Hollande, Casanova ou goujat ?

Dimanche 2 mars 2014 // La France


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Après Valérie Trierweiler, trois ministres femmes ayant porté le projet de loi sur la famille ont été répudiées par le président.

Depuis qu’il a congédié son ex-compagne, Valérie Trierweiler, et éliminé du site Internet officiel de l’Elysée, façon Pravda, toute trace d’elle en tant que première dame, François Hollande a l’air libéré. Le président sourit davantage et confie à ses collaborateurs qu’il est "soulagé" que cette relation soit terminée. Pour certains, l’aventure secrète du président et de l’actrice Julie Gayet a été un rite de passage qui l’a transformé en séducteur dans la grande tradition des rois et des présidents français. Mais beaucoup en France ont réagi autrement après sa rupture officielle avec Valérie Trierweiler par l’intermédiaire d’un communiqué d’une phrase publié le 25 janvier.

Les médias ont qualifié son message de "répudiation" un terme utilisé jadis lorsque les rois se débarrassaient d’une épouse ou d’une maîtresse, comme Henri IV, qui renvoya sa femme, Marguerite de Valois, en 1599, et Napoléon Bonaparte, qui divorça de Joséphine en 1809.

Certains critiques ont été jusqu’à lui appliquer des épithètes insultantes préféministes telles que "mufle" et "goujat". Et sa cote de popularité, qui était déjà la plus basse jamais enregistrée par un président de la Ve République, a chuté à 19 % selon un sondage TNS Sofres/Sopra Group publié le 6 février.

On est donc bien loin de l’image véhiculée par M. Hollande pendant la campagne présidentielle de 2012, lorsqu’il affirmait être un "féministe" déterminé à mener "la bataille pour l’égalité". Il y a dix jours, il a fait suivre l’annonce concernant sa vie privée d’une autre sorte de répudiation des femmes : il a cédé à la pression de la droite et reporté la réforme du droit de la famille. Ce projet était soutenu par la ministre de la Justice, la ministre des Droits des femmes et la ministre des Affaires sociales et de la Santé - trois femmes. Il aurait entre autres clarifié le statut légal des beaux-parents ainsi que le mode de garde, le droit de visite et le montant de la pension alimentaire en cas de divorce, et permis aux enfants adoptés de retrouver leurs parents biologiques.

Trahies.

Il était considéré comme inoffensif jusqu’à ce que des "intégristes familiaux" issus de l’extrême droite le qualifient d"antifamille" dans une manifestation de grande envergure qui s’est déroulée à Paris le 2 février. Les manifestants affirmaient que la loi allait permettre aux couples de lesbiennes d’avoir recours à l’insémination artificielle (alors que ce point n’était pas abordé dans le projet) et légaliser la maternité de substitution rémunérée pour les couples hétérosexuels et homosexuels (ce qui n’y a jamais figuré non plus). "Ce n’est pas seulement une femme qu’il a répudiée, mais tout ce qui touche aux femmes’ ; analyse le sociologue Eric Fassin, spécialiste des questions sexuelles et raciales. Ce qu’il dit, c’est : L’heure est grave et nous ne pouvons pas nous laisser distraire par une polémique sur le sexe et la famille. Nous devons nous concentrer sur des questions plus importantes’, c’est-à-dire l’économie, qui, en France, est dirigée par des hommes.

Si les femmes membres du gouvernement de François Hollande se sont ralliées à sa décision de reporter la loi sur la famille, certaines de ses supportrices les plus fidèles se sentent trahies. "Je suis extrêmement déçue", a reconnu Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris et candidate socialiste aux élections municipales de mars. "Je regrette ce recul du gouvernement, que j’ai du mal à comprendre." Elle a cependant refusé de se livrer à tout commentaire sur la vie privée de M. Hollande.

Misogynie ordinaire.

Le président semble ne pas avoir grand-chose à craindre des organisations féministes françaises, qui sont restées étonnamment muettes sur la façon dont il a traité Mme Trierweiler. Exception faite de la loi sur la famille, son gouvernement socialiste a été favorable aux femmes. La moitié de son gouvernement est constituée de femmes et le ministère qu’il a créé pour défendre les droits des femmes a permis d’introduire des réformes telles que le durcissement de la loi sur le harcèlement sexuel et la gratuité de l’IVG.

Les associations féministes répugnent donc à l’attaquer. Certaines féministes américaines ont fait le même choix lors de l’affaire Clinton lewinsky. Pour des raisons stratégiques, il s’agit en ce qui nous concerne, en ce qui me concerne, d’un non-événement, déclare Florence Montreynaud, historienne et fondatrice du mouvement féministe des Chiennes de garde. "Ce n’est pas une cause féministe."

Les centres du pouvoir sont notre domaine d’intervention, et non, malheureusement, la misogynie ordinaire’ ; explique de son côté l’organisation féministe La Barbe.

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