Guérini, le marionnettiste.

Samedi 8 décembre 2012 // La France

Marseille : Malgré ses déboires judiciaires jean-Noël Guérini garde la main. Le président Ps du conseil général des Bouches-du Rhône tire un vrai profit de l’élection de François Hollande.

Martine Aélion Guérini rayonne en cette douce soirée d’octobre à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle boutique Louis Vuitton de la rue Grignan. L’épouse de Jean-Noël Guérini, le président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône, s’affiche beaucoup ces derniers temps à Marseille. Ce soir-là, tout se terminera sur le chantier du futur Mucem (musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) où les invités triés sur le volet ont eu droit à un spectacle technolaser dernier cri avec vue imprenable sur Mare Nostrum. C’est le Marseille chic après le Marseille choc des règlements de comptes et des flics "ripoux" : Pour Jean-Noël Guérini, c’est en tout cas tous les jours champagne et petits-fours. L’enfant maudit de la politique phocéenne ne connaît pas la crise. Il est redevenu en l’espace quelques mois l’un des acteurs majeurs de la vie politique locale. On est bien loin de l’homme aux traits tirés et à l’élocution hésitante réfugié dans son bunker du conseil général à l’automne 2011.

Souvenons-nous de ce septembre noir, une mise en examen pour "association de malfaiteurs » ; "prise illégale d’intérêts" et "trafic d’influence" dans le cadre d’une enquête menée par le pugnace juge d’instruction Charles Duchaine. La mort politique du "parrain" socialiste marseillais était imminente. C’en était fini, disait-on, des Guérini. Et puis, survint le miracle, l’élection de François Hollande, l’homme de la République "exemplaire ».

Au-delà des mots, les faits sont là : à la direction du PS comme au gouvernement ou à l’Élyséen se refuse à prendre ses responsabilités face à une situation devenue ubuesque. Jean-Noël Guérini, en tout cas, a compris tout le parti qu’il pouvait tirer des atermoiements officiels : c’est avec une infinie habileté qu’il revient aujourd’hui sur le devant de la scène marseillaise, sur fond de violences et de règlements de comptes. Les venues successives de Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls et Christiane Taubira pour tenter de remettre sur les rails la deuxième ville de France ont curieusement épargné celui qui est soupçonné d’avoir commis les pires turpitudes, notamment d’avoir favorisé les intérêts de son frère Alexandre dans la gestion des déchets du départe ment.

Car malgré les coups et les attaques, "JNG" fait preuve d’une formidable résistance, au point de faire rasseoir dans son bureau de la Rue de Solferino un Harlem Désir qui lui enjoignait de démissionner. Afin de garder la main, Jean-Noël Guérini possède un atout maître : l’argent public, qu’il distribue au gré de ses intérêts politiques. L’annonce du déblocage d’une somme de 100 millions d’euros au profit de la ville exsangue de Marseille à la veille de la visite ministérielle est un coup de maître. Jean-Marc Ayrault ne l’a certes touché que du bout des doigts dans les salons de la préfecture de région, mais il l’a reçu en septembre dernier. C’est l’un des symboles les plus forts de ces derniers mois houleux de la vie marseillaise. Et une faute politique majeure pour les socialistes.

Police : Nos révélations sur les dérives au sein de la brigade anticriminalité de Marseille. Le seul endroit où la police livrait la drogue à ses clients !

Pendant plusieurs mois, à Marseille, on a joué un remake des Ripoux, mais sans Philippe Noiret ni Thierry Lhermitte. Et pour cause : la représentation a eu lieu grandeur nature. Avec de vrais policiers comme acteurs, ceux de la Bac (brigade anticriminalité) des quartiers nord de la ville. Quant aux spectateurs les enquêteurs de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) ,ils ont pu voir que certains policiers de la Bac avaient l’habitude de rouler dans de grosses berlines (BMW, Mercedes). Que d’autres auraient profité de villas, ne se privant pas de barboter dans leur piscine. Que d’autres encore qui sait ? les mêmes ne se gênaient pas pour jouer, dans leur véhicule de police, aux livreurs non pas de pizzas mais de drogue. Quant à l’argent saisi chez les dealers, il se retrouvait illico dans les poches des policiers.

Aujourd’hui, la fête est finie. Car commence pour ces flics imprudents, passés de l’autre côté du miroir, une descente aux enfers. Manuel Valls a prévenu : « Ceux qui ont sali l’uniforme de la police seront sévèrement punis. » Il est significatif que le ministre de l’Intérieur, abasourdi par cette dérive gravissime, ait immédiatement réagi. À peine a-t-il appris, le 5 octobre, les mises en examen de 12 membres de la Bac de jour des quartiers nord - dont 7 incarcérés qu’il a pris sa décision : suspension des présumés coupables... Trois jours plus tard, le 8 octobre, le ministre récidive en suspendant 18 nouveaux policiers pour manquement à la déontologie. En quelques jours, la Bac est décapitée. Totalement. Juridiquement aussi, puisqu’elle a été dissoute dès le 5 octobre. Du jamais-vu !

Vol et extorsion en bande organisée, détention, acquisition, transport et cession de stupéfiants : tels sont les reproches qui sont faits aux policiers placés en détention. Ils encourent, si l’instruction des deux juges qui ont été saisis le démontre, une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Et ce n’est pas fini : cette « gangrène », selon l’expression employée par le procureur de la République de Marseille Jacques Dallest, pourrait s’étendre à d’autres équipes et entraîner de nouvelles interpellations de policiers.

Pour y voir clair dans cette sale histoire, dont les prémisses remonteraient à novembre 2011, quelques explications s’imposent. Notamment sur l’exacte nature du métier d’un policier de la Bac créée en 1994 pour celle de nuit, en 1996 pour celle de jour, qu’elle soit installée à Marseille ou dans la région parisienne. À l’origine, le fonctionnaire d’une Bac a pour mission de lutter contre la petite délinquance (agression contre les personnes, trafic de stupéfiants, vol de voitures, etc.), qui met à mal la tranquillité à laquelle aspire tout citoyen.

Au fil des ans, le travail de ce flic particulier devient de plus en plus difficile. Il doit se rendre dans les cités dites sensibles, là où se déroulent trafics en tous genres, principalement ceux de 1a drogue et des cigarettes. Les rapports policiers trafiquants sont souvent tendus, les seconds n’hésitant pas, dans certaines cités, à caillasser les véhicules des premiers... Parfois, les policiers tentent d’amadouer les petits voyous en fermant les yeux sur quelques infractions. Du genre : "Je te laisse dealer un peu de shit, tu me donnes des informations sur le trafic dans la cité..." Un procédé on ne peut plus classique, qui peut déboucher sur le démantèlement de réseau. Mais Guerini c’est la marionnette au service des truants….

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