Guillaume Peltier

Mercredi 19 août 2015 // La France

À chaque fois qu’il chute, il se relève. Maltraité dans son parti, Guillaume Peltier a profité d’une cure médiatique pour s’enraciner en Sologne. C’est dans son nouveau fief qu’il accueillera Nicolas Sarkozy pour la fête de la Violette, le 4 juillet.

Guillaume Peltier lors de la deuxième fête de la Violette, en juillet 2014. Guillaume Peltier, le retour de l’enfant terrible

Il aura de la musique, des applaudissements, et 4000 militants gonflés à bloc. Le samedi 4 juillet, Nicolas Sarkozy sera l’invité d’honneur de la troisième fête de la Violette, grand raout militant organisé par les jeunes loups de la Droite forte. La photo officielle montrera le patron des Républicains entouré d’élus chantant la Marseillaise sous une tente, devant une foule de sympathisants. Sur un coin du cliché, on apercevra le sourire poli de Guillaume Peltier, 38 ans, en jean et sans cravate.

La scène aura des allures de grand-messe, mais cachera une semi-réconciliation, après quelques mois de friture sur la ligne entre le jeune leader de la Droite forte et l’ancien président de retour aux commandes. « Plus vous serez attaqué, plus nous serons là », lancera Peltier à Sarkozy, et le président des Républicains portera sûrement la main sur son coeur en signe de gratitude. « Il y a deux mois, reconnaît Peltier, j’aurais pu cogner un peu. Après avoir porté seul l’étendard du sarkozysme, j’attendais un peu plus de justice. » Il se refuse aujourd’hui à dire un mot plus haut que l’autre, même s’il observe avec attention les pas de son mentor. « Je n’ai jamais vu un homme mettre autant d’énergie pour un objectif, glisse-t-il au sujet de Sarkozy. Il a réussi son retour, il a rassemblé la famille, il a gagné les élections départementales. »

Peltier ne supporte pas que le président des Républicains soit « victime de l’arrogance d’un système à bout de souffle »... Quant aux critiques selon lesquelles il n’irait pas assez vite, pas assez loin, pas assez fort, il les comprend : « Sarkozy, c’est l’angoisse de la déception "Guillaume est jeune, il a besoin de prendre des coups", lance Nicolas Sarkozy à propos des régionales conjuguée à l’espérance de l’énergie. Mais avec les autres, c’est la certitude de la déception ! Il n’est pas "le meilleur d’entre nous", il est "le meilleur des autres" »

L’histoire commence au mois de novembre 2014. Engagé dans la campagne pour le retour de Sarkozy à la présidence de l’UMP, Guillaume Peltier fait partie des laissés-pour-compte de la nouvelle équipe. De la vice-présidence de l’UMP, il reçoit une humiliante place de "secrétaire national aux fédérations professionnelles". Quelques mois plus tard, quand il brigue la place de chef de file de I’UMP pour les régionales en Centre-Val de Loire, Peltier s’entend répondre par le chef : « Tu monteras dans mon bureau. Je te donnerai le nom, le prénom et l’adresse de tous ceux qui ne veulent pas que tu sois candidat. Et crois-moi, ça fait du monde ! » L’affaire se soldera par un vote en faveur de Peltier dans une commission d’investiture, mais la tête de liste sera accordée au centriste Philippe Vigier en vertu de l’accord passé avec l’UDI. « Guillaume est jeune, il a besoin de prendre des coups », susurre alors Sarkozy en privé.

