Hénin-Beaumont : Le parachutage du révolutionnaire.

Vendredi 25 mai 2012 // La France

Drapeau de FranceJean-Luc Mélenchon a décidé d’affronter Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. Pour l’ancien candidat du Front de gauche, le pari est très risqué.

Les violentes attaques lancées par Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen ont compté parmi les moments forts de la campagne médiatique. Du coup, les sondages avaient donné l’impression que le candidat du Front de gauche et la présidente du Front national étaient au coude-à-coude et que le premier avait réussi à reconquérir une partie de l’électorat populaire qui avait choisi Jean-Marie Le Pen en 2002 puis Nicolas Sarkozy en 2007.

Le résultat du premier tour avait dissipé l’illusion sondagière, puisque Jean-Luc Mélenchon, avec 11% des suffrages, s’était trouvé loin derrière sa rivale. Pourtant, l’ancien trotskiste a décidé de présenter sa candidature à Hénin-Beaumont, afin de poursuivre de la façon la plus nette possible le combat qu’il mène contre le Front national. Le succès médiatique est garanti. La victoire électorale l’est beaucoup moins car Jean-Luc Mélenchon se heurte à plusieurs obstacles.

Le premier tient à son parachutage, à un mois du premier tour des législatives. Marine Le Pen s’est installée à Hénin-Beaumont en 2007 et le choix de cette commune minière du Pas-de-Calais a été judicieux. Avec le soutien de Daniel Janssens, un élu socialiste passé au Front national après vingt-cinq ans de service au PS, Marine Le Pen avait obtenu 24,5% des voix au premier tour des législatives de 2007, puis 41,65% des suffrages au second tour grâce au report d’électeurs de gauche qui avaient été séduits par les thèmes du protectionnisme et de la ré-industrialisation. En 2008, Marine Le Pen avait été élue au conseil municipal de la commune puis réélue en 2009 mais elle fut obligée de démissionner en 2011 en raison de la loi sur le non-cumul des mandats. Jean-Luc Mélenchon se heurte donc à une personnalité fortement implantée, qui bénéficie d’une forte assise populaire et du surcroît de notoriété hérité de la campagne présidentielle.

Le deuxième obstacle est constitué par le Parti socialiste. Jean-Luc Mélenchon a déclaré sa candidature le samedi 12 juin mais dès le lendemain Martine Aubry a décidé de maintenir le candidat socialiste. Motifs : la circonscription « n’a pas besoin d’un match médiatique » ; « on a besoin d’un élu de terrain, qui habite là, qui connaît les problèmes et qui défend les habitants d’Hénin-Beaumont et de la circonscription ». C’est dire que la première secrétaire du Parti socialiste accorde son total soutien à Philippe Kemel, maire d’une petite commune et conseiller régional qui connaît mieux les problèmes de la région que le président du Front de Gauche. On notera que Ségolène Royal a pris parti pour Jean-Luc Mélenchon, ce qui montre que l’élection de François Hollande n’a pas eu d’effet sur les rivalités au sein de la direction socialiste.

Le troisième obstacle est moins visible. Il est constitué par les rudes polémiques qui ont opposé les membres de la direction du Front de gauche après le premier tour. de la présidentielle. Tandis que des fractions communistes s’opposaient sur la question de la participation au gouvernement, certains proches de Jean-Luc Mélenchon jugeaient que sa campagne avait été un échec pour trois raisons : la violence des attaques contre Marine Le Pen, les propos méprisant dont les électeurs ouvriers du Front national ont fait l’objet et enfin l’inadaptation des propositions du candidat qui a laissé les thèmes du protectionnisme et de la sortie de l’euro à la candidate du Front national — ce qui explique le succès croissant de ce parti chez les ouvriers, les employés et les petits fonctionnaires touchés par la réduction des services publics. Pour dire les choses crûment, les diatribes « antifascistes » de l’ancien militant trotskiste n’affectent pas le nouvel électorat du Front national qui n’a rien de commun avec la droite : c’est l’insécurité économique et sociale qui le porte vers Marine Le Pen.

Le dernier obstacle s’appelle... Jean-Luc Mélenchon. Comme Georges Marchais naguère, l’homme est en train de devenir victime de son personnage de tribun et des lumières médiatiques qui l’empêchent de voir les transformations de la société française.

L’UMP EN QUESTION

Quel avenir pour l’UMP ? La question mérite d’être posée alors que les annonces de candidatures dissidentes se multiplient pour les législatives et que l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin prend ses distances avec le président sortant et estime, dans une interview accordée à « Sud Ouest Dimanche », que l’élection présidentielle était « gagnable ».

Etrange parti que cette Union pour un mouvement populaire créée au lendemain du 21 avril 2002 et dont le sigle signifiait à l’origine Union pour la majorité présidentielle. Il s’agissait alors pour Jacques Chirac de constituer une machine de guerre électorale appuyée sur l’ancien RPR et « Démocratie libérale », ancien membre de l’UDF. Pendant ses deux premières années, le nouveau parti présidentiel, sous la houlette d’Alain Juppé, s’est donné pour tâche de réfréner les ambitions de Nicolas Sarkozy, avant de tomber sous la coupe de ce dernier en 2004. Voilà donc un parti qui en dix ans d’existence s’est contenté de ne servir que les stratégies de deux hommes.

Ce parti a-t-il au moins une doctrine ? On pourrait en douter. Les héritiers d’un gaullisme pur et dur y côtoient les libéraux les plus échevelés. A ce niveau, ce n’est même pas de courants qu’il faudrait parler, mais de sensibilités distinctes et même forcément opposées. Qu’ont de commun Christine Boutin et Roselyne Bachelot ?

En fait l’UMP, plus qu’un parti, l’UMP est une armée, une armée qui a gagné certes une présidentielle et deux législatives, mais qui a perdu systématiquement toutes ses autres batailles, locales et européennes. A force de voir dans la seule présidentielle la mère des batailles, l’UMP est devenue une très mauvaise armée qui ne sait ni occuper le terrain ni exploiter ses succès.

Aujourd’hui, dans la perspective d’une défaite aux législatives, ce qui fut le parti présidentiel, maintenant sans président ni véritable identité, minoritaire dans les deux assemblées ainsi que dans les villes, les départements et les régions, risque fort de ne jouer qu’un rôle de figurant. Certains de ses membres risquent d’autant plus de céder aux sirènes du Front national, avec tous les dangers que cela implique.

La droite pourrait bien devoir se débarrasser de l’UMP si elle veut revenir aux affaires.

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