigent un rapport à leur chef de groupe... Lequel en rédige un second à l’intention de son supérieur. Et ainsi de suite. Jusqu’au directeur central de la police judiciaire. Qui à son tour informe le ministre de l’Intérieur. « J’ai considéré que je n’avais pas à informer le ministre, ni du placement sur écoute [de l’ancien président de la République] ni du contenu des transcriptions », affirme aujourd’hui Christian Lothion, ex-directeur de la PJ qui a eu à connaître de cette affaire. Son prédécesseur, en poste de 2004 à 2008, Martine Monteil, juge sur iTélé cette hypothèse « tout à fait invraisemblable ».

Effectivement, comment peut-on envisager qu’un ministre de l’Intérieur ne soit pas tenu au courant d’un dossier aussi sensible que celui qui concerne un ancien chef de l’État ? Il est même probable que Manuel Valls en ait été informé avant sa collègue de la justice. Ne serait-ce que par un compte-rendu oral. Prudence oblige.

Surtout dans une affaire où les écoutes semblent avoir joué un rôle "de filets dérivants". Comme si elles étaient à la recherche d’une infraction pas encore commise. Auquel cas, il s’agirait d’écoutes "provocatrices". Une conception peu conforme à l’esprit de la loi de 1991...

Nous vivons un chaos institutionnel.

Henri Guaino.

"Dérives de la justice, abus de pouvoir, abus d’autorité, mensonges..." : le député des Yvelines s’insurge contre le dévoiement des valeurs républicaines par le pouvoir en place. Et tire le signal d’alarme : "Nos institutions deviennent folles !" En dépit de ses dénégations, il est aujourd’hui avéré que Christiane Taubira a menti dans l’affaire des écoutes judiciaires sur Nicolas Sarkozy. Une partie de l’UMP demande sa démission. Et vous ?

Le mensonge de Mme Taubira n’est pas un mensonge politique ordinaire, ce qui serait déjà détestable, c’est un mensonge institutionnel, ce qui est impardonnable. Dans quelle autre grande démocratie du monde un Ministre de la justice qui ment dans l’exercice de ses fonctions et qui viole le secret de l’instruction en brandissant des notes confidentielles devant les caméras pourrait-il demeurer à son poste ? D’ailleurs, tout le monde ment. Comment croire qu’une écoute ordonnée par un juge et effectuée par des policiers ne soit pas remontée au ministre de l’Intérieur ? Comment croire que le président de la République n’ait pas été aussitôt informé ? Le ministre de la Justice ne sait rien, le ministre de l’Intérieur ne sait rien, le président ne sait rien...

Y a-t-il encore un gouvernement ? Dérives de la justice, abus de pouvoir, abus d’autorité, mensonges... Nos institutions deviennent folles.

Vous avez demandé à François Hollande de saisir le Conseil supérieur de la magistrature dans cette affaire. Pourquoi ?

Parce que la Constitution fait le devoir au président de la République d’assurer le bon fonctionnement des pouvoirs publics. Or, mettre l’opposition sur écoute, pendant un an, cela constitue une monumentale faute politique.

Gilles Gaetner, Geoffroy Lejeune et Pierre Dumaseau.

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