À chaque fois, Peltier enrage mais serre les dents. « Je ne dis pas que ça ne m’a pas agacé sur le coup, mais vivra bien qui vivra le dernier », commente-t-il aujourd’hui. C’est un peu son histoire. À chaque étape de sa vie politique, il monte, côtoie les sommets, chute, se relève. « Quand on chasse Peltier par la porte, il revient par la fenêtre », glisse-t-il avant de faire de ses échecs une maxime : « Je perds le matin, je gagne le soir. »

Le voilà aujourd’hui lancé dans cette campagne régionale qui s’annonce victorieuse, et ses plus proches soutiens glissent que le centriste qui présidera la région, Philippe Vigier, avec un Guillaume Peltier qui contrôlera le groupe majoritaire au conseil régional, sera réduit à un rôle de « reine d’Angleterre ».

Cet enracinement local, Peltier l’a construit patiemment, méthodiquement, dans l’ombre. « Jusqu’à présent, j’avais tout fait à l’envers, reconnaît-il. Aujourd’hui, je mets tout à l’endroit. » Il tient ce conseil de Sarkozy, qui l’admoneste, un jour de l’hiver 2014, dans ses bureaux de la rue de Miromesnil : « Tu es le seul à avoir accédé aux responsabilités nationales et à la notoriété médiatique avant l’enracinement local. C’est un énorme atout mais aussi une faille. »

L’habitué des plateaux de télévision, fin connaisseur des sondages et maître ès qualités de la petite phrase déserte alors la capitale, ses complots d’alcôve et sa frénésie médiatique. En mars 2014, celui qui est alors vice-président de l’UMP et patron de son premier courant, la Droite forte, accède, pour la première fois de sa carrière, à un mandat électif : la mairie de Neung-sur-Beuwon (prononcez "nain"), dans le Loir-et-Cher, et la communauté de communes, qui regroupe 10000 habitants. II vit « six jours sur sept » en Sologne et « après avoir eu les ailes, [il] a trouvé les racines ».

À ceux qui raillent la taille de sa commune (1000 habitants), il rétorque qu’il « invite ceux qui regardent ça avec mépris à tenter un enracinement » : « 90 % de ceux qui ont tenté ont échoué » Rien, en effet, n’était gagné. En 2014, la presse locale l’accueille froidement ; elle lui tresse aujourd’hui des couronnes de laurier. Les élus craignent le débarquement de ce parachuté aux dents longues ; ils se rangent désormais sous sa bannière. Il a perdu le matin ; il a gagné le soir.

"Je n’étais pas comestible, je suis devenu appétissant", se félicite-t-il en regardant le chemin parcouru. Ses yeux s’allument lorsqu’il raconte avoir livré des radiateurs électriques à trente maisons d’un quartier de sa ville, le 24 décembre, parce qu’une entreprise avait oublié de leur fournir le fuel. Lorsqu’il détaille son quotidien d’élu et vante ses réussites locales - un forum des entreprises, en avril dernier, qui lui a permis d’attirer 12000 visiteurs, ou bien un comice agricole qui a rassemblé 20000 acteurs du monde rural - ,il ne peut s’empêcher de conclure : « Ça me rend profondément heureux. » Devant le tartare poêlé au reblochon qu’il accompagne d’un verre de rosé, il se félicite d’avoir enterré les deux sparadraps qui lui collaient à la peau : le clivage et le fait de ne jamais s’être imposé au suffrage universel. « Je n’étais pas comestible, je suis devenu appétissant », se réjouit-il. Témoin, cet adoubement signé Nicolas Sarkozy : « Guillaume fait preuve d’une maturité politique exceptionnelle. »

Après s’être, une fois de plus, relevé, Peltier observe et anticipe. Après les régionales, il garde à l’esprit la présidentielle de 2022, mais la primaire de 2016 pourrait l’inciter à replonger dans le bain parisien. « Je n’ai rien cédé de mes ambitions nationales », insiste-t-il. Le 21 juin dernier, lors de la fête de la Musique, à Neung-sur-Beuvron, le jeune maire a quitté ses administrés après 3 heures du matin. Sur scène, il a pris le micro, cette fois pour chanter. Ce soir-là, le titre de Gloria Gaynor sur lequel il s’époumone a tout du symbole : I Will Survive.

